vendredi, décembre 12, 2014

Pertes des hivers

Cet hiver le dépouillement de mon crâne, l'amenuisement extrême de la masse de cheveux qui n'avaient pour eux - mornement bruns sans éclat qu'ils sont - que cette épaisseur indisciplinable en mon jeune temps, s'accélère, et me navre chaque matin le petit coussin que je jette après le passage du peigne – sans compter les pelotes trouvées dans l'aspirateur – et leur obstination, sauf quelques individualistes, à refuser le gris ou le blanc en accord avec mes rides.
Y pensais en rangeant des photos, en retrouvant la gloire estivale de l'arbre qui épaule Mistral.
Y ai pensé en captant son squelette sombre il y a deux jours... mais au moment où je me risquais à un sentiment fraternel, l'évidence s'est imposée de notre différence, la certitude que sa sève endormie reprendra force au creux de l'hiver pour éclater en feuilles bruissantes au printemps prochain, l'idée que serais chauve avant d'être blanche et que ne connaîtrai pas de renouveau.
Idée qui rodait parfois, sous l'émerveillement, en lisant ce matin les très beaux poèmes d'à la lumière d'hiver de Jaccottet.
Jour de quiétude en chauffage honteusement poussé, de petites tâches accomplies avec soin, autant que le puis, ce qui relativise la chose, de somnolence, rêverie, lecture.

4 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La différence est que nous pouvons contempler les arbres alors que leurs yeux (sur le tronc) sont souvent fermés quand ils vivent.

arlettart a dit…

Jaccottet dont les mots sont toujours source de réflexion et ton rebondissement imprévu!!comme " Pensées sous les nuages"
Grand plaisir

brigitte celerier a dit…

d'ailleurs les micocouliers en ont peu (d'yeux, contrairement aux platanes)
sommes mieux qu'eux alors ?

jeandler a dit…

L'automne est une belle saison. Foin des feuilles, vivre au présent.