vendredi, janvier 23, 2015

C comme cieux ou comme Chamfort


Partir matin, dans froid point si grand que le pensais, face à une blancheur que la lumière qui voulait se faire jour à travers elle transformait en opale, bras tiré par sac contenant quatre draps et deux housses de couette,
suivre la rue de la République vers Carrefour, des yaourts et des bonbons, tourner la tête vers une zone d'un bleu infiniment doux qui se fondait dans le reste de grisaille,
et, charge augmentée, un peu davantage que le projetais, en sortant du magasin où, sous mon regard admiratif et souriant, une Brigitte grisonnante allait d'une jeune caissière à une jeune vendeuse, répondant avec une gentillesse rapide aux appels au secours, retrouver à l'horizon, entre le roux des arbres, un gris de vieille souris au dessus de la gare, 
tourner vers Saint Didier, enchâssé dans les bras d'un platane, 
déposer linge, repartir avec une charge allégée, yeux dans le bleu franc qui s'est finalement installé, victorieux.
Peiner à me décider à nourrir Paumée… 
choisir, pour http://brigetoun.wordpress.com, un passage de Chamfort avec lequel ai dîné et suis entrée dans la nuit, deux soirs de suite.
Passer sur
Vain veut dire vide ; ainsi la vanité est si misérable qu'on ne peut lui dire pis que son nom. Elle se donne elle même pour ce qu'elle est.
ou
Quand on veut éviter d'être charlatan, il faut fuir les tréteaux ; car si l'on y monte, on est bien forcé d'être charlatan, sans quoi l'assemblée vous jette des pierres.
ou
L'intérêt d'argent est la grande épreuve des petits caractères, mais ce n'est encore que la plus petite pour les caractères distingués ; et il y a loin de l'homme qui méprise l'argent à celui qui est véritablement honnête.
s'arrêter à deux paragraphes, ou pensées, ou maximes de la section de la société, des grands.... surtout pour leur longueur, et se demander pourquoi ne pas avoir plutôt retenu, dans la même partie,
Il y a une profonde insensibilité aux vertus qui surprend et scandalise beaucoup plus que le vice. Ceux que la bassesse publique appelle grands seigneurs, ou grands, les hommes en place paraissent, pour la plupart, doués de cette insensibilité odieuse. Cela ne viendrait-il pas de l'idée, vague et peu développée dans leur tête, que les hommes, doués de ces vertus, ne sont pas propres à être des instruments d'intrigue ? Ils les négligent, ces hommes, comme inutiles à eux-mêmes et aux autres, dans un pays où, sans l'intrigue, la fausseté et la ruse, on n'arrive à rien !
ou, un jour de bile calme
Les conversations ressemblent aux voyages qu'on fait sur l'eau : on s'écarte de la terre sans presque le sentir et l'on ne s'aperçoit qu'on a quitté le bord que quand on est déjà bien loin.
et j'allais refermer le livre en dérivant à la suite de cette idée, mais j'ai sauté, pour le saluer, jusqu'à la petite note biographique qui commence ainsi
Ma vie entière est un tissu de contrastes apparents avec mes principes. Je n'aime point les princes, et je suis attaché à une princesse et à un prince. On me connaît des maximes républicaines, et plusieurs de mes amis sont revêtus de décorations monarchiques. J'aime la pauvreté volontaire, et je vis avec des gens riches. Je fuis les honneurs, et quelques uns sont venus à moi. Les lettres sont presque ma seule consolation, et je ne vois point de beaux esprits, et je ne vais point à l'Académie...
et en rangeant le livre je pensais à la suite, l'engagement dans la révolution, la rédaction anonyme du journal de Mirabeau, le Club des Trente, le Mercure de France, le club des Feuillants, la proximité d'idées sur la guerre avec Robespierre mais le ralliement à la Gironde, la rédaction de la Gazette de France, le salon de Madame Roland, la courte incarcération pour s'être réjoui de la mort de Marat, et pour continuer avec les contrastes le suicide, son échec, l'abandon des poursuites... et la mort finalement des suites de son suicide, malgré le succès apparent de l'opération.
J'aime bien cet homme.
Et la nuit est tombée, je n'ai pas repassé, je décide qu'il est trop tard.

11 commentaires:

annajouy a dit…

un journal ... comme Paumée l'est , lui aussi, contenant ses propres valses hésitations, ses choix et ses refus

Dominique Hasselmann a dit…

Minime... maxime... on peut osciller entre les deux...

brigitte celerier a dit…

euh Chamfort là ce n'est pas vraiment un journal, mais un recueil de pensées
et Paumée ne pense pas

brigitte celerier a dit…

dans l'alternative de Dominique, Paumée serait plutôt du côté minime

arlettart a dit…

La météo côté Paumée est une gourmandise
C .. redécouvrir Chamfort autre plaisir d'un rangement de bibliothèque
A quand le "D"

brigitte celerier a dit…

une zone où je fais place mais où les livres hors poche ne trouvent pas espace suffisant…
autres activités au programme

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Moi aussi j'aime beaucoup Alain Chamfort.
Non, je blague. Il faut lire et relire Sébastien-Roch Nicolas.
^_^

brigitte celerier a dit…

honte`j'avais pris l'habitude de dire Chamfort (pas seule) avant de connaître l'existence (n'en sais d'ailleurs pas plus) d'Alain du même nom

ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=RdOgNc4AAsM

Retour sur ses débuts...
(Au Grand Rex en 2013.)

brigitte celerier a dit…

merci - j'apprends

Gérard a dit…

je passe pour tes beaux cieux