lundi, janvier 05, 2015

Nous en paix dans les mots qui disent les guerres

Dans la paix du retour sous couette écouter la radio, et entendre passer, avec justifications, explications, ou simplement constat, dans le flot des faits du monde - entre une sortie de film, un résumé biaisé de lois en cours d'élaboration, entre des nouvelles du front des fermetures d'entreprise et la louange de nouvelles machines, entre, furtivement, sauf s'il s'agit d'une enfant devenue symbole faute de vivre, les morts dans la rue, ceux d'hiver du moins qui ne sont pas les plus nombreux, et les petits dessous de la vie des presque puissants - des bruits de guerres, avouées ou non, des morts chiffrées, avec plus ou moins de certitude, des noms de ville qui deviennent familiers pour un temps sans que nous les situions toujours avec exactitude.
Tenter de sentir, et ne le pouvoir bien entendu, ce que cela peut représenter de consentement, fanatisme, refus, douleur, doute, pour chacun des acteurs actifs ou passifs qui sont partie de ces informations qui ne sauraient informer.
Et repenser à la lecture, dans la nuit, de sept ou huit petits chapitres des Désarçonnés de Quillard
Chaque langue nationale est pourvue par la guerre de sa légende. C'est ce qu'on nomme l'Histoire des peuples ou chacun d'entre eux n'écrit qu'une histoire mensongère dans «sa» langue. Et cette histoire générique, sous les Histoires des différents peuples, est toujours une histoire de guerre interhumaine qui prend la forme d'un récit de chasse animale. C'est un conte régressif. Mourir à la guerre est la mort «culturelle» par excellence. … Le sacrifice considérable des mâles qu'elle consent désigne les époques dans les siècles et date les ères nouvelles dans les millénaires. Il faut boucher ses oreilles devant les invectives hypocrites que les hommes ont parfois adressées contre la guerre ; les homme n'ont pas subi la guerre ; ils l'ont inventée ; et les hommes ont inventé la guerre parce qu'ils l'aimaient ;… parce qu'ils adoraient cette extase temporelle, cette force répandue, renforcée, ruisselante, colorée, excitée, excitante, passionnante, vivifiante. La guerre est la fête humaine par excellence.
..
Pauvre joie anale déféquant hors de soi l'autre mort dévoré et de la sorte devenu soi. Puanteur intime cyclique.
Mais
Il n'est pas en notre pouvoir de mettre fin aux guerres qui sont les fêtes sociales par excellence. Nous pouvons seulement rejoindre le front antityrannique des morts qui réclament en nous.
Des sacrifiés plutôt que des martyrs.
Des victimes plutôt que des héros.
Des apolis, des esseulés plutôt que des meutes et des armées en rang (c'est-à-dire en ordre de bataille.
.
et il parle des solitaires de Port-Royal s'armant en défense (seulement) dissuasive de leur îlot de paix et de silence, de Tacite qui n'étudia qu'une chose : la guerre de quelques isolés contre l'assujettissement social par lequel s'accroissait l'empire, le combat sans merci, perdu d'avance, d'un flambeau de lumière contre les mensonges de chaque époque.
Et puis il y a aussi, sur autre niveau, pas si loin pourtant, les écrits pacifiques de Giono, que je lis aussi également, par fragments, ces jours ci, ses articles au sortir de la guerre d'il y a cent ans, qu'il avait faite, et ces prises de position qu'il a d'ailleurs payées, comme dans «Recherche de la pureté», sa préface aux «carnets de moleskine» de Lucien Jacques (dont je l'avoue, j'ignore tout) en juin 1939
Mais l'aventure de la paix est plus grande que l'aventure de la guerre. Il faut plus de virilité pour faire un enfant que pour tuer un homme.
L'aventure, c'est l'emploi de la force mâle... Mais se croire viril parce qu'on porte une arme est un aveu d'impuissance. Il n'y a de virilité qu'en soi-même... La guerre.. est basée sur l'obéissance passive, absolue et infinie... Elle ne peut s'exercer que si ceux qui la font abdiquent leur conscience, leur liberté, leur libre arbitre entre les mains de ceux qui la font faire..
La guerre n'est jamais voulue par les peuples ; elle est toujours subie.
Et le pacifiste, menace d'en dehors du jeu, des règles et des patrons..
Lui, c'est seulement la pureté qu'il a cherchée. Et, quand il l'a trouvée, il s'y est farouchement accroché. C'est pour s'y maintenir encore en dépit de tout qu'il est là où il est. Il sait qu'il ne peut pas ne pas être seul.. Mais il est contre.
Seulement, même si cette guerre qui allait commencer n'a pas été déclarée pour sauver les victimes du mal qui avait pris possession de l'Allemagne, il reste que par là elle répond au titre de «guerre juste», peut être seule
Parce que y-a-t-il des guerres justes ? Et celles qui se disent ainsi pour défendre une idéologie ne sauraient l'être, et celles qui disent vouloir protéger des victimes, réelles ou désignées comme telles, ne fourvoient-elles pas ceux qui y croient ? et celles qui veulent défendre un territoire sont précédées par une déclaration, par une intention de la faire, sauf invasion sans préavis (comme l'ont connue les belges)
Mais n'y-a-t-il pas des guerres justes ? si l'on se garde du piège que tendent ceux qui parlent de guerres préventives ou de projections... Mais peut-on laisser faire ?
Ce piège de la violence qui veut que l'on débatte éternellement de cela.
Désolée, petit crâne étais dans lequel cela tournait, avec grande envie de croire en la paix.
Ce qui ne m'empêche pas d'aimer tous les guerriers de ma famille (d'ailleurs mon grand père, après toutes ses guerres, a milité pour la paix avant de réaliser qui manoeuvrait le mouvement avec lequel il sympathisait et a fini en se consacrant, outre son amour pour les siens, à la vie, la paix intérieure)
Brigetoun en roue libre.


12 commentaires:

annajouy a dit…

en roue libre à sa paix intérieure... une exigence qui peut avoir l'air parfois d'une fuite mais qui n'est certainement que faire ce qui est à sa portée

brigitte celerier a dit…

un but pas si facile.. l'instinct joue

Christine Simon a dit…

un but pas si facile...l'instinct joue et sans doute aussi ces petites graines de certitude nées de l'histoire et de l'expérience sans doute.
Douce journée.
Je me disais que le texte sur la non-violence de Gandhi sur mon site est plus que jamais de circonstance.

jeandler a dit…

Nos mots connaissent-ils le silence et la paix ?

Anonyme a dit…

Difficile d'être "en roue libre" dans son confort! Vous reprendrez bien une tasse de thé, très chère...? C'est impayable la philosophie de salon...vous aurez au moins le mérite de nous faire sourire. Excusez - moi d'être "assommante".

brigitte celerier a dit…

depuis mon salon inexistant, j'espère anonyme que vous avez un vrai confort et vous n'êtes pas assommante ou assommant

Christine Simon a dit…

juste anonyme

Anonyme a dit…

Délicieuse politesse qui permet de tout redéfinir,c'est grisant. Mais non, il s' agit bien d'un réel inconfort social qui rend assommant. Juste un petit caillou inconsistant dans les jolis souliers ...
Est-ce trop demander, not' bon maître?
Je ne veux pas de la petite pièce (de compassion) dont vous avez gratifié la SDF, je préfère votre énervement, même bien élevé. Pressez le pas, ça va passer...


...

brigitte celerier a dit…

je suis connue pour n'être pas polie, pour avoir une paire de souliers dans lesquelles suis bien jusqu'à leur mort
et je n'ai pas de compassion (peut-être une illusion que sais illusoire de com-passion) pour cette femme, elle ne l'admettrait pas
suis d'ailleurs pas de la race de maître, quant à vous je n'en sais rien et m'en moque
je ne m'énerve pas, vous ne le méritez guère mais j'ai effectivement mieux à faire, désolée, que de poursuivre cet échange un rien infructueux

Anonyme a dit…

L'anonyme apprécie vos textes grandement, la seule fausse note sur des années est à mettre sur le compte de la mauvaise humeur ambiante. Les "sans - dents" deviennent suspicieux et mordants, visiblement parfois à mauvais escient. 1000 excuses amicales et longue vie à vos blog.
Elise.

brigitte celerier a dit…

ne vous excusez pas, je comprends
(là je n'ai pas trop de problèmes mais j'ai connu, pas jusqu'à ne pas avoir de toit… et même sans cela) et puis c'est ce que vous ressentiez
bonne journée

Gérard a dit…

Nous sommes sur terre pour ne pas nous entendre...triste réalité bien souvent.