samedi, janvier 03, 2015

Premiers vases de l'année – et dernière recension brigetounienne

La période des fêtes, la tant redoutée, mais la si aimable cette année, abstraction faite de carcasse, étant close, me suis installée, ouvrant, pour la dernière fois je pense - parce qu'Angèle Casanova assure si bien la relève - un fichier vierge, pour lire les vases communicants en ce début d'année..
mais le réflexe a joué.. et là j'étais, encore une fois, une ultime fois, impliquée.

Or donc, il y avait pour ouvrir 2015 beaux et valeureux échanges entre
Ensablés
un poème à écouter, lu par Florence Lavisse, avec montage d'images et musiques
un couple, un fleuve
.. ils ne se disputent pas, même lorsqu'une nouvelle fois ils traversent le fleuve ensablé
la femme s'en va
et
Xmas Spirit
un petit conte, ou un récit, récit d'un soir de décembre, d'arrêts de bus, d'un homme presque nu
Chétif, blafard. Un bras plâtré en écharpe, un sac plastique pendu au poignet. Il garde les pieds joints, les orteils repliés. Tête rentrée, craintif, un vague sourire contrit. Endurant sa peine sans mot dire.
et pour le reste il y a le texte
à partir d'une vidéo reprenant des photos prises par François Bonneau,
textes à écouter en regardant,
globules dans une veine
dit par lui, un texte qui se marie aux images noires et blanches, petites silhouettes se découpant sur le bleu gris clair de la nuit qui tombe, et au rythme de leur défilement
La nuit qui avale la chair et boit la moindre humeur régurgite des lignes qui se brisent, qui s’enroulent, s’articulent et se fondent, les ombres sont chinoises tant qu’on leur prête vie.
et
à quoi rêve les ombres ?
lue par Cécile Charpentier, une méditation de Christine Grimard devant ces petites ombres devant le crépuscule en sept strophes rebondissant sur le premier vers
A quoi rêvent les ombres
Assises entre jour noir et nuit bleue ?
Elles espèrent en un dieu généreux
Qui les libérerait de leur pénombre
deux poètes et la lumière
Lune aven
nous, blattes dans une boîte, implorons qu'elle soit percée pour respirer (bon ça c'est un résumé en quelques mots plats, pour détail et saveur des mots et images voir le poète)
Et nos yeux de black blattes
fixaient, éblouis d'amour,
la lune aven irradier nos vies
et irriguer de sang...
et
faire de la lumière
sur une photo de Sébastien Marcheteau, un beau poème, que je ne tenterai pas de paraphraser
..Tutoyer le monde

avec la bouche

Se remettre à écrire

le corps en amont

Dans l'aube floue

chercher les rayons…
sur une photo proposée par l'autre
Citron avec un zeste d'Histoire
devant une belle photo rappelant la guerre (mais les onze – ou les quinze, le luxe - ont longtemps survécu, j'en ai même partagée une avec un groupe d'amis dans les années 60 pour transporter les grandes esquisses déployées) Dominique pense, se souvient, et remontent souvenirs, l'Histoire et les histoires, et même le son de la voiture...
Là, je suis remonté en voiture. J’étends mes petites jambes dans la voiture du «tonton», nous roulons vers Vesoul (Haute-Saône) où se trouve la maison de son père. Les façades n’ont pas dû changer depuis la guerre (sauf celles qui ont été détruites). Des soldats allemands logèrent dans la maison à l’allure «alsacienne» pendant une partie de cette période – un peu comme dans «Le Silence de la mer», de Vercors – et je me demande maintenant comment mon grand-père, qui avait «fait» 14-18 et les tranchées, et nous en parlait souvent, a pu supporter plus tard cette «cohabitation» avec des officiers ennemis.
et
ce qui se dit ici est contraire au silence
partant d'une inscription sur le bâtiment du pont tournant photographié par Dominique Hasselmann, Franck Queryraud monte l'escalier de la grande bibliothèque en goûtant le silence de ces lieux dans et à l'écart de la ville et sa rumeur – bibliothèque qui est ville, et ville pleine de surprises et de trajets, bibliothèque qui est vie, où passer une vie …
une des leçons de l’histoire de Calvino, non ? Arriver second ou faire d’une autre manière… Enfin, je le lis comme cela parce que je ne sais pas faire autrement : lire d’où je me tiens sur cette terre. C’est la tragédie des humains de vouloir toujours arriver premier. «Les bibliothèques deviendront un jour des villes, dit Leibniz» écrit Lichtenberg [référence KA 257 pour les rats de bibliothèques]

sur un incipit tiré d'un livre de Jean Teulé : Celui-ci tourne sa tête bouclée et blonde vers elle
haut comme trois pommes
un très, très jeune homme prêt à tout pour elle
et le texte lui donne la parole à ce jeune homme de trois ans qui justement, ce jour là, décide, pour la première fois, de la prendre.., de parler
Comme dit celle qui nous lit des histoires, j’ai avalé le dictionnaire dans mon biberon et je continue. Maman met tous les mots les uns après les autres dedans, je les avale, les cale dans un coin de mon cerveau et je ne les ai ressortis qu’à partir de ce jour-là.
Mais pas mal à propos, toujours à bon escient et cela leur en bouche un coin, excusez l’expression.
et
interruption
un court poème pour un meurtre commis avec un rien de distraction
Coupe le son et reprend
Sa poursuite
Des nuages
l'apocalypse
Minuit. Arrivez comme le vent et partez comme l'éclair
un concert en plein air, de hard rock semble-t-il, et la description du service d'ordre – un texte précis, vif, qui colle à ce qu'il raconte en détail, longuement, suivant la montée du tumulte
Le déchaînement s’accentue dans la zone de contact entre la chaîne du service d’ordre et les totos, une ligne tordue d’agitation. Exclamations rageuses, agrippements désastreux, exhortations à la fuite, on va vous bazarder, certains pris de panique et tentent de s’extraire en voulant s’enfuir en zigzag, mais progressent difficilement entre les gens, glapissements de toute part.
et qui donne la parole à Céleste, la responsable du service d'ordre, à Félix, à David à des militants anonymes – fin sur le désarroi de la super-Céleste
et
réveil
un poème
calme auprès du lit où elle dort, et dehors
Les abcès du monde
Les charognes fumantes
Je tire les rideaux
avec un dernier vers qui résume
à propos de si (ou if) de Kipling
tu sera
un poème qui, comme chez Kipling, énumère des conditions, comme des morales, et, si les conditions ainsi posées diffèrent notablement de celles de l'original, les contredisent à vrai dire
Si tu peux briser honneurs et réputations

Pour seulement divertir ta cour

Et jeter en pâture à la rumeur avec délectation

D'humbles et honnêtes rivaux ;
la conclusion tranche brutalement (sans que, je l'espère, elle explique ce qui précède)
et
quand je rêvais d'être un poète
quatrains de belle facture,
Quand je serai si vieux qu'en retraçant mes ans
J'en verrai dans le feu d'illusoires semblances
Quand mon coeur gonflera de souvenirs tremblants
J'aurai peut-être atteint l'enfance… 
sur sa carte, dialogue entre (et transcrit sur les blogs de..)
et
dialogue déclenché par une phrase de François Vinsot Sur sa carte de visite elle avait mis : Péripatéticienne et qui s'enchaîne, tout en fantaisie et logique, qui fait vivre la bourgeoisie du village, la police, qui relate une plaisanterie à goût fort, un scandale, une mise au ban – ou sa confirmation –, les petites ignominies cachées mises sous la lumière, un rire – et pas que -vengeur
François Vinsot Ce début de lettre fut écrit si à propos qu’une centaine d’exemplaires, tous écrits de la même belle et douce main, n’eurent aucun mal à trouver leurs destinataires et attirer leur attention, tout particulièrement.
Angèle Casanova Finalement, elle l’avait attirée, leur attention, et pas qu’un peu. Ils allaient y réfléchir à deux fois, maintenant, avant de se foutre de sa gueule et de celle de sa fille. Cette flopée de ventrus, incapables de reconnaître leurs torts.
et une ONG ou similaire
Et puis il y avait la rue de la Roquette
racontée à travers le regard sociologique, philosophique, attentif, baladeur, de Pietro Cohen Hadria (dans le billet ci-dessous)
Bah, ça, c’est Paris ? Peut-être pas, ou alors seulement la Roquette, si sinistre mémoire de prisons de femmes et d’exécutions capitales, en Espagne c’est au garrot qu’on s’y prenait, aujourd’hui un jardin d’enfants occupe les lieux car les temps changent aussi
et
à travers quelques souvenirs pêchés dans la masse d'environ quarante années par Brigetoun http://www.pendantleweekend.net/2015/01/vases-communicants-55/
portail et pigeons,
les restes de la prison
ouvrent sur jardin
debout en partie haute
livre sur buisson, lire (parce que le jardin n'est pas réservé aux enfants, que les bancs de l'entrée sont occupés par des petits vieux qui refont le monde et le quartier, en veillant sur les jeux des gosses, les allées et le terrain de jeu par des adolescents et post-adolescents et que l'âge moyen vient y prendre l'air le samedi – Brigetoun en idiote protectrice de mémoire, comme si cela comptait, l'image de Piero Cohen-Hadria était plus belle, mais je sentais le soleil sur mes joues et j'entendais les garçons qui se disputaient un ballon et les plus grands qui tentaient de se débarrasser des petits)

6 commentaires:

annajouy a dit…

merci encore , Brigitte, de vos contributions et recensions pleines de finesse, d'esprit. tous ceux qui ont un jour envasé vous sont redevables d'avoir été lus et appréciés.

arlettart a dit…

Et le lecteur toujours admiratif devant tous ces mots et images , Fils précieux qui relient

Dominique Hasselmann a dit…

Merci pour cette tâche que vous continuez à accomplir contre vents et marées (surtout le vent, non ?)...

brigitte celerier a dit…

protège du vent en me gardant à l'intérieur

ceci dit l'était bien tombé hier le vent

jeandler a dit…

Une copieuse livraison; la tradition assurée de perdurer. Merci.

Gérard a dit…

Admiratif devant ton implication à ce programme..tu ne dors jamais !