mercredi, mai 13, 2015

L'utile, ou dit tel, et l'agréable

Emmener carcasse en lui prêchant le calme – velléités de rébellion parce que nourrie bien trop tôt et privée de sieste – le long des rues...
poser une note d'âge dans le regard contemplatif des vigies d'un ravalement.
Attendre, yeux entre les différents appareils que présente, là, le rempart, résultat je pense de multiples campagnes de rénovation, et le kobo qui affichait le journal de la crise de 2006, 2007, 2008, d'avant et d'après de Laurent Grisel http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371771192/journal-de-la-crise-de-2006-2007-2008-d-avant-et-d-apres jusqu'au 13 février 2006 et à la lecture de l'Esthétique de la résistance de Peter Weiss (dont, honte, j'ignorais l'existence).
Retrouver les cônes qui n'en sont pas, attendre longuement de me faire immatriculer, en saluant le passage, sur le Kobo, du Clémenceau en quête de désamiantage et le début des réactions au projet de CPE (souvenir d'avoir virtuellement suivi les débats en commission et en séance, puis d'avoir protesté réellement dans les rues).
Puis longue attente – puisque, de crainte de sombrer dans la tentation du sommeil, j'étais partie en avance – face à une fleur artificielle en lumière artificielle, suivant, entre autres, c'est loin d'être le seul thème, même si actualité oblige cela occupe une bonne place, les manifestations anti-CPE (me revenaient souvenirs joyeux et graves), notant le refus commun, l'accord de fond (et qui ne se borne pas à cet épisode) mais les divergences de détail entre mon regard et mes réactions (sources différentes et ma tendance à une moindre réflexion de ma part, suis animal sentimental et instinctif) avec celles de Laurent Grisel, leur fin, la venue au premier plan de Sarkozy, et refermer un peu après le début de la note du 24 avril (Vote de la gauche pour la droite)
Comment le racisme a été relégitimé à droite.
Un long travail de construction de langue, autant que d’arguments. C’est étrange. On le sait déjà. Cela a déjà été analysé. Ce serait le moment ou jamais de le rappeler. Il faudrait se souvenir du scandale de la Nouvelle Droite et des campagnes menées à la fin des années 1970 par les organes de presse vertueux.
Constat : ces campagnes, ces organes ne sauraient plus les mener. Ils ne se souviennent plus de ce qu’ils ont analysé, écrit, publié. Pourquoi ? Pourquoi ne peuvent-ils ou ne savent-ils ou s’interdisent-ils de se servir de ce qu’ils ont appris et nous ont appris pour faire la généalogie des événements de langage d’aujourd’hui ?
parce qu'une infirmière est venue me chercher pour affoler mon coeur (si soigneusement calmé avec carcasse), le stresser et voir ce que cela donne... qui est très satisfaisant - je n'aurai définitivement ni le charme, ni l'esprit pratique, ni la générosité, ni le fonctionnement (déplorable) du muscle coeur de ma grand-mère et de ma mère…
retour... la place de l'horloge baignait dans une nonchalance estivale,
et je me suis offert un café et un cigare au soleil, à la limite de la terrasse de la Civette, avant de rejoindre l'antre, de vaquer, d'arroser, de me changer, 
et de remonter, avec joyeux pressentiment (mais sommeil en embuscade) vers la place,  l'opéra et un programme de musique de chambre qui a fait salle presque comble, parce que c'était Alexandre Tharaud, et de plus (cela jouait pour moi) dans un programme très Brigetoun/compatible, gaité, grace, légèreté, intelligence, et un peu de pudique gravité.. avec
la suite en la de Rameau, sa ronde volubilité, sa bigarrure (l'allemande, la courante, la longue et belle sarabande, les trois mains, la fanfarinette, la triomphante, la gavotte et ses variations)
suivie de la joyeuse familiarité de la sonate en la majeur KV331 de Mozart, l'andante grazioso que l'on fredonne intérieurement, le grand menuetto (et là la fatigue devait se faire sentir parce que j'ai failli me joindre aux applaudissements, reprenant conscience sur une sensation de manque en écartant les mains pour prendre élan) et le célébrissime et jubilatoire allegretto final, alla turca…
un entracte – tentative de reprendre possession de mes yeux et mon attention avec deux bouffées – assez, on éteint – de cigare dans la petite cohue du balcon – et
cinq sonates de Scarlatti avec ses incisifs dialogues introductifs, K 380 en mi majeur l'une des plus belles, K 3 en la mineur, K 513 en ut majeur, K 481 en fa mineur et la très virtuose (mais sans que cela soit affiché dans le jeu) K 141 en ré mineur
et, pour finir, Miroirs de Ravel – les noctuelles - oiseaux tristes (l'un de mes deux préférés avec son début quasi mutique, bégayant) – une barque sur l'océan (avec la puissance d'évocation mais la virtuosité peut être un rien trop manifeste de la houle centrale) – allobrata del gracioso et la douceur de la vallée des cloches (immense paysage serein).
Applaudissements, saluts, deux bis dont le début de la sonate de Mozart pour nous renvoyer coeur dansant.

P.S. Une vidéo (sans image) donnant son interprétation des nouvelles suites de Rameau, en commençant par celle jouée ce soir, en la https://youtu.be/nYFJPXr1YzA

6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Revu justement Laurent Grisel lors de la soirée Maryse Hache, on a reparlé de Peter Weiss.

Ravel, toujours incontournable (dans ses œuvres moins médiatisées)...

brigitte celerier a dit…

et en avançant dans la lecture de la crise mon accord (non à l'indignation et autres trucs) avec Laurent Grisel se renforce.
Dans le concert j'ai aimé la cohérence du choix

arlettart a dit…

Ton coeur au rythme des sonates

brigitte celerier a dit…

alors il battait nettement plus voire encore que sous les directives et la provocation du toubib

Christine Zottele a dit…

belles images, beaux instantanés, beaux battements de coeur...

Gérard a dit…

..un article bien échafaudé