samedi, mai 16, 2015

Plaisirs


plaisir de ce ciel, alors que j'avais cru comprendre que nous stagnerions en bouillie blanc sale..
plaisir de cette lumière à laquelle m'attachais pour ne pas sentir le petit vent frisquet qui traversait mon veston de broderie anglaise…
plaisir des yeux, plaisir de bouche anticipé, et négligence du poids final...
et puis au fil des heures, passages de nuage, claquement de volet, ondée passagère rendant inutile l'arrosage, et plongée - sans encore tenter d'établir un emploi du temps, jonglant avec horaires, temps de trajets, limite de carcasse, budget, interrogations, curiosité, désir... sans doute plus facile cette année, le festival a fortement réduit la voilure – dans le programme papier du festival.

Enfouir petit parapluie dans mon sac, veston plus sérieux, bottes, et m'en aller, joyeuse, aux prises acec le vent bien froid, 
vers les Hauts-Plateaux, la Manutention, pour des rencontres
tout d'abord Lucien Suel (plaisir) et Fabrice Caravaca (à découvrir, aveu)
suivis de Saoul Silence d’après Une erreur de la nature de Christian Prigent avec Edwige Fouquet et Stéphane Kéruel.
Le plaisir était au rendez-vous – avec l'ambiance, avec quelques rencontres de têtes croisées et appréciées, avec l'impression d'être en confiance, familiarité avec Lucien Suel, avec la très gentille dédicace posée par Fabrice Caravaca sur l’exemplaire de son livre la vie, que me suis offert en même temps que le lapin mystique de Lucien Suel,
avec leurs lectures alternées de poèmes et textes, beaux, jubilatoires ou les deux à la fois, leur lecture à deux voix d'un texte de Fabrice Caravaca que je retrouve
Maintenant c'est la terre battue et les murs blanchis à la chaux. C'est comme une autre époque. C'est du haut de la falaise qu'ils sont tous tombés. Pourtant ils avaient déjà entrevu beaucoup, réinventé les langues et vu au delà même des mondes possibles. Ils sont notre ossuaire. Maintenant c'est la phosphorescence de leurs os blanchis par le temps qui illumine aussi nos nuits. Os rampants, entassés comme un fait exprès. Os qui disent une vie capable d'englober toutes les vies. Ossuaire : François Villon. Ossuaire : Paul Célan et Ghérasim Lucas dans la mort assemblés. Ossuaire : la jambe morte d'Arthur Rimbaud.... et cela continue en étalant un superbe ossuaire.
Et, pour finir cette première partie Patismit de et par Lucien Suel, édité par Fabrice Caravaca au Dernier Télégramme, que j'avais trouvé sur cette vidéo
un entracte chaleureux (public se pressant dans une pièce et sur un palier, public homogène de goût et d'humeur)
et l'assez formidable spectacle d'Edwige Fouquet et Stéphane Keruel, faisant intervenir une bouche qui parle en silence, un saxo qui parle à sa place, des voix qui se mêlent, des mots qui dérapent, trébuchent, de sons, des phrases qui passent d'une voix à l'autre, une musique rieuse, jubilante et rageuse, et le texte de Prigent, partant de
Pourquoi donc la poésie ? Pourquoi cet usage rageusement irrationnel du langage ? N’aurions-nous pas plutôt besoin de sens stable et de certitudes ?! 
Et puis, sagement, suis partie parmi les premières, malmenée un peu par des bourrasques, ravie, beaucoup, de ma soirée.
Et m'en vais rejoindre, avec le lapin mystique, mes patates et mon colinot.

6 commentaires:

anna jouy a dit…

toujours nous mettre en ainsi en appetit... petites bouchées délicieuses

Marie-christine Grimard a dit…

Poesie, rencontres et repas méditerranéen, que de bouchées délicieuses en effet, merci de nous avoir invités à les partager !

brigitte celerier a dit…

avec (malheureusement surtout quand un volet est resté ouvert ou quand on négocie la rue Peyrolerie) cet autre ingrédient : le vent

arlettart a dit…

Ne connais pas bien ces auteurs , vais rechercher , ravie de ton plaisir ...en coup de vent qui déplume ici aussi les platanes juste couronnés de tendres feuilles
il y en a plein le boulevard

Lucien Suel a dit…

Plaisir de découvrir votre compte-rendu de la soirée alors que je suis encore pour quelques heures en Avignon. Très grand merci de votre présence. Et plaisir de la rencontre dans la réalité humaine.

brigitte celerier a dit…

et grand merci à vous
(vous aurez eu un peu du presque vrai ciel d'Avignon !)