dimanche, mai 17, 2015

Sous le ciel, dans le vent d'Avignon

C'est un brave, simple, massif petit volet bleu, bien tranquille.
C'est l'occupant de l'un des appartements du deuxième étage absent depuis mi-avril, en vacances, en voyages, ou en allé, qui n'a pas pensé à le fixer..
C'est un instrument de torture, plus ou moins virulent selon le sens du bon gros vent quand il vient jouer sur la ville. C'était une Brigetoun (et depuis la nuit de vendredi sa voisine) s'appliquant à rester calme, à ignorer, dédaigner les efforts dudit instrument.
C'était vendredi un inconfort titillant, fermement refreiné.
C'était samedi matin des sursauts, crispations, vibrations de tout le corps à chaque heurt, de brèves apnées en attente de la prochaine…
m'en suis allée dans les rues où un mistral de moyenne force se donnait libre cours, sculptant les joues, emmêlant les cheveux, même les très courts, retroussant les fentes des vestons, faisant claquer les jupes,.. vers le teinturier
avec le plaisir, au retour, en passant devant Ducastel d'apprendre que mon double en mama (oeuvre d'Alexandra Giacobazzi) était enfin encadré... avec le plaisir plus grand encore d'un manque en ouvrant ma porte, d'une hésitation, d'une attente du bruit, et de la constatation éberluée et ravie que le volet dormait, dûment accroché contre le mur.
Une julienne de légumes pour les pâtes, un déjeuner paresseux, une courte sieste et suis repartie 
dans le vent qui se voulait méchant, arrachait petites branches et jeunes feuilles, les faisait voler de la rue Viala, juste après la place de l'horloge
jusqu'au niveau de la rue Figuière que j'ai prise pour aller au Centre européen de poésie, voir l'exposition (intitulée l'amour est un chien d'enfer) de l'association Hypergonar, association constituée d'anciens élèves et élèves de l'Ecole Supérieure des arts d'Avignon, pour organiser des expositions ou des événements d’art contemporain sur la région PACA et ailleurs…
exposition ainsi présentée
Des dessins éthérés, des photos de famille déchirées, des collants tagués avec rage, des personnages sans visage étouffant dans un univers de cloches, des radios des poumons, des éclats de miroir, des citations de Marx et de Malevitch, un lapin faisant sa toilette, une femme qui écarte les cuisses… Max Jacob, dans L’art poétique, l’écrivait : « C’est au moment où l’on triche pour le beau que l’on est artiste. » Si l’amour est bel et bien au centre de cette exposition, c’est souvent par des chemins détournés, par le judas de la porte d’un hôtel délabré.
Tour à tour chien de l’enfer, chien de faïence, chien dans un jeu de quilles, l’amour se dénude ici, se montre sous son meilleur jour et sous ses plus tristes nuits.
Figure tutélaire de l’exposition, Charles Bukowski est aussi de la partie. Il aurait probablement détesté tout ça, mais quelle importance ? S’il y a une chose que la lecture de ses œuvres nous a appris, c’est qu’il est salutaire de créer, envers et contre tout.
Pour la clôture de l'exposition ils avaient organisé un petit et délicat spectacle de marionnette avec Florian Martinet de la Compagnie «Jeux de mains, jeux de vilains» http://compagnie-jeux-de-mains.org/les-spectacles/je-nai-absolument-pas-peur-du-loup/ : une marionnette minuscule, oeuvre de Margaux Derhé, coiffant un doigt de Florian Martinet, devenu petit personnage jouant avec le corps dont il faisait partie, pour illustrer parfois, évoquer plutôt, sans lien souligné, l'état d'esprit de Charles Bukowski, sur des bribes de l'amour est un chien d'enfer et d'autres textes.
Et puis, avec le pas si petit public ai circulé un moment entre les oeuvres, échangé quelques phrases neutres, souri, gardé quelques images de ce que proposaient :

Laurent Santi - sorti de l'Ecole Supérieure d'Arts Plastiques d'Avignon en 2014, le meneur me semble-t-il, également éditeur http://jedetruismamaison.com/category/editions/ livres,
et qui présentait une partie des oeuvres ayant fait l'objet d'expositions antérieures

Mélissa Cortese (sortie en 2014) http://melissacortese.com
Margaux Derhé on m'offre enfin des fleurs http://issuu.com/margauxderhe/docs/portfolio_margaux_derh__
Kevin Lapeyre
Louise Gosser (miroirs brisés et légendés) qui a mis sur son compte Facebook une photo de l'ensemble des participants
Jessica Norris qui a, entre autres, illustré un livre de poèmes (oublié le nom du poète auquel j'étais sensible, le titre, tout... mais j'ai aimé et même hésité un moment à partir avec)
d'autres, dont sans doute l'auteur de ces dessins, mais n'ai pas noté son nom..
et, au bout d'un moment, bien incapable de trouver les questions ou commentaires qu'ils attendaient, m'en suis allée, un peu ivre de ce mistral, pas de première force bien entendu, mais à la retenue très très relative…
plaisir de cette charrette au coin de la rue Joseph Vernet, plaisir d'un courrier attendu, plaisir de féliciter chaudement, corps renversé, tête levée, dans ma cour, ma voisine du dessus qui me racontait que c'est elle qui, montée sur un escabeau installé sur la terrasse qui me domine était arrivée, après longs tâtonnements d'un balai tenu au bout du bras, corps tendu sur ses pointes de pied à rabattre et fixer le volet bourreau.
Et, ma foi, ai eu une pensée pour la nuit des Musées et suis restée bien tranquilou dans l'antre.

4 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Garder intacte sa curiosité... malgré un volet importun, voilà bien une leçon de philosophie matinale !

brigitte celerier a dit…

fortement aidée par l'acrobatie de la voisine

arlettart a dit…

Supplice chinois et inventivité à tous les étages
Les fleurs en charrette comme une Douceur ancienne en plus

Gérard a dit…

Insolite expo..avec un sale con dans les yeux