mercredi, mai 06, 2015

Une matinée avec Victoire


Brigetoun s'en est allée vers dix heures, sous ciel chargé, croisant, dans son quartier, une voiture du Samu et deux voitures de pompiers qui évoquaient une douleur non identifiée, vers les remparts et un bus... avançant en rageant contre la tension de carcasse qui a perdu, à force de douce oisiveté, sa capacité à faire face, presque sans réaction, aux menues investigations des médecins (souvenir de ce temps où, maigre et faible à l’extrême, pouvais marcher dans les rues désertes du XIème, un 25 décembre vers Saint Antoine, une longue hospitalisation et une opération très intrusive et lourde….)
pourtant il y avait de braves femmes se réjouissant d'une naissance, deux ados blagueurs gentiment, des petites fleurs dans l'herbe plantée en ourlet des remparts, et les premières pages d'un an d'Echenoz, sélectionné pour tenir compagnie et la fulgurance du début
Victoire, s'éveillant un matin de février sans rien se rappeler de la soirée puis découvrant Félix mort près d'elle dans leur lit, fit sa valise avant de passer à la banque et de prendre un taxi vers la gare Montparnasse... introduction aux 91 courtes pages retraçant, sans que le ton faiblisse, une année et le périple, le cheminement de l'héroïne, de toits en plus de, de villes en campagne, de confort en dénuement. 
Trajet, les yeux sur les petites maisons, les immeubles aux balcons disant pauvreté, ou dans le livre, jusqu'à retrouver les cônes de l'hôpital et fermer le livre sur
Passée de son lit à la baignoire, elle continuait d'y somnoler dans l'eau réglée à la température des draps : le timbre enroué fixé près de l'entrée, en bas, ne lui fit pas ouvrir un oeil.
Immatriculation, salle d'attente dire bonjour et se poser – petit groupe hétérogène évitant de s'observer -, reprendre livre pour une longue absence jusqu'à le fermer et le ranger avec lunettes, en tâtonnant, en marchant précipitamment pour suivre les pas rapides d'un jeune médecin en blouse blanche
Les gens ne meurent plus. Vous allez où après ?
Échographie du vieux coeur qui fonctionne avec grande obligeance et normalité, retour salle d'attente, prise d'un nouveau rendez-vous,
sortie avec une brusque et forte envie d'un cigare,
renforcée par les deux chauffeurs de bus qui fumaient en attendant de reprendre leur service, se réfugier dans la bienveillance un peu trop passagère du ciel...
retour vers les remparts qui m'a amenée (j'étais très distraite par la joyeuse bande d'enfants sous la garde de leur maître) jusqu'à
Ayant hoché la tête – mais dans ce mouvement tout son corps basculait en arrière – Victoire ferma les yeux – tout bascula de plus belle - puis les rouvrit ; précautionneusement elle observa les lieux... (ai recopié pour http://brigetoun.wordpress.com la suite de ce paragraphe et un peu plus, avant de terminer le périple en dînant)
bureau de tabac... puis, cigare prudemment éteint au bout des doigts et faim montante en longeant les attablés, regagner l'antre, la cuisine, une assiette très pleine, un petit échange de mails pour un projet, et une belle et délicieuse sieste. 

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Ces cônes de couleurs sont un signe architectural original...

arlettart a dit…

Périple angoissant ...et sourire à la vie retrouvée
Le ciel est bleu ce matin
Pensées

brigitte celerier a dit…

d'autant que, contrairement au nom dont je les ai affligés, ce ne sont pas vraiment des cônes, et qu'ils diffèrent tous de forme

pascale a dit…

C'est vrai que le requin sourit plus gentiment ce matin.

Gérard a dit…

..gare au cigare