samedi, juin 27, 2015

ce serait


marcher sous ciel bleu, avec juste un petit vent, léger comme un souffle de bébé.. petite voix intérieure : j'arrête paumée – tu le feras pas – si, marre de sa mort accélérée  et moi même longtemps que j'y crois pas – tu crois à rien – et surtout pas en moi - prends du fer – c'est malin – bon une cure de silence, alors ?
Ciel bleu, vent tombé, l'été est là, la ville chauffée à blanc, 32° seulement pourtant, cinq jours et déjà quelques minutes de moins de présence du soleil dans ma cour, les trois roses embaument et entament leur mort, paresse, dive paresse
- bon on ferme paumée ? 
- Un temps ou plus...
- et le festival ? 
- Ah non ! mettrai des notes, au moins pour moi, pour le souvenir... sur papier ne le ferais pas et ne le garderais pas
- tu gardera juste tes carnets illisibles
- je viens d'en jeter cinq
et pour aujourd'hui je reprends le plus récent des «ce serait», publié chez les cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com (à propos devriez, si vous ne l'avez fait, passer choisir belles lectures chez QazaQ, les textes choisis par le cosaque en chef pour sa maison d'édition http://www.qazaq.fr/header-transparent/, pas les ce serait mais les nouvelles, entre raison et rêve, de Lan Lan Hue, l'histoire et les poèmes d'Anna Jouy, le roman attachant de Christine Zottele, la longue lettre de Françoise Gérard, les histoires baroudeuses de Jan Doets, pour commencer) 
ce serait – 41 – le paysage blond
Ce serait mes yeux qui le sélectionneraient en entrant dans la salle.
Ce serait une gourmandise, un signal éclair, le nom de Dubuffet, et un étonnement, cette blondeur, alors que le souvenir vague de terres brunes mêlé à celui de roseurs en formes plates et larges qui était des femmes, et puis des tables, mais là c'était évidemment un paysage.
Ce serait retrouver cette sensation que l'image saisie par les yeux émeut mon ventre, mes entrailles, le corps, avant de remonter jusqu'au cerveau et à son interrogation un peu distraite, rendue bienveillante par la sensualité du message qui lui parvient.
Ce serait s'approcher, lire paysage blond – Sahara – mai/juillet 1952
Ce serait la matière, comme née sans règle, d'elle-même... et la question bête, enfin pas tant que ça, comment c'est fait ?
Ce serait des traces de brindilles, de branches sèches, ce serait voir les minuscules cailloux sous les pieds..
Ce serait grimacer devant l'envolée de mon imagination et revenir à ce qui est là.
Ce serait à vrai dire ne pas trop chercher, me contenter de la vie gelée de cette matière, y promener les yeux, suivre les volutes irrégulières, les coulées, les creux brunis, la luisance claire de certaines surfaces... m'y perdre et puis reculer pour un ultime regard englobant, et m'éloigner avec, dernière sensation, l'espace gris beige travaillé au ras de la toile, en haut du tableau.
Ce serait chercher un peu, aujourd'hui, rétrospectivement, dans Prospectus et tous écrits suivants de Jean Dubuffet réunis par Hubert Damisch chez Gallimard, et trouver ceci, à propos des tableaux de 1951 dont celui-ci serait un prolongement, avant les «terres radieuses» de 1953, ceci qu'à tort ou à raison je rapprocherais de ce paysage
En même temps que mon mortier, lancé à coup de grosses spatules, me procurait de doter de reliefs des objets... il se prêtait par ailleurs aussi à des effets très réalistes de terrains bosselés et pierreux...
Peut-être mes séjours dans les déserts de l'Afrique blanche ont-ils fortifiés mon goût (si caractéristique de l'humeur de l'Islam) pour le très peu, le presque rien, et notamment... pour des paysages où ne se voit rien d'autre que l'informe – étendues sans fin, semis de pierrailles – et d'où est rejeté tout élément bien défini... C'est sûr que j'affectionne spécialement le sol.. Il me semble que la vie provoquée dans un tel tableau serait, de prendre naissance en pareil dénuement, plus émerveillante..

(Musée des beaux-arts de Lyon

13 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Ce serait une envie de ciel bleu...
Parfait !

Dominique Hasselmann a dit…

Magnifique Dubuffet (je ne me souvenais pas avoir lu le "Ce serait" correspondant).

Arrêt de Paumée : seule l'envie doit jouer, sur les planches ou l'écran...

brigitte celerier a dit…

sans quoi cela pue l'effort

arlettart a dit…

et le faux semblant

pascale a dit…

Merci pour les fantastiques livres des cosaques chez QazaQ...tournez casaque? Juste le temps de l ' aérer j'espère...

Claudine a dit…

lire et relire Paumée donc
à l'envi

Anonyme a dit…

Paumée éclaire nos réveils et manquerait beaucoup mais votre envie et votre bien-être avant tout Brigitte
Catimini

tanette2 a dit…

Ce serait....dommage...d'arrêter "Paumée". Juste quelques vacances j'espère.

Hue Lanlan a dit…

"ce serait" suivi de... ou de : ou de ? ou de ! ouvertures de tels possibles. Belle trouvaille que " ce serait" ...

Gérard a dit…

ce serait...et ce fut 3 semaines sans connexion mais non sans chaleur .

arlettart a dit…

Le temps est encore plus lourd sans toi !!!Tes" divagations" nous manquent
Reviens vite

Lavande a dit…

Si vous avez un petit trou entre les spectacles du IN (dont l'éventail de billets m'a impressionnée) , ne ratez pas le spectacle que "ma" compagnie joue au "Théâtre du Chapeau Rouge", du 4 au 15 juillet à 17h30: "La Folie-Lacan"
Il s'agit de la (bientôt)célèbre "Compagnie 3 Pièces-cuisine" dont je suis la secrétaire, costumière, accessoiriste, chargée de relations publiques, caissière etc...

http://www.avignonleoff.com/programme/2015/par-titre/l/la-folie-lacan-14472/

Je serais très heureuse de vous accueillir, vous dont j'ai découvert le blog il y a plusieurs années par vos comptes-rendus du festival.

brigitte celerier a dit…

vais essayer (clim doit être ancienne et non bricolée et bon horaire - je joue les hérons au long cou, mais redoute un peu les théâtres off passagers - ce que n'est pas le chapeau rouge - parce que régulièrement malaise et sortie au bout de quelques minutes, supporte difficilement les clims)