jeudi, juin 04, 2015

hors les murs et à l'opéra avec les braises

partir un peu après dix heures vers le confluent, ou presque
cheminer dans la chaleur naissante le long de la rue Joseph Vernet
cueillir en passant, pour jouer avec et fixer mon attention hors de ma rumination, la dernière fleur du chèvrefeuille au coin de Saint Charles
et saluer les couleurs qui viennent à la bignone 
et la fin du gros oeuvre de l'extension de la collection Lambert – reste l'aménagement des salles et l'accrochage (plus beaucoup de temps pour ouvrir avec le festival)
rouler de cité en cité
et descendre devant la clinique qui allie le Rhône et la Durance proches 
suivre la procédure, 
et attendre longuement, en feuilletant les braises de Sandor Marai, et retrouvant la légère antipathie qui naissait peu à peu en moi en suivant la confession/accusation/interrogation de Henri, ou le général, ou le fils de l'officier de la Garde (qui sont un seul et même personnage) - parce que le récit étant fait en grande partie par lui, à travers la belle confiance qu'il a en l'amitié et l'amour transparait sa naïve certitude qu'elle lui est due, lui qui a tant de succès, qui correspond si parfaitement à sa place dans la société, et que cela empoisonne l'empathie que l'on pourrait avoir pour les trahisons, les désilusions qu'il subit, même s'il croit chercher en quoi il les a mérités -, attendre donc les images qui vont me permettre de prouver, lors d'un dernier rendez-vous que, bon mes poumons ne sont pas ravissants, mais ne changent pas, et de me consacrer, tranquillement, sans énervement perturbant, au réglage très défaillant de carcasse auquel les médecins ne peuvent plus rien, qui m'appartient (pas douée en ce moment)
Repartir, en m'amusant des conversations entre le chauffeur et les habitués (très paternel avec les ados, le chauffeur, et joli petit jeu entre eux)
retrouver les rues d'Avignon qui se peuplent de plus en plus, croiser des silhouettes qui disent vacances...
bricoler un repas rapide et m'installer, idiotement - comme une touriste alors que nous entrons dans la saison des volets entrouverts -, dans la belle réverbération de la cour, un peu après deux heures et demi, devant mon assiette.... me replier rapidement dans l'antre, toute ensuquée, et dès la dernière bouchée, sombrer délicieusement en profonde sieste.
Inaugurer une jupe un peu trop courte pour mon âge, en damas où s’élancent des oiseaux, et m'en aller vers l'opéra, vers le spectacle lauréat de l'Armel Opera Competition and Festival en liaison avec Arte, pour 2014, le braci ou les braises, opéra en un acte de Marco Tutino sur le livret qu'il a tiré du roman du même nom (raison pour laquelle je l'avais pêché dans ma bibliothèque) monté par l'Orchestre Symphonique de Szeged
Un peu intriguée j'avais cherché mardi et trouvé ce lien http://www.evsfx.fr/2014/08/creation-mondiale-de-l-opera-de-marco-tutino-le-braci.html vers la création à Budapest de ce spectacle (même distribution, mêmes interprètes que ce à quoi j'assistais)
Adaptation du célèbre roman hongrois de Sàndor Màrai Les braises, cet opéra raconte les retrouvailles en 1940 de deux vieux amis d’enfance inséparables qui se sont connus à l’école militaire de Vienne : Henrik (fils de prince hongrois) et Konrad (issu d’une famille de petits bourgeois polonais). Ils ont aimé la même femme, Kristina, mais c’est Henrik qu’elle a épousé. Konrad a disparu pour les tropiques et les colonies du jour au lendemain, après une partie de chasse qui a failli tourner au meurtre et, quarante ans plus tard, les deux hommes se revoient une dernière fois pour évoquer le passé et reparler de Kristina, morte depuis des années. Henrik connaîtra-t-il enfin la vérité sur ses suppositions de tentative de meurtre par Konrad et d’infidélité de sa femme ?…

et je me demandais un peu quelle serait l'importance du rôle de Konrad, chanté par Jean-Philippe Biojout (dans le roman il est à la fois très présent et quasiment muet, ses réactions se devinant surtout dans les inflexions du discours d'Henri, avec la distorsion probable venant de l'égotisme de ce dernier, qui s'interroge tout autant sur lui même que sur Konrad et Kristina et sa relation à eux)
J'ai découvert, mercredi après-midi, n'écoutant que les dix premières minutes, juste le temps de trouver la musique au moins intéressante, une vidéo reprenant l'intégralité de la création, sur le compte YouTube de Jean-Philippe Biojout
une salle presque aux trois quart vide, les avignonnais semblent manquer de curiosité, ou la douceur des soirées ne leur donne pas envie de s'enfermer dans une salle.
L'habile façon qu'a le livret, qu'a la mise en scène de tisser ensemble le passé et cette rencontre des deux vieux – vêtus de blanc, maquillés de pâleur, comme le décor sous la lumière froide qui s'applique aux moments de leur rencontre – au présent, un présent d'outre-temps comme la gouvernante le dit à la fin – est blafard, tissus blancs et boiseries bleu-gris délavées, alors que la lumière se réchauffe quand s'y mêlent les personnages – visage de chair et vêtement colorés – rajeunis, les deux hommes et Christine qui n'apparaît que dans ce temps recréé, ainsi que les figurants.
Un rééquilibrage des personnages puisque le récit d'Henri étant remplacé par sa représentation, seule reste son interrogation, sans que sa présomption n'apparaisse autrement que lorsqu'il s'en accuse, alors que Konrad perdant un peu de l'épaisseur que lui donne son silence relatif dans le roman, tend à mériter le qualificatif de lâche que lui donnent Henri et Christine.
Une musique qui donne plus de place à l'orchestre qu'aux voix, que j'ai aimée (à part quelques effets qui font un peu trop penser à une bande pour un film ou la télévision);
Et le petit public qui était un peu pénible au début – des chuchotements, des changements de place, puisqu'on avait largement le choix, sans grande discrétion, quelques écrans allumés – s'est assez rapidement concentré, captivé, avant des applaudissements qui tentaient d'annuler le vide.

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Les "braises" sont également en représentation annoncée (sur le plan météo) pour les jours à venir...

Le Festival fait bien de se mettre déjà dans le bain !

brigitte celerier a dit…

bien failli devenir braise dans ma cour/four - apprendre à ne plus y stationner entre midi et trois heures

Christine Simon a dit…

Ah, la rue Joseph Vernet, nous finissons par la connaître à force de vous lire.

arlettart a dit…

Cela ne peut durer .. braise comme froidure juste un peu trop

brigitte celerier a dit…

une des rues importantes (sur les anciennes fortifications) et un de mes trajets obligé, dans le calme en plus

brigitte celerier a dit…

Arlette, réapprendre l'ombre… et les soirs sont tellement délicieux

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

(Je me sens concerné par le sens interdit...)

brigitte celerier a dit…

pour le franchir il est nécessaire d'avoir un produit qu'on vous branche en vous faisant aller et venir dans un petit tunnel