lundi, juin 08, 2015

Jardin de grande lumière sur terre aride

après un nouveau détour par le jardin à l'italienne, pénétrer dans le jardin méditerranéen ou jardin haut de l'Abbaye Saint-André, celui dont s'est occupée, souciée, Roseline Bacou, conservatrice du Cabinet des dessins du Louvre, Inspecteur général honoraire des Musées de France, spécialiste d'Odilon Redon ami de son grand-père Gustave Fayet lequel avait aidé Elsa Koeberlé à acquérir l'abbaye et que cette dernière choisit pour son héritière quand elle avait 27 ans.
Roseline Bacou qui, après sa retraite, entreprit de restaurer l'abbaye, de faire dégager les assises de l'église Saint André, de regrouper, auprès de ces ruines, les tombeaux de l'ancienne nécropole antérieure à l'établissement des bénédictins au Xème siècle, de supprimer la tour qu'un astrologue avait ajoutée à la chapelle dédiée à Casarie, et d'ouvrir les jardins et les bâtiments à la visite (tradition perpétuée par ses neveux et héritiers). 
Saluer au nom des victimes de ma cour un bout de bois qui tente de revivre et pénétrer dans l'oliveraie des frères de Saint Maur, l'amour de ces arbres (même s'ils sont moins chenus et impressionnants de ceux de restanques que je connais entre Sanary et Ollioules), la beauté de la lumière qui règne sous leur regroupement.
Cheminer tranquillement jusqu'au sommet du mont Andaon et la chapelle construite au XI.ème siècle sur l'emplacement d'un premier sanctuaire voué à Sainte Casarie, errer d'oliviers en terrasses, de terrasses en ruine (mais ne pas voir les tombeaux parce que les sept autres visiteurs des jardins y étaient provisoirement regroupés)
ne plus voir que les feuilles des iris d'Alger, ces squelettiques étoiles violettes (pensée pour Pierre) parce que la saison en est déjà passée, comme celle des roses qui commencent à mourir au jardin bas – il semble que les plantes nichées chez Saint André soient précoces.. aimer ce jardin d'arbres, de pierres, de fleurs sans exigence, de lauriers exubérants, de lavande (pas encore en fleur), de buissons jaunes dont j'ignore le nom et de terre poussiéreuse
C'est une leçon d'humilité totale. J'ai dû renier tant et tant de fleurs que j'aime énormément.
La terre ici est sèche (les bénédictins, avant les gros travaux des mauristes au XVIIe, se contentaient d'herbes médicinales dans leur cloître et avaient un verger au bas du mont), c'est une terre de sommet de colline, sans eau. C'est une lutte continuelle qui change saison après saison... et puis il y a le désordre du Mistral.
Un jardin est une leçon de patience et de sagesse – Roseline Bacou
redescendre, longer le bout de la pièce d'eau, saluer ce que je crois être un murier (après discussion avec un aussi ignorant que moi, j'ai cru y trouver le souvenir des survivants de l'allée des muriers de mon enfance) à l'entrée du parterre devant l'abbaye, se promettre de revenir un jour pour visiter le bâtiment
Par les rues du village, en saluant au passage la livrée du cardinal Léonard Rossi de Giffone (je l'ignorais mais je viens de trouver son nom dans l'évocation du vieil Avignon de Joseph Girard et j'aime sa sonorité) retrouver la belle chaleur en rive du marché de brocanteurs, attendre une dizaine de minutes en écoutant un couple allemand, je pense, mon ignorance est sans fond, traverser le Rhône
et franchir le rempart vers mon platane, ma place, ma rue, un peu avant une heure.

9 commentaires:

Anonyme a dit…

"la terre ici est sèche, c'est une terre de sommet de colline, sans eau. C'est une lutte continuelle qui change saison après saison. Et puis il y a le désordre du Mistral". Très beau, après ça il n'y a plus qu'à se taire. Merci pour nous, lecteurs. M-A

Marie-christine Grimard a dit…

Merci de cette balade sous les frondaisons et de votre poésie !

jeandler a dit…

Tout l'art des jardins, images du Paradis perdu. Merci.

arlettart a dit…

Merci Brigitte de replacer mes souvenirs dispersés...
Magnifiques images que je vais garder pour joindre à mon ancien dossier si tu le permets

brigitte celerier a dit…

Arlette, je serais honorée !

Françoise Dumon a dit…

Magnifique Brigitte !

brigitte celerier a dit…

merci Françoise mais n'y suis pour rien
heureusement pour les plantes !

Gérard a dit…

avoir les mains vertes...et l’œil en plus pour cette balade nature.

brigitte celerier a dit…

les mains vertes, en tout cas moi ne les au pas !