lundi, juillet 27, 2015

Avignon – jour 23 – fin de la canicule, deux spectacles pour clore le off, et une grande envie de dormir

Nous sommes sortis de la canicule. J'avais un peu froid au petit matin, au lieu d'être déjà assommée de chaleur. 
Ciel bleu, nuages circulant, petit vent.
Mis tee-shirt coton léger à manches longues, jean et suis partie, corps engourdi mais esprit s'éveillant, vers le théâtre du Roi René voir s'il y avait place pour moi…
dans les rues languidement animées d'un dimanche matin d'été.
Les spectateurs se font rares (salle finalement pleine, mais sans liste d'attente) un café, une très longue attente, nez dans l'Homeriade sur le trottoir.
Et, dans la salle de la Reine, devant le décor austère sous plafond orné et décrépit, attente en piapiatant que commence le second des spectacles programmés à 11 heures, spectacles que j'avais repérés dès les premiers jours sans être certaines de pouvoir y assister,

Primo Levi et Ferdinando Camon: Conversations, ou Le voyage d'Ulysse, mis en scène, comme les mémoires de Faraoun, avec la même efficace sobriété intelligente et respectueuse, par Dominique Lurcel
Interprétation parfaite, et richesse des thèmes, toute la merveilleuse humanité, au delà du témoignage de Primo Levi (philosophie de l'histoire, rôle des dirigeants qui au moins pour cette époque est à ses yeux l'explication majeure, réfutation de l'existence du diabolisme germain, et pour le lager, absence de solidarité, rôle de la langue pour survie, l'impossibilité de dire et le besoin d'écrire etc..) 
Je me contente de cette photo, du début du texte de présentation sur le site des ATP Vosges où ce spectacle, créé en 1995 à Avignon et repris régulièrement depuis, sera présenté en octobre prochain http://atpvosges.wix.com/theatre#!primo-levi-et-ferdinando-camon/c23t9
Ferdinando Camon, journaliste et écrivain italien, s’entretient pour la première fois avec Primo Levi en 1982. Leurs conversations s’échelonnent jusqu’en 1986, moins d’un an avant le suicide de Primo Levi. Leurs échanges sont à la fois denses et fluides. Ce sont deux hommes qui se parlent, deux écrivains, deux «arpenteurs de mémoire… »
et de cette vidéo reprenant quelques longs extraits, trouvée cet après-midi sur le site de la compagnie des Passeurs de Mémoires
Rermercié acteurs et metteur en scène et m'en suis revenue, prise, dès la fin des applaudissements et saluts, d'un énorme besoin de sommeil…
me suis forcée à déjeuner, ai renoncé au spectacle prévu à quatorze heures (n'aurais guère eu le temps de toute façon) et j'ai sombré en absence sereine…
avant de repartir, un peu avant huit heures pour clore mon festival au Théâtre des Halles, 
en assistant, sous le chapiteau, à Don Juan revient de la guerre, d'Ödön Von Horvath, monté par la Comédie de l'Est, dans une mise en scène de Guy-Pierre Couleau. 
Photo provenant du site du théâtre comme cette présentation
Don Juan a perdu de sa superbe. Au sortir de la guerre de 1914-1918, l’homme est détruit. Dans une Allemagne en proie à la crise, il va son chemin à la recherche de la fiancée qu’il a jadis abandonnée. Elle est morte. Il l’ignore. Et chaque femme qu’il rencontre est comme une facette de cet idéal perdu. En 24 tableaux, cette pièce exceptionnelle met en scène trente-cinq femmes pour un seul homme.
Ce projet a obtenu la labellisation du Centenaire de la Première Guerre mondiale.
Une mise en scène stylisée : deux femmes, Carolina Pecheny et Jessica Vedel, pour représenter toutes celles que rencontre Dom Juan (Nils Ôhlund) : Ces trente-cinq femmes doivent être interprétées par beaucoup moins de comédiennes, de sorte que chaque comédienne ait plusieurs rôles à jouer écrivait von Horvath, aucune tentative de «reproduction d'époque», quelques meubles que déplacent les comédiens, des éléments de costume pour changer à vue de personnage, un plateau quasiment nu pour ce monde (1918-1923 et début de la crise) où tant d'européens erraient sans racine dans des pays appauvris, où Dom Juan est à la recherche de sa fiancée, d'un univers disparu... et comme ces 24 tableaux sont le plus souvent de courtes scènes, leur succession est marquée simplement par des panneaux.
Dom Juan que l'on croyait mort, revient blessé avant d'entreprendre la recherche de sa fiancée, est touché par la grippe espagnole, et retrouve, dans le monde bouleversé de l'époque, son goût des femmes, oubliant sa quête (il apprendra à la fin qu'elle est morte de chargin en 2013)
Qu’est-ce qui attire les femmes chez Don Juan ? Ce n’est pas seulement la sexualité masculine, dont il est sans conteste le représentant le plus fort, mais c’est l’engagement métaphysique de cette sexualité, particulièrement intime et exclusif, dont l’effet est irrésistible pour les femmes. Le Don Juan cherche toujours la perfection, donc quelque chose qui n’existe pas sur terre. Et les femmes veulent toujours lui prouver et se prouver à elles-mêmes que tout ce qu’il cherche, il peut le trouver sur terre... (avant propos de von Horvath)
Alors, tout de même, une pièce difficile à monter, me semble-t-il, les scènes étant parfois si courtes, trois ou quatre échanges, qu'il en résulte, surtout dans le premier acte, une schématisation extrême qui nuit un tantinet à l'intérêt porté aux personnages, et puis peu à peu, entre humour et assez formidables numéros, surtout des comédiennes (sans doute davantage Carolina Pecheny, mais cela tient en partie à la force des personnages qu'elle incarne) de très beaux moments.
Et ce pauvre Don Juan est victime de son défaut, et s'en va à travers la forêt vers la maison de la grand-mère et la tombe de la fiancée, traqué, accusé à tort d'avoir violenté une adolescente.
Retour dans une ville qui se dépeuple, des restaurants, des suceurs de glace, des musiciens sur le départ écoutant et regardant des musiciens, et des collectionneurs d'affiches.

7 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

oh j'aurais aimé voir " don juan", merci de cet avant-goût

arlettart a dit…

Tu n'as pas parlé de Berling et son Meursaults? ou alors j'ai manqué un jour? (Est retenu à Toulon-Liberté )La page du Monde hier est résumé du festival "PY"

brigitte celerier a dit…

Arlette, honte à moi, ne l'ai pas vu
pas le courage, surtout en fin de festival (et je n'avais pas en tête la canicule qui n'a rien arrangé) de trotter jusqu'à Benoît XII et d'affronter cette clim, même si l'ai fait pour un spectacle au début)

brigitte celerier a dit…

Lan Lan Hue, à vrai dire, un peu déçue par Don Juan.. mais soupçonne la fatigue assez gigantesque d'avoir joué son rôle)

jeandler a dit…

Fin du festival, le temps désenchanté.

brigitte celerier a dit…

et le reste de volonté récupéré en raclant dépensé… ah zut la carte bleue ! reprendre jambes

Arlette Arnaud a dit…

Pas grave pour Berling tu as tant donné mille mercis