samedi, juillet 11, 2015

Avignon – jour 7 – tout doux, jardin et recluse, concert spirituel, jardin et lecture

Premier de quelques jours où je lève un peu le pied (est ce pour cela que leurs plantes sont toutes dolentes ce soir?)
Jour commencé en partant un peu après dix heures dans une ville où le mistral n'était plus que souvenir, sous un ciel pur, et dans une chaleur qui n'avait pas encore repris puissance, 
vers le théâtre des Halles (parce que ce qui s'y joue est presque toujours fort bon, et parce que j'avais envie de l'idée vague que je me faisais de ce texte dans l'intimité de la petite chapelle Sainte Claire), pour voir du domaine des murmures adaptation d'un roman de Carole Martinez par José Pliya, qui met en scène, joué par Léopoldine Hummel (qui reprend le rôle créé par Valentine Krasnochok)
photo provenant du site du théâtre http://www.theatredeshalles.com/pieces/du-domaine-murmures/ comme cette présentation
1187, le Moyen Âge. Franche Comté, le domaine des Murmures. Le châtelain impose à sa fille unique, “Lothaire-le-brutal”. Esclarmonde, 15 ans, refuse le mariage. Le jour de la noce, elle se tranche l’oreille. Elle choisi d’épouser le Christ. Protégée par l’Église elle est emmurée vivante, une recluse. Pourtant, neuf mois plus tard, la pucelle donne naissance à un fils. L’enfant a les paumes percées : les stigmates du Christ… Mystère ? Menace ? Miracle ? Du fond de sa tombe. Esclarmonde va défier Jérusalem et Rome, les morts et les vivants et même le Ciel, pour sauver son fils.
Un peu de terre difficilement discernable dans l'ombre de la petite chapelle, un escabeau, un pichet je crois, à deux reprises la beauté de la musique d'Hildegarde de Bingen, et la silhouette drue, jeune, terrienne, de Léopoldine Hummel, sa voix un peu rauque au début quand elle parle à son enfant, et sans doute surtout à elle même, sa voix qui arrive, rarement, plus éclatante ainsi, aux cris dans les apostrophes à Dieu, au pape, à qui pourra sauver son enfant, sa voix de récit, sa voix murmure et la perte de l'amie qui pouvait l'aider, la séparation de son fils, la solitude, sa voix de prière, et sa voix de colère contre la réclusion, la piété, et même parfois un rien de gouaille.
Petit public (à cause de la taille du lieu) enthousiaste..
retour vers l'antre, en passant devant le théâtre du Roi René, me souvenant que les deux pièces qui s'y jouent en alternance à 11 heures me tentaient, en me disant que n'y assisterai sans doute pas..
déjeuner tardivement, même pour moi.. ai sorti l'une des deux invitations reçues pour l'inauguration des locaux de la Collection Lambert maintenant qu'elle a avalée l'hôtel voisin (oh les débats dans la cour de l'école d'art ! Maintenant ils ont lieu, comme des conférences qui en principe me tentaient, à l'Université, bien trop loin pour ma paresse) inauguration où j'aurais retrouvé l'assistance chic de la nuit de la veille avec Sade, y compris ministre, maire, notables de toutes sortes, inauguration d'une exposition qui s'annonce gigantesque ou presque, sans doute intéressante, autour de Chéreau et de ses pôles d'intérêt... j'ai décidé de faire grève, d'autant que n'aurais guère eu le temps. Me réserve pour une visite solitaire et lente en août. 
Suis partie vers cinq heure vingt, vers Saint Didier, pour un concert de musique religieuse (à cause surtout de Vivaldi)
me suis assise au premier rang près de Saint Bénézet en habit galant,
pour écouter (et voir sur un écran) Ferruccio Bartoletti jouer un extrait des six études en forme de canon de Schumann puis un prélude et fugue de Brahms.
Puis les quelques musiciens de l'ensemble instrumental Cantabile se sont installés dans le choeur, rejoints par les chanteurs descendant l'allée centrale pour ce que j'étais venue écouter le Magnificat de Vivaldi 

après qu'ils aient regagné le fond de l'église, retour à l'orgue pour Vierne et Franck avec une Brigetoun qui renouait avec sa tendance à branler de la tête
et de nouveau les Cabtabile pour ce qui était pour moi une découverte, et belle, la missa Sancti Josephi d'Antonio Caldara
(une vidéo d'une partie, dans une autre interprétation, trouvée en préparant ce billet)
sortir en saluant au passage le portement de croix de Francesco Laurana

Un petit tour, avec la ferme intention de ne rien acheter, sur le marché du livre, devant l'église, d'où un volume de Christian Bourgeois regroupant Lenz, le messager hessois, Caton d'Utique et de la correspondance de Büchner
Je ne méprise personne, surtout pour son intelligence ou sa culture, parce qu'il n'est au pouvoir de personne de n'être ni un imbécile ni un criminel, .... Pour ce qui est de l'intelligence, elle n'est qu'un très petit aspect de notre vie spirituelle et l'éducation n'est qu'une forme très contingente de celle-ci... (traduction Henri-Alexis Baatsch)
et le sabre et l'écume et autres poèmes de Khalil Gibran
Quand la nuit tombe et que vous êtes aussi sombre, couchez-vous et demeurez sombre.
Et lorsque le jour se lève et que vous êtes encore sombre, levez-vous et annoncez résolument au jour : «je suis encore sombre»
Il est stupide de feindre avec la nuit et le jour.
Ils riraient tous les deux de vous.
Et, tout doux, tout doux, j'ai repris le chemin de Calvet,
pour la première des lectures organisées par France Culture.
Les statues sont parties je ne sais où, qui tenaient compagnie aux platanes, seules quelques feuilles au bout des branches esquissaient des mouvements paresseux, le soir descendait tendrement, l'assistance était importante sans excès..
Nous venions entendre Michel Vinaver lire sa dernière pièce, qui sera créée au TNP en novembre, Bettencourt boulevard ou une histoire de France, mais il a été bousculé, blessé, dans le métro, il est actuellement à l'hôpital, et c'est Anouk Grinberg qui a assuré la lecture, après la diffusion de quelques mots qu'elle et Blandine Masson ont enregistrés lors d'une visite.
partant du tout petit, arrivant au tout grand, ça fait partie aussi des contes..
Théâtre: travailler la forme et le sens apparaîtra, et le comique comme une voie de connaissance…
seulement Brigetoun est hors service, et au bout d'une petite heure, j'arrivais mal à toucher ce qui, certainement, dépasse une critique de faits trop connus (à part l'ambiguité qui fait qu'on est sensible à son besoin d'amusement, de sortie hors de son monde..) et j'ai cédé au besoin de l'antre, des pieds nus, de l'arrosage, d'un polar, du rien, sauf la préparation laborieuse de ceci.

4 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

bonheur du matin, ce moment de festival encore

arlettart a dit…

Laborieux ? cela pourtant coule de source!!
Travail d'artiste du grand Art Bravo
(Chereau plus tard... itou )

Gérard a dit…

la photo des 3 pulls rouge dans la vitrine est géniale

brigitte celerier a dit…

ouah ! suis contente, l'aime bien