vendredi, août 28, 2015

À grands pas avec Chéreau


m'en suis allée ce matin, vers la gare, sous ciel bleu profond, dans tiédeur quiète de l'air, dans l'été adouci
et m'en suis revenue avec billets pour un saut de puce à Toulon et petite moisson de livres, réduite parce que le tas diminue très lentement, suis lectrice passionnée souvent, mais volage, en ces jours,  et parce que ne puis davantage pour le moment…
et puis dans l'après midi ai rouvert ma petite provision de photos ramenées de chez Lambert, perplexe devant le nombre de choses, belles ou intéressantes (certaines aussi, illustratives, mais que, désolée, j'apprécie moins, comme les troubadours ou des impossibles à photographier, ou des vraiment trop mal captées, ou des tu te souviens de tout ce que tu as pris ? en approchant de la fin, ou des rejets personnels), que j'ai, que je vais négliger, faussant l'idée que l'on peux avoir de l'exposition, et devant mon incapacité à relier images, oeuvres, et facettes de la vie de la création de Chéreau.
Alors juste, pour commencer, parce que là c'est évident, je suis sûre de moi, une partie de ce qui, dans la grande galerie, accompagnait la reine Margot et l'affiche montrant Isabelle Adjani dans sa grande robe blanche maculée de sang, 
Anselm Kiefer, encore, pour mon plus grand plaisir, avec les reines de France,
un détail d'une grande photographie prise par Etienne Pottier de Balkan baroque, performance de Marina Abramovic - invitée à la Biennale de Venise en pleine guerre à Sarrajevo, toute de blanc vêtue, elle gravit une montagne d'ossements sanguinolents. Plus elle se hisse péniblement, plus la robe se couvre de sang.(Eric Mézil)
un portrait de Charles IX par François Clouet et charretée pour le cimetière une des gravures des désastres de la guerre de Goya.
Saint Sébastien soigné par Irène de Francesco Cairo
suivis, venant comme peuvent, glanées dans les salles sans que je les rapproche d'une pièce, d'un opéra, d'un film, des images, avec, juste pour le plaisir, pour faire le lien avec Chéreau, des phrases extraites de certains des textes du catalogue…
les têtes coupées en tissu – Heads - d'Erez Israeli gisant devant les Marat de Yan Pei Ming, qui figuraient, chacun dans une cellule, lors de l'exposition de la prison.
Patrice Chéreau m'a poussé vers des personnages, il a eu très vite besoin de noms, les a cherchés dans les nécrologies de journaux ou dans le bottin. Nous nous sommes retrouvés avec ces noms, comme des enveloppes vides, qu'il fallait remplir (Hervé Guibert – les escarpins rouges dans La Piqûre d'amour et autres textes - parce que j'avais oublié de l'évoquer, lui et l'homme blessé – avec, entre autres, manuscrit de ce texte et photos de Cannes)
les drapeaux de Léon Coignet et la barricade lithographie de Manet.
les cannibales de Goya (découverte pour moi, avec cannibales dépeçant leurs victimes, deux petits tableaux au musée de Besançon)
….
Nous discutions donc des corps, de la mort et de la déchéance physique, de Lucien Freud et de Bacon, de l'hyperréalisme de certains photographes contemporains... Nous nous demandions combien d'adeptes des arts visuels aujourd'hui s'intéressent au corps et à ses exigences : au corps plutôt qu'à l'esprit et aux idées ; au corps en soi, dans son relatif isolement. - Hanif Kureish - En filmant «Intimité» dans Dreaming and Scheming – Reflections on Writing and Politics
femme à la bougie, combat entre le taureau et le cheval Picasso – dessin – 24 juillet 1934 - et La Cuadrilla – Miquel Barcelo
Untituled – Adel Abdessemed (2014) devant Mare nostrum photos (1962/2015) de René Cleiz à partir d'images d'archives du Fonds Chéreau
La violence de son siècle n'avait pas défiguré en lui la lumière, les totalitarismes n'avaient pas désespéré sa soif d'utopie, et il trouvait dans l'art l'antidote idéal à l'absurdité du monde marchand. Dans toute son oeuvre, ses doubles et ses fantômes nous rappellent que l'on peut espérer sans espoir, qu'il n'est pas nécessaire qu'il y ait un objet pour qu'il y ait une quête, que le désir ne peut être avili par les nouvelles formes de domination.. Olivier Py
She Never Told Her Love – Henry Peach Robinson 1857
Kerze n°511/1 de Gerhard Richter 1982
Il était particulièrement sensible au mouvement de la lumière, à son rythme, sa durée. La nuit n'est nuit que si elle succède au jour, dans un temps théâtral à inventer. Le geste de sa main accompagnait l'arrivée de l'obscurité ou l'inverse, la modification d'une teinte, le passage d'un nuage ou le surgissement d'un éclat. Indications à la fois impressionnistes et musicales avec lesquelles nous construisions ensemble sur le vif des répétitions – Dominique Bruguière à propos de leur travail commun, notamment pour Phèdre et Elektra
The Morgue de la superbe série d'Andres Serrano
Gisant fusain d'Adel Abdemessed
Tu es le vent. Je t'avais donné cette phrase que tu avais fait tienne – j'en suis encore si heureux -, elle me revient comme une force que sait aussi donner le silence : l'avenir, c'est du désir, pas de la peur. Je t'écris - Thierry Thieû Niang
et, sous les combles – le petit escalier a gardé sa peinture vert clinique et ses sentences -, en souvenir d'une visite faite avec Chéreau de l'exposition de la collection à la Villa Médicis, Eric Mezil a installé sous le rampant, face à une série de photos de Nan Goldin, dans le couloir, l'installation de Claude Lévêque, le néon sans fin glissant dans Il Grottone qu'il adorait car les illusions les plus simples l'ont toujours guidé sur scène pour faire voyager le public.
Redescendre, et, après une évocation de Ceux qui m'aiment prendront le train avec le songe de Joseph de Georges de La Tour et la photo par Nan Goldin de deux garçons dormant dans le train qui s'en va vers Avignon, c'est un passage de miroirs menant à la jonction en béton (assez brutaliste vue de l'extérieur) vers l'ancienne école d'art dans l'hôtel voisin, que j'ai parcourue à grands pas, aussi grands que me le permettait la fatigue qui commençait à me gagner, avec ses salles totalement retaillées et une partie des oeuvres de la collection. En ai ramené quelques images que je garde pour un autre jour.

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Beau retour sur l'expo Patrice Chéreau... Olivier Py sait montrer ce qu'il entend aussi mettre en scène.

brigitte celerier a dit…

oui, il a rempli le contrat : rendre hommage, brièvement et bien

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

À propos des Trois drapeaux :
http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=451

brigitte celerier a dit…

merci

j'en apprends toujours avec toi

Arlette Arnaud a dit…

Merci pour les drapeaux !!

Gérard a dit…

..et personne ne parle de ta robe azur ..alors...
ai répondu à ta question sur la mouette.

brigitte celerier a dit…

merci, je vais voir