samedi, août 22, 2015

Beau temps et tentative pour l'atelier d'été du tiers.livre

Sur la ville ce matin, lumière franche, et chaleur aimable, sans excès, dans la ville des shorts, des débardeurs, des chemises, de plus ou moins belle tenue, et quelques robes fraîches.
Profiter du soleil jusqu'à ce que le dernier rayon déserte la cour et puis tenter de m'appliquer, de tenir compte des indications de tous les liens figurant dans la sixième proposition, juste avant, tout juste, de François Bon pour l'atelier d'été http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4213 (allez lire, il n'y a pour le moment que cinq contributions, et qui le méritent). Bien entendu me suis lancée trop vite dans le premier, l'oubliant en cours de route, submergée par un flot un peu flasque, revenant pour tenter d'introduire la dernière des consignes... et pour cette piètre chose j'avais mis tant de temps que ne pouvais plus en juger, alors tant pis l'ai envoyée, et tant pis la reproduis ici
Une table, triangulaire pour tenir moins de place sur la terrasse du glacier, un verre d'eau et une coupe où commence à fondre une glace à la poire - il suffisait de quelques cuillères pour ré-inventer l'enfance à partir d'un nom, du souvenir d'un pâtissier sans doute disparu – et au delà de la rainure qui marque la limite autorisée pour la terrasse, la large surface de ciment où de semblables rainures, mais non rectilignes cette fois, dessinent l'image d'un opus-incertum avant la bande qui file, tout droit, le long du quai, découpée en rectangles, pour une marche-jeu un peu plus risquée que celle que l'on s'amuse à faire au bord d'un trottoir, et brusquement ce qui s'impose, le bleu strié de la mer, le jeu des nuances, la lumière qui décolore cet incessant plissé en s'éloignant vers le feston bleu-vert-gris, très lointain, de Saint-Mandrier avançant pour fermer la rade. Cet horizon qui coupe l'angle créé par les deux obliques partant de part et d'autre de cette petite zone de mer libre devant les tables. A droite, en plan moyen, un ponton – l'eau se fait transparence noire au contact de sa coque blanche, à laquelle pour l'instant aucun bateau n'est accosté, où s'alignent à touche-touche des pneus de caoutchouc sombre – et en détournant très légèrement les yeux même sans tourner la tête – ce que l'on ne fait pas, ne sachant d'où viendra ce que l'on attend - la pancarte blanche qui annonce en trois lignes la visite de la rade et du port militaire - la ligne centrale, plus courte, et du, figure dans un cartouche rouge aux lettres blanches – mention qui est reproduite sur le panneau servant de rambarde à la passerelle d'accès qu'ont franchie deux personnes accoudées maintenant à la cahute blanche et rouge de délivrance des billets, derrière laquelle apparaissent le museau et la poupe d'une vedette blanche et rouge attendant le prochain départ – l'oblique ainsi amorcée rejointe, avec un petit décrochement, par celle de l’alignement, en un ordre apparent né d'une confusion d'horizontales et de fines verticales, des bateaux du club nautique auquel on accède par le terre-plein de la Préfecture Maritime, mélange de tons où domine le blanc avec quelques traits noirs pour les plus fines coques, ligne horizontale surmontée d'une juxtaposition de plusieurs rangées des mats des voiliers dormant le long des pontons - et à travers les plus éloignés apparaissent une grue et des taches grises qui sont les premiers bateaux du port militaire promis, affleurement de leur présence, des darses Vauban et Castigneau, du quai des sous-marins, de l'arsenal, invisibles depuis ce quai en vacance, avant la silhouette minuscule d'un fortin, une jetée réduite à un trait sur l'eau, une bouée qui semble minuscule, la limite de la darse vieille. A gauche s'allonge le quai parcouru par des promeneurs qui viennent traverser le champ visuel sans retenir l'attention, quai borné, au delà d'une petite esplanade entre lui et l'avenue, par la ligne de fuite des façades régulières des immeubles reconstruits dans les années 50, à la place de la bigarure détruite, surmontant les bannes des boutiques, cafés, restaurants, ligne de fuite qui se casse sur les très lointaines bâtisses de toutes hauteurs, cette borne de la darse avant le port de commerce et le Mourillon, derrière la gare maritime invisible, masquée, comme les pointus et voiliers plus proches, par les panneaux au bord du quai, au premier plan, sur lesquels semble marcher le bronze de Monsieur de Cuverville, bras tendu vers la mer d'où il est sensé provenir, panneaux annonçant le petit train que Toulon s'est offert comme une banale petite ville touristique et celui d'une autre compagnie de vedettes, desservant celle-ci Saint Mandrier dont le ponton, blanc et bleu avance à droite depuis le premier plan moyen et cache presque complètement l'ouverture, là-bas, vers la petite rade, ponton vers lequel vient mourir la courbe d'approche d'une vedette sur laquelle se fixent maintenant, discrètement, les yeux. Sur tout cela un soleil ardent qu'adoucit la présence de l'eau, dans une symphonie un peu plate où se mélangent le bruit des voitures lancées sur l'avenue, les murmures civilisés et sans importance des tables voisines, quelques phrases, qui ne méritent pas d'être comprises, échangées entre les passants, des voix plus sonores, des pétarades de mobylettes, un cri ou un rire, un claquement d'ailes, rien qui déchire le bruissement de l'air, de la petite brise au bord de l'endormissement, et depuis cette table, la plus proche de l'eau, en petite note courant sous ce brouhaha, on croit entendre le faible ressac le long du quai, en accord avec la vague odeur de remugle de l'eau, celle de peinture des pontons et baraques.. ce mélange en partie réel en partie imaginaire qu'installe l'idée de port. Et derrière la terrasse, les tablées rêveuses, gourmandes, où l'on s'ennuie, où l'on voudrait que ce calme s'étire sans fin, il y a la barre d'immeubles du quai, les quelques vieilles maisons rescapées des bombardements et toute la ville qui s’étale entre les premières pentes du Faron et le port, écrasé sous le soleil, remuant lentement comme un corps qui se retourne dans sa sieste, dans la chaleur de ce début d'après-midi d'été.

4 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour ce partage ...
" il suffisait de quelques cuillères pour ré-inventer l'enfance

Dominique Hasselmann a dit…

"l'idée de port" : larguer ensuite les amarres.

brigitte celerier a dit…

merci à vous deux d'avoir trouvé un commentaire à faire :))

Arlette Arnaud a dit…

Salutaire plongeon d'un quotidien pour un retour prochain
Belles descriptions