vendredi, août 21, 2015

Cavaillon suite, rues et synagogue


Je me suis retournée dans la grande-rue pour un adieu à la cathédrale, et suis partie parallèlement à la colline,
hésitant un instant à visiter une exposition de dessinateur dans la chapelle du grand couvent (Bénédictines – 17ème) mais avec si peu de conviction que j'ai poursuivi
avec un arrêt souriant au nom et au charme d'une petite rue faite pour moi,
jusqu'à la porte d'Avignon, seul vestige de fortification, et, à côté, au Musée archéologique qui occupe la chapelle de l'ancien Hôtel Dieu, dans laquelle j'ai passé le nez, mais guère plus – un jour où n'étais pas vraiment en veine de visite, et puis je m'étais intéressé la veille à la famille Jouve, aux collections etc... http://www.musee-archeologique.org/hotel-dieu/fr/presentation-du-musee et j'étais plus intéressée par l'autre musée de la ville.
Alors, après m'être un moment baignée de vent et de soleil devant la place, suis revenue sur mes pas jusqu'à la rue Castil Blaze (à gauche sur le plan) le bâtiment à arcade des dominicains
et, faisant le tour de la Carrière (la carriera est la rue en provençal, et c'est le nom qui a été donné dans le Comtat aux îlots de logements – une rue à l'origine – réservés aux juifs, l'équivalent du ghetto) http://www.cavaillon.org/juif-comtadin/fr/la-carriere j'ai suivi la rue Hébraïque, jusqu'à la synagogue, le balcon longeant la salle de prière au premier étage, puis passant sous la voute, j'ai attendu
devant la façade sur la rue Chabran et sa douce tour, avec un très sympathique couple étranger (parlaient français avec un léger accent, étaient grands et beaux comme des gens du nord, un peu plus jeunes que moi) qu'il soit seize heures, que la jeune femme chargée des visites ouvre sa petite boutique billetterie (moi j'avais déjà mon billet depuis ma visite éclair à l'Hôtel Dieu) et que la visite commence 
par la salle de prière réservée aux hommes, ses couleurs tendres, son baroque exubérant, cousin de celui des églises de l'époque (architecte : une des professions interdites aux juifs d'alors) et son agencement inhabituel et typique du Comtat, avec aussi cette salle basse, boulangerie et salle de prière réservée aux femmes, comme à Carpentras, les communautés, très réduites au moyen-âge, ayant plus que triplé sans que l'espace réservé s'accroisse – le plancher, très mince, et pas tout à fait jointif, permettant au son de circuler d'une salle à l'autre, au point que les conversations féminines entraînaient la protestation des dignes pères de famille. Beaux échanges de questions, réponses, suppositions, étonnement pour le couple plus au courant que moi des rites devant la disposition étrange des lieux http://www.cavaillon.org/juif-comtadin/fr/la-synagogue, interrogation, devant la taille du fauteuil d'Elie perché sous le plafond en attente de son éventuelle venue, sur son utilisation pour les circoncisions – devaient se pratiquer à domicile sur des enfants très jeunes par souci de discrétion et pour éviter qu'ils soient raptés et baptisés, selon la jeune femme – échanges si sympathiques et vifs que n'ai guère insisté sur les photos
et que je les ai splendidement loupées (seul surnageaient à la rigueur le sol et la table à pétrir le pain azyme) dans la salle basse, beaucoup plus émouvante, un peu comme une chapelle romane, surtout nos petites chapelles à une nef, qui parle plus immédiatement recueillement, instinctivement, qu'une nef gothique ou plus encore une église baroque.
Salle basse dans laquelle des panneaux montrent les fouilles (abandonnées actuellement) dans une cave privée où se trouve le Mikvé http://www.cavaillon.org/juif-comtadin/fr/le-bain-rituel et où sont exposés les quelques objets, les livres, de la collection réunie et quatre ou cinq dalles de l'ancien cimetière (si vous désirez cliquer à gauche à partir de http://www.cavaillon.org/juif-comtadin/fr/presentation et pour un résumé de l'histoire de la restauration et du musée (la synagogue n'étant plus en service) sur Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Synagogue_de_Cavaillon
(la jeune femme a un petit espoir de nouvelles découvertes grâce à une réfection de canalisations d'évacuation dans la rue)  
et, comme mon but premier était satisfait, comme je commençais à avoir fortement envie de repos, suis revenue en flânant par la rue du Commerce, la rue Poissonnière avec, après une jolie cour, son trottoir couvert, en longeant à nouveau l'hôtel de ville, en hésitant devant des cafés, 
en m'arrêtant devant des détails, en goûtant la lumière sur la peau simple des maisons, en admirant un groupe de muriers, 
vers la gare, le train
et Avignon qui, soudain, m'a semblée éminemment Ville.

9 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour cette belle visite, il n'y a pas que du melon à cavaillon !

Dominique Hasselmann a dit…

Heureusement, il reste des synagogues et des lieux qui furent fréquentés avec foi et peut-être espoir en l'avenir...

brigitte celerier a dit…

mais celle-ci n'est plus que souvenir sans piète ni Torah

jeandler a dit…

Un bel reportage ensoleillé d'histoire.
J'aime cette rue - sa dénomination s'entend - de l'Oubli.
Merci. Je n'avais fait que passer en cette ville. Regrets.

Arlette Arnaud a dit…

Emue de remettre ces images en souvenir très présent par tes commentaires courts et pointus comme j'aime! cela fait du bien
Merci Belle Dame

Luc Comeau-Montasse a dit…

Une autre ville, si proche
et dont je ne connais rien.
Merci pour cette ballade dans cette partie des villes (quartier Juif)
qui est si souvent d'une unité très forte (et pour cause, il devait pouvoir être bouclé et n'avait donc souvent qu'une seule issue)
et ces photographies qui en rapprochent.

brigitte celerier a dit…

grand merci à toi

Françoise Dumon a dit…

J'ai honte d'avouer que je n'ai jamais pris le temps de visiter Cavaillon, je n'ai fait qu'y passer.

brigitte celerier a dit…

pas de raison d'avoir honte..
moi il m'a fallu dix ans pour céder à une vague envie de découvrir les décors baroques des synagogues de Carpentras et Cavaillon (et pour la première n'avais pas cherché à connaître les horaires)
et du coup ce qu'il y a autour… et puis avais besoin de bouger un poco, pas trop