mercredi, novembre 04, 2015

Aujourd'hui

en petit soldat discipliné comme chaque fois que le refus ne m'est pas essentiel, m'en suis allée à contre carcasse – elle avait opté pour maussade et mauvaise humeur – pour le rite dépistage.
Les platanes de la place avaient brusquement décidé de se débarrasser de toutes leurs feuilles automnales, 
imités par les autres arbres de moindre importance et j'avançais, entre deux averses, face à un petit vent frais qui projetaient sur ma bouille, mon nez humide, des petites claques végétales et les quelques gouttes suspendues dans l'air.
Les platanes du boulevard Raspail sont entrés plus tôt dans le tournant de l'année et leurs branches, avec les coudes, les contorsions, que leur inflige le manque de place, redressant brusquement vers le ciel leurs tentatives d'étalement, sont presque dégarnies.
Ai retrouvé les tons de brun rouillé du tapis de feuilles sur un tableau à l'entrée du laboratoire, ai accompli avec le même calme, la même sérénité, que d'ordinaire le circuit des examens (ne sais pourquoi, mon inconscient est absolument, instinctivement, persuadé que ce cancer, qui touche tant de femmes, qui en a tué deux que j'aimais, ne me concerne pas), tuant les moments vides en feuilletant des magasines féminins avec le charme flou que leur donne l'absence de lunettes.
Et comme j'avais raison d'être sereine, mais qu'une petite inquiétude due au remords d'être épargnée devait flâner en moi, comme j'étais seule et sans public, ai suivi les trottoirs de l'avenue en donnant des grands coups de pieds dans les feuilles, avec l'allégresse d'une sale gosse. 

10 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Marcher dans les feuilles mortes et les envoyer voler au loin, est un plaisir que je partage, comme une sale gosse que je suis aussi Quant au dépistage que l'on a la chance de faire dans notre pays, il est de grande utilité, et le premier pas vers la guérison. Bravo de le faire régulièrement !

brigitte celerier a dit…

faut dire que c'est tentant (les feuilles mortes)

Arlette Arnaud a dit…

C'est vrai... cet absurde inconscient
Et après les feuilles tombées ..tu vas humer comme une bouffée d'enfance les feuilles brûlées .. mais je crois qu'on ne brûle plus sauf les incorruptibles de la campagne

brigitte celerier a dit…

la mairie rappelle bien sur son site que C'EST INTERDIT (alors je les mets dans les sacs poubelles… pour la moisson dans la cour, mais pas encore l'invasion)

Françoise Dumon a dit…

Contente pour toi que tu sois épargnée.

Denis Couet a dit…

… le charme flou des magasines féminins feuilletés sans lunettes… Je vais faire un essai ! (Un automne clément)

brigitte celerier a dit…

je n'irai pas jusqu'au charme fou, mais l'absence de lunettes les pare

Elise a dit…

merci de nous rendre sensible votre allégresse, une allégresse qui pour un peu nous gagnerait

Christine Simon a dit…

bien contente pour vous,
même si ce n'est pas toujours pour le pire. :-)

Luc Comeau-Montasse a dit…

Merci pour ces couleurs et leurs mots.

La plus humaine (!?) des saisons
et la plus colorée aussi
comme elle serait joyeuse si elle occupait la place du printemps
mais on sait (et c'est dommage) bien que ...

"Automne ! Automne !
...
avec les feuilles rousses
les enfants s'éclaboussent"