vendredi, novembre 20, 2015

le 12 novembre 2015


marchant dans petit vent frais sous notre ciel mouvant mais radieux, dans les rues aux feuilles plus ou moins balayées, et la joliesse d'une petite isolée, devant le béton de quelques immeubles, devant les façades claires et les murs dégradés ou portant traces anciennes, devant nos pierres usées et belles, pensais à nouveau Beyrouth.
Je porte en moi beaucoup de pas dans les rues de Paris, des matins de cafard, des contemplations jamais rassasiées, et je ne connais pas Beyrouth
Ai une certaine tendresse pour les libanais, leur élégance, même un peu forcée, leur civilité et leur civilisation, leur courage tranquille, leur humour et leurs douleurs sans cesse renaissantes (enfin c'est comme ça que je les vois) mais je réalise que finalement n'ai jamais rêvé Beyrouth, jamais de cette rêverie vague qu'appellent les noms de Damas, de Bagdad, d'Ispahan, d'Alep... je crois, du fond de mon ignorance en quête, qu'elle est trop jeune pour que son nom se soit chargé de légendes, qu'elle n'a que l'histoire
Alors, à l'aide d'internet, ai passé une partie du jour, quand n'écoutais pas (aurais pas dû) ce qui se disait à l'assemblée, à m'imaginer un Beyrouth qui présente sans doute autant de vérité que le Paris que nous renvoient certains hommages...
un Beyrouth maquillé en carte postale, poncifs, guides résumés... et souvenirs d'actualités cruelles
et que je ponctue d'images cueillies sur mon chemin, en hommage de mon petit Avignon, puisque ne veux pas voler d'images, et que c'est d'ici que je rêvais à Beyrouth
Or donc
Ce serait 1975, ce serait la guerre des cent jours, ce serait le siège par les Israéliens en 1982, ce seraient les attentats contre les bases américains et le Dakar, ce seraient les combats tous azimuts, la guerre des camps, le général Aoun,
Ce serait la reconstruction
Ce serait 2006
Ce serait la résilience des libanais
Ce seraient toutes les destructions, attentats, reconstructions (et la métamorphose que les promoteurs ont fait subir, pour la plus récente, à la ville, comme un peu partout, au grand dam des vieux beyrouthins si j'en crois ce que j'ai lu)
Ce serait, là, le 12 novembre, Bourj-el-Barajneh et le pire attentat depuis 1990, venant après ceux de 2013 et de juin 2014
Ce serait la corniche, et de loin, ignorante, je crois que c'est elle qui me fait rêver le plus
Ce serait la cuisine, les festivals, les théâtres, les cinémas, les galeries de la ville et de Saifi, les musées le Musée National, le Musée Sursock qui vient de rouvrir
ce seraient les belles maisons anciennes comme la Maison Rose
ce serait Gemmayzeh
ce seraient les restaurants, les cafés, les boutiques d'Hamra
ce seraient les nuits de la rue Monnot
ce seraient les gens, les quartiers populaires, et encore un peu, semble-t-il, la possibilité de fumer
ce seraient les beyrouthins que voyais revenir louer des studios à Paris (en même temps qu'un à New-York pour les plus riches) quand la situation redevenait intenable, et puis qui repartaient parce que c'est leur ville, ce serait leur courtoisie, leur humour un peu désespéré
ce seraient toutes proches les anciens villages, les petites villes devenues banlieues
Ce seraient les arméniens, les palestiniens de Bour Hammoud et ses souks, ses écoles, l'université
Ce serait Chiyah où la foule a remplacé les vergers d'agrumes,
Ce seraient les camps bien sûr
Ce serait Harat Hreik, les mosquées, l'église et le Hezbollah
Ce serait le Mont-Liban et Sin-El-Fil, Baada et la Présidence
Ce seraient tous les artistes de cette ville et ceux qu'ils nous ont donnés, tous ceux dont mon ignorance se tait devant leurs noms mais aussi André Chedid, Wajdi Mouawad, Amin Maalouf, et Ibrahim Maalouf dont je ne sais s'il a un lien familial avec l'écrivain, Samir Kassir, André Bercoff, Fayrouz bien sûr, Raymond Khoury, Salah Stétié, Léa Salamé... et ce seraient tous les anonymes, riches et pauvres
et ce serait la Dahieh à qui demandons pardon parce que 28 heures d'écart mais les «morts kilométriques» - et pourtant ce serait l'Orient le Jour mettant à sa une la même terreur, les mêmes larmes ce que n'ont point fait nos journaux, du moins je le crains (mais au fait qu'en sais-je, peut-être, espérons, l'hommage s'est-il glissé sans trop de discrétion dans certains
et ce serait vous remercier, ô vous les libanais pour ceci (entre autres articles) http://www.slate.fr/story/110099/attentats-beyrouth-paris

3 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Le dernier attentat de Beyrouth, oui, on en a peu parlé, mais on ne sait plus où donner de la tête en ce moment.

brigitte celerier a dit…

le mort kilométrique
mais certains libanais se sentent un choya discrédités (surtout par FB qui n'a pas eu l'idée de l'application donnant nouvelles des "amis", j'avoue que pour Pars j'ai apprécié)

jeandler a dit…

Le Liban... ne disions-nous pas qu'il était la Suisse du Moyen-Orient ?
Les légendes ont la vie dure. De l'autre côté du miroir.