samedi, janvier 16, 2016

Musiques – non, musique

En contrepoint à tous les deuils qui s'affichent (avec raison) à travers le monde, j'ai appris une mort discrète, ce matin, sur le mur Facebook de l'ami Michel Benoît, celle de Paul Bley https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Bley et un échantillon de ce qui a fait ma bande son via YouTube ce matin

en passant le faubert, en pensant, avec mon éternel esprit de contradiction, alors que j'avais fermement décidé hier matin de renoncer à croire que je pouvais manier des mots et oser en encombrer l'internet, à une petite histoire que j'ai envoyé à la maison témoin http://www.maisonstemoin.fr/2016/01/15/une-visite/ (en oubliant un t, merci au gentil correcteur) et à un oloé qui est resté en suspens dans l'air.
Et, dans la nuit, ai grimpé une fois encore la petite côte vers l'opéra pour écouter un concert symphonique, ma curiosité et mon attente éveillées.
Curiosité pour le première partie et la création de la symphonie n°1 Dualités de Lionel Ginoux (dont je découvre combien il est présent, et pas uniquement dans la région http://lionelginoux.com/actualite/) curiosité qui s'est muée en attention passionnée et grand plaisir.
Lionel Ginoux nous a expliqué, en quelques mots, que pour cette commande de l'orchestre, pour sa première symphonie, il avait regardé jusqu'à s'en imprégner une chorégraphie de Sidi Larki Cherkaoui in memoriam parce que Partir du mouvement de la danse, c'est trouver l'inspiration dans le mouvement du corps et dans le déplacement à l'intérieur de l'espace scénique. Et qu'il en a tiré l'idée du magnétisme, de ces corps qui s'approchent, se repoussent sans jamais se toucher, de l'énergie, du dualisme qu'il a retenu comme titre, dualisme entre ancien et contemporain, entre dissonance et consonance, et des longues lignes.
J'ai beaucoup aimé – noté, en piochant dans ce qui me revenait, pendant l'entracte – ne me souciais pas d'affronter le froid, la queue pour l'ouverture des sacs et manteaux en arrivant m'avait suffisamment gelée -
le début si ténu qu'il est presque imperceptible, la longue ligne calme mais nourrie de petites interventions discrètes des instruments, de relais, la longue montée fluctuante, la brusque intervention d'un mouvement plein de heurts et d'échos – du rideau ondulant à la tapisserie de laquelle peu à peu certains fils émergent, se dessinent sur la mosaïque des tons – plus loin tendresse et acidités – toujours plus loin (l'ensemble constitue une demi heure de musique ininterrompue, de mouvements ou éclairages s'enchaînant, les heurs eux mêmes étant annoncés par un élément du calme antérieur) un orage fortissimo, une cavalcade de forts martèlements mats percée de cris aigres, avant une longue phrase apaisée ponctuée de quelques raclements, les cordes frottées et le délicieux chant du hautbois accompagné par les notes hautes des cors, un peu plus tard des aubes sur un ruisseau que viennent troubler des ordres des cymbales, ce moment un peu avant la fin où seules interviennent les percussions se répondant, une longue phrase des altos joués dans les graves etc..
beau, construit, plein de facettes, et toujours tenu.
et comme je suis bien consciente qu'avec ce galimatias je ne peux donner une idée de ce que j'ai entendu (j'espère qu'elle sera reprise et enregistrée) juste pour le plaisir un échantillon, même si très différent, de sa production

et donc après l'entracte dans mon oloé du second balcon
la belle messe en si de Schubert (à vrai dire la seule parmi les six qu'il a composé que je connaisse)
le long et beau kyrie andante con molto, avec l'alternance entre choeur et solistes, et l'effacement de l'orchestre,
l'allégresse du gloria, la force de l'entrée du choeur, la dentelle des cordes, l'adoramus des solistes, le retour du choeur avant le gratias chanté par les solistes et l'agimus tibi du choeur etc... (très belle ligne du Domine Deus Agnus Dei de la soprano)... la montée aigüe des soprani et la fugue des basses pour cum sancto
la beauté simple du Credo etc....
mais j'avoue que là, une petite déception (que je semble être seule à avoir ressentie)
Si j'ai aimé les voix des solistes et l'équilibre des timbres spécialement Daphné Touchais, la soprano, dont je ne sais si elle a la puissance nécessaire pour un opéra mais qui, là, était parfaite, une voix sans aigus perçants, claire, fruitée, presque éthérée – bien aimé aussi le mezzo chaleureux d'Aurore Ugolin qui intervient plus rarement, Jérome Billy ténor à la voix ronde et la basse de Geoffroy Buffière, si donc je les ai bien aimé, le choeur symphonique Avignon-Provence que j'avais déjà entendu et aimé cette année m'a déçu jusqu'à le trouver presque laid parfois (seulement cela venait certainement de quelque chose en moi, sais pas, le reste du public était enthousiaste.
Salut et retour avec cette petite perplexité.

9 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Merci de ne pas nous avoir privé de concert !

brigitte celerier a dit…

et un très grand merci pour votre passage

Dominique Hasselmann a dit…

J'avais entendu l'info et je me suis souvenu que j'avais un 33 tours de sa femme, Carla...

Arlette A a dit…

Ai du mal avec les voix... Ta curiosité est toujours bien partagée

brigitte celerier a dit…

dans ma grande ignorance je ne savais pas qu'il avait une femme (je savais très très peu d'ailleurs, me suis souvenue du nom et suis partie en recherche

jeandler a dit…

Sans perplexité pas de recherche y compris en musique.
Savoir et connaissance sont deux choses différentes bien que voisines.

brigitte celerier a dit…

aucun perplexité pour la musique créée ; longtemps que n'avais pas été aussi bien dans une musique contemporaine
non ma perplexité était dans mon déplaisir en entendant le choeur et dans les applaudissements

Gerard a dit…

Régal Paul Bley et les photos qui accompagnent.

brigitte celerier a dit…

merci à toi