lundi, janvier 11, 2016

On dirait que.. suite


On dirait qu'après avoir traversé, lentement, avec des arrêts, pour regarder ou parce que la conversation demandait une pause, marchant sur un sentier pavé de bois, la zone où il a été décidé de sauvegarder le milieu humide, ils ont débouché sur la plage qui s'étire, ni trop étroite ni démesurément importante, le long de l'isthme qui s'est formé il y a plusieurs siècles pour faire de l'île de Sépet la presqu'île de Saint Mandrier
dans le plaisir de la trouver vide.. Petite vieille n'y était jamais venue, la plage des Sablettes en plein été représentant pour elle, pour beaucoup, le comble de l'entassement populaire, des corps étalés entre lesquels slalomer – oui, là, sa forte tendance au snobisme lui est constitutive, forgée par l'enfance, la jeunesse, le choix évident de la plage dite de la pyramide, qui n'existe plus maintenant, recouverte par les plages créées depuis maintenant si longtemps qu'elles semblent éternelles, du temps de la petite bande de galets au bas du raidillon caillouteux, pisseux, vertigineux, entre les plantes de garrigue et rochers, quand elle, ses frères, soeurs, amis, y dégringolaient au bas de chez eux, dédaignant la petite plage du Lido offerte à tous, refusant, pour elle du moins, l'épreuve qu'était la traversée, avec maillot et complexes, de la terrasse du fort Saint-Louis sous l'oeil des amis et parents... - mais là en hiver, sous le ciel incertain, c'était presque un retour à la nature simple, à l'enfance, un écho des Blancs Sablons 
Il n'y avait que le sable humide où s'enfonçaient les talons de ses bottes, la mer se gonflant, comme un grand corps onduleux, les vagues se formant, se brisant et la caresse posée sur le sable, l'imperceptible hésitation, le retrait de la frange dentelée et délicate.
Il y avait l'illusion de pouvoir deviner sur le long estran l'ébauche d'une marée
Il y a eu surtout le spectacle du petit garçon dessinant, guidé par conseils et compliments, à grands traits de baton maladroits, le bateau-puissant, mot qui désigne, c'est évident, un de ces bateaux mus de l'intérieur par un trépidement qui secoue les corps et lance la coque vers le large, et non par la puissance du vent appliquée sur une toile.

9 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Aujourd'hui le bateau-puissant ne devrait pas manquer de vent,..
Ces plages que l'on croit éternelles pourraient bien être balayées de nouveau d'un revers de tempête, malheureusement.
Mais les souvenirs resteront...

brigitte celerier a dit…

elle a la force de la jeunesse - un peu plus de quatre cent ans

Dominique Hasselmann a dit…

Après "les plages d'Agnès" (Varda), celles de brigetoun : pour aboutir en beauté au bateau échoué - mais pas déchu.

brigitte celerier a dit…

Dominique, bateau soluble dans l'eau

Arlette A a dit…

La mer infiniment renouvelée pour toi ...et les souvenirs aussi

brigitte celerier a dit…

longtemps qu'elle est surtout souvenir pour moi

Hue Lanlan a dit…

souvenirs et si bel appel au large

Gérard a dit…

...on dirait ..un avis de tempête

brigitte celerier a dit…

oh ! on en était loin