mercredi, mars 09, 2016

Ne pas partir

jour froid et beau, jour des luttes pour les droits des femmes (en sympathie inactive)
jour de réveil tardif de l'esprit et grommeleux du corps
ménage, France Musique, lectures par bribes, projet fait sous réserve de l'accord carcasse.., projet auquel j'ai renoncé (frissons de petite fièvre - bon, une nécessité absolue m'aurait mise en état de marche, mais ce n'était pas le cas – partie remise pour la fin de semaine je pense)
Alors puisque j'étais du genre moule endormie sur son rocher, recopie, en contre-pied, un ancien ce serait paru chez les cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com
Ce serait – 50 – un départ
Ce serait un week-end en mouvement, une de ces dates où le désir ou l'obligation de migration, de plus ou moins grande importance, sont, par convention et quasi officiellement, partagés par la plupart.
Une de ces dates où il est si délicieux de rester tranquillement chez soi, en ayant l'impression, de surcroit, d'être vaguement résistant.
Ce ne serait pas un train prestigieux, ce ne serait même pas un TGV, mais leur contraire.
Ce seraient quatre ou cinq voitures allant tranquillement d'un nom à l'autre, le long du Rhône, quatre ou cinq voitures débordantes de paquets, valises, téléphones, ordinateurs, vieillards, bébés et individus d'âges intermédiaires.
Ce serait debout, à côté d'une série de sièges occupés, un groupe qui regarderait, ou verrait simplement, sans y faire attention, chaque fois que les yeux se lèveraient au dessus des livres ou écrans, où l'image trouverait le chemin de la conscience, se succéder, au dessus des bagages entassés le long des vitres, des cultures, des haies de cyprès perpendiculaires à la marche du train et au lit des vents, des cabanes ou des villas, quelques fermes dans le lointain, et le feston des collines bornant la plaine.
Il y aurait un ancien jeune, crâne ras, blouson de cuir réellement usé, un dragon tatoué sur une main, perdu dans les percussions qui filtreraient de l'embout fixé dans son oreille, celle qui ne portait pas d'anneau, et sa bouille ronde qui s'était faite gracieuse quand il s'était levé pour laisser sa place à une femme avec bébé, en affirmant d'une voix où chantait un peu d'ail, de soleil, de rochers sur la mer, «c'est pas grave».
Il y aurait, entre Arles et Miramas, immobiles, impassibles, statufiés, deux travailleurs saisonniers d'outre Méditerranée, visages gris et secs, rides sans âge, et les quelques mots rapides qu'ils échangeraient.
Il y aurait une belle jeunesse, moulée dans son blouson, son short en jean sur un collant de laine, tournant le dos aux valises, aux garçons qui passaient d'un voiture à l'autre, s'appelant, riant, pour parler à sa copine qui, elle, était assise. Il y aurait la grâce presque enfantine de son visage, et leur dialogue qui passerait des garçons, d'autres, pas de ceux qui passaient et qu'elles ignoraient - d'ailleurs elles n'avaient, cela devait être évident, pas entendu l'appréciation lancée par le petit blond tout à l'heure – qui passerait donc de garçons ou des niaiseries de journaux people à la joliesse de leurs impressions sur un spectacle vu avec leur classe.
Il y aurait une petite vieille, qui s'était affichée comme telle, le temps qu'un autre ancien jeune, plus maigre que son voisin actuel, mais par ailleurs semblable, s'occupe gentiment de sa valise, il y aurait donc une petite vieille préservant en elle le plaisir de retrouver un peu de sa famille, s'inquiétant vaguement, parce qu'elle ne savait faire autrement, du petit retard, puisqu'elle avait peu de temps à Marseille pour changer de train, et tentant de se choisir une ferme, une maison, pour y loger ses rêves.


9 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

La lecture, ce voyage immobile...
Soignez-vous bien !

brigitte celerier a dit…

sans doute oubli (mais n'étais pas certaine) de la petite chimie nécessaire le matin
et une immense envie de dormir ces temps ci

Dominique Hasselmann a dit…

Partir et revenir ou pas : that is the question !

brigitte celerier a dit…

Dominique… sourire

jeandler a dit…

On peut toujours rêver, une liberté que personne ne peut nous disputer.
Les trains ne sifflent plus dans la campagne : enroués qu'ils sont.

brigitte celerier a dit…

trop distingués pour crier

Luc Comeau-Montasse a dit…

[Ne pas partir
c'est
mourir un peu
au grand voyage]
---
Un plaisir
que de recevoir ces
rediffusions

brigitte celerier a dit…

grand merci doublement
pour votre indulgence
pour l'avoir déjà lu chez les cosaques

Arlette A a dit…

Belle page !! mais une épreuve à chaque fois ce temps du voyage , ce temps suspendu ce" vide - médian " dirait Cheng
Atchoum !à toi