dimanche, mars 06, 2016

Un samedi de mars

carreaux humides
traces de pluie à l'aube
guerre intérieure
guerre à tous, à moi même
se rencogner, attendre
petit sourire
du ciel entre les branches
bleu s'élargissant
détendre le visage
sur les épaules serrées
et puis vaquer, maladroitement, un peu, obstinée, lentement
et puis le plaisir de trouver une petite sélection des fichaises, du journal du rat:
jour _ trouvé la cuillère : chercher la tasse, imaginer le morceau de sucre qui va avec

nuit _ se creuser une fosse, y passer le temps nécessaire à apprendre le noir, ses nuances, et se remémorer le temps de la lumière avec plus d’acuité, le manque a rempli ma ratière
des todo-listes dans le journalier de leur auteur, Christine Jeanney http://christinejeanney.net/spip.php?article1221
le plaisir de vaguer un peu dans ombres de Chine le gros et beau recueil de poèmes chinois traduits (et choisis) par André Markowicz, passant au hasard, parmi les plus courts, pour un premier contact de Lu Zhaolin (634-684)
chanson de la neige
qui tombe
Chevaux nomades pendant trois automnes
Sur la passe infinie paix des nuages
La neige est sombre – sable des Tartares
Le glace brille – lune de Chine
Les portes de la ville sont d'argent
Le Mur protège la Coté de jade
Tombées comme des feuilles les bannières
Le Fils du Ciel n'entendra pas un nom.
à Li Po (701-761)
chanson du lac Ch'Tu-Pu
Blancs les cheveux longs de trente mille toises
C'est qu'ils ont la longueur de la tristesse
Face au miroir brillant on s'interroge :
Ce givre d'automne, d'où vient-il ?
ou, par exemple, Li Shang-Yin (812-858)
Le saule
Printemps la fièvre des milliers de feuilles
Branches sans fin qui font tanguer l'aurore.
Le saule est-il ou non doué d'amour ?
Ce qui est sûr c'est qu'il danse sans cesse.
Papillons blancs dans les duvets du vent
Orioles jaunes dans les branches souples.
D'une beauté à ruiner un empire
Qui donc ne chanterait que les sourcils !
plaisir enfin, de partir en début de soirée vers le théâtre du Chêne noir pour écouter les Poème d'exil, dits et chantés par Aïni Iften et Serge Barbuscia (bandonéon : Yvonne Hahn), textes de Brecht évoquant son périple du Danemark en Finlande et enfin aux Etats Unis, poèmes, chansons, anecdotes, témoignages, avec des musiques de Kurt Wiell et Astor Piazzola, traduits et mis en scène par Serge Barbuscia

plaisir anticipé de découvrir une facette de Brecht plus intime, plaisir de lire sur le programme que le choix du bandonéon vient de la parenté de destin, instrument né en Allemagne (ne savais pas) et parti trouver un nouveau pays, de lire Promu au noble titre d'artiste dégénéré, Brecht se prête volontiers au jeu du faux naïf auquel il donne le nomde Monsieur Keuner – un monsieur tout le monde incapable de penser comme tout le monde. L'aspect clownesque que revêt malgré lui l'artiste exilé constitue le fil rouge de ce spectacle.Plaisir un peu déçu, malgré la voix d'Aïni Iften, malgré de belles idées, les textes, par un manque de rythme qui surlignait un peu trop.. 
retour en maudissant silencieusement la mauvaise entente des cailloux de la calade et des talons de mes bottes.

9 commentaires:

chri a dit…

"La mauvaise entente des cailloux de la calade et des talons de mes bottes..." Pour ça, aussi!

brigitte celerier a dit…

ma faute.. d'habitude quand je sais que je vais passer par la rue Peyrolerie je prends des chaussures plates (j'y passe aussi sans l'avoir prévu à l'avance mais là suis pas coupable)

Dominique Hasselmann a dit…

Sur la vidéo, un faux-air de Léo Ferré...
Mais le ciel toujours console (au son du bandonéon).

brigitte celerier a dit…

il a en effet un faux air de Ferré, et il est extrêmement sympathique (le croise souvent, l'ai entendu dans des lectures… et m'en veux de ne pas aller dans son théâtre - du coup petite déception, sais pas si c'était moi ou lui mais j'attendais un peu plus de force)

annaj a dit…

passante: chants et ciels je retiens

jeandler a dit…

Parfois
sans vent
la neige tombe
avec tant de délicatesse

brigitte celerier a dit…

bienheureusement ici non
du moins rarement
je déteste la neige en vrai - juste en image

chri a dit…

Je voulais parler de la beauté musicale de la phrase... Et dire que c'est aussi pour cela que je viens me nourrir de votre lecture chaque jour...

brigitte celerier a dit…

oh merci !