samedi, mai 28, 2016

En ce jour d'été, mordre, et vibrer à la musique

M'en suis allée dans le jeune matin déjà tiède, dans les rues désertes sous la lumière

attendre un tantinet longuement
avant de prendre livraison de ma nouvelle bouche, et de commencer l'apprentissage : me faire à mon sourire un peu trop blanc, un peu trop agressif (je n'ai pas jugé utile, à mon âge, de chercher un artiste et me suis contenté d'une mutuelle, de soins aimables, efficaces, sans nombreux essayages et philosophie sur l'harmonie de mon pauvre vieux visage), retour presque dansant parce que l'été était sur la ville pour un ou plusieurs jours, en morigénant ma bouche qui renâclait à accepter sa nouvelle parure
(les selfies sont redoutables pour la peau des vieillards, mais tant pis)
tenté d'acclimater mon sourire, de lui rendre un peu de son charme irrésistible (euh)... me reste à rapprendre à parler, mordre, manger et fumer... (désolée.. mais c'était vraiment l'événement phare de cette journée, et l'horizon de ce mois et de mon budget)
Une bonne partie de l'après-midi contre le mur de la cour, en ayant délicieusement chaud, en renouant avec mes souvenirs de Fictions du corps de François Bon avec les beaux lavis de Philippe Cognée.

Et puis départ le soir vers le théâtre du Chêne noir pour le spectacle que m'étais offert parmi ceux des Nuits Flamencas (bien d'autres qui me tentent... au moins ceux en entrée libre et puis peut-être, si je suis sage, m'en offrir un ou deux autres, on verra) : le récital de Rocio Marquez (de Huelva) accompagnée par la guitare de Miguel-Angel Cortez et les percussions d'Augustin Diassera.
J'étais pleine d'espoir, me demandant si j'apprécierai – dans le cas contraire n'en aurait retenu blâme ni pour elle ni pour moi, juste regretté cette non rencontre – la qualité de son chant, consacré par des prix de plusieurs festivals (en 2008, au Festival internaccional del Cante de la Minas à la Union : la Lampara minera (sais pas ce que c'est, mais ça semble important) et quatre autres grands prix ce qui est exceptionnel, réussi une seule fois avant elle, par Miguel Poveda), par sa nomination aux Latin Grammy Awards de Los Angeles en 2015... etc..
Des cheveux blonds sur une épaule, un long fuseau rouge à grand décolleté bénitier, un sourire piquant, une immobilité calme se tendant peu à peu pour que jaillisse le chant et cette voix très claire et souple, capable d'une puissance venue des profondeurs...
Un programme d'airs divers dont serais bien incapable de citer un titre, un torrent avec des bifurcations.
Un coup d'oeil dans le foyer à quelques unes des projections de photos de Vanesa Gilles (une exposition que j'avais aimé, l'année dernière, au Centre Européen de Poésie)
Et m'en suis revenue bercée par le souvenir de ce que j'avais écouté.
De ce que j'ai entendu, de ce que j'ai lu pour m'aider à préciser ma sensation : chanteuse non gitane mais experte dans tous les modes du chant andalou, chantant des airs traditionnels, des chants de ses prédécesseurs ou de sa composition, ayant appris en écoutant les plus grands mais novatrice... un flamenco enraciné mais personnel et contemporain, un chant intense mais une voix claire, un chant modulé mais sobre, l'impression d'une beauté directe et dépouillée.
Pour donner une idée de la cantaora, trois des vidéos regardées/écoutées dans l'après midi pour conforter mon envie de l'entendre..

4 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La musique peut donc faire sourire ou rire (Satie), elle s'apprécie aussi avec la bouche...

brigitte celerier a dit…

la musique s'apprécie avec tout

Arlette A a dit…

Toujours eu du mal avec cette musique!!!! Ne sais pas épidermique ....

brigitte celerier a dit…

je crois que rien n'est plus personnel que la musique
pas mal de musiques célébrées que je n'aime guère (n'ose pas les mentionner, me contente de les éviter)