lundi, mai 02, 2016

entre désordre de fatigue et désordre dans le ciel, tentative de remerciements pour Dixit Paumée


journal du premier mai, le principal vient après
Réveil tardif et calamiteux... ai retapé comme pouvais Brigetoun et suis partie, en retard, tenter d'accompagner le cortège syndical, parce que sais pas vous mais moi les grandes idées de l'Europe, et de notre gouvernement obéissant avec une complaisance quasi joyeuse, sur le travail, ça ne passe pas..
Ciel noir d'un côté, ciel en mouvement de l'autre, dans un bon petit début de mistral presque glacial. Croisé des touristes aux visages ternes et corps emmitouflés et me sentais de plus en plus totalement épuisée…
Alors les ai rejoints, les ai accompagnés un petit moment, me suis assise brusquement sur un plot, et suis rentrée tout doux dans l'antre
en saluant les premières trouées bleues que le bouleversement des nuages créait.
Déjeuner (sans doute un peu trop), sommeil, bagarre avec les objets qui, bien entendu, m'avaient déclaré la guerre, et puis en tentant d'ignorer le désordre de carcasse, le désordre que le grand souffle du vent mettait dans la cour en balayant avec belle violence le ciel (mais les nuages chassés revenaient avec constance, eux ou leurs frères), ai cherché, comme le fais depuis deux jours, comment remercier tous ceux qui ont bien voulu se promener (sans doute fort longuement, avec un courage admirable) dans Paumée pour en tirer Dixit Paumée http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371771512/dixit-paumee
Dire déjà merci à Christine Jeanney l'inspiratrice, dire aussi le plaisir de retrouver dans chacun des cut-up le ton, la marque, de son auteur Peut-être simplement les recenser, dans l'ordre (et si j'ai quelques préférences, nous sommes ainsi faits, pour les résultats, éviter de les mettre en avant, la reconnaissance étant la même devant chacune des facettes du cadeau), avec une petite citation, qui forcément sera trahison.
Christine Grimard, et son quotidien plein de fantaisie
fantaisie née joliment du rapprochement de fragments
Chute du vent.
Quête de moutarde au pastiset cigares
Redescendue vers l’antre
les deux cut-up de Lucien Suel
choix de contraintes d'où sortent deux longues tirades qui lui ressemblent
incipit de l'automne et de la renaissance
Il était prévu de la pluie,
En picorant le jour,
Matin,
sur mur et vigne
écoutez mes derniers mots
je garde cela paresseusement pour un ou deux billets à venir.
j’expulse.
et je retiens mon souffle
le cut-up d'Elizabeth Legros Chapuis
qui s'est consacrée à la lumière
ciel blanc, bleu emplumé, opale, blanc traversé de lumière
soleil mort, chaleur égarée en chemin
chemin de lumière éblouissant mes yeux à peine éveillés
le cut-up d'Anita Navarrete-Berbel
qui transfigure mes mots en les reprenant
ciel bleu nourri de rose
deux de “Angels in America”
deux de Lear
un duo de belles ourses brunes
souriant aux arbres en fleurs
le cut-up de Piero Cohen Hadria
en retrouvant le plaisir de le suivre comme toujours
sous ce presque masque
en me réveillant, en roulant hors du lit, ai réalisé que je devais abandonner mon projet pour ce jour : derrière la gare maritime invisible, le tri postal, derrière les voies, au bout des quais deux garçons dormant dans le train qui s’en va vers Avignon et sa gare secouée par des rafales de mistral (encore lui – non ça c'est Brigetoun ce soir soule du bruit qu'il fait le satané mistral)
le cut-up de Luc Comeau-Montasse
cut-up de photos ? Ne sais si c'est lui
virtuose texte à écouter et à lire
Mes yeux se sont enfoncés si souvent dans un nuage, perdus dans les replis d’un ciel doucement translucide qu’ils y ont vus des secrets jusque-là ignorés, que je ne saurais décrypter de ma raison, mais devant lesquels je me sens Une. (aurais bien aimé avoir écrit cela)
le cut-up d'Anna Jouy
qui n'en est pas vraiment un
mais qui m'a fait le grand honneur et plaisir
de reprendre des poèmes publiés dans Brindilles chez Laurent Margantin
l’eau comme une estompe
sur les traits de pastels tumultueux du ciel
unifie et reproduit en lissant.
comme une opale,
de la violence légère au camée
le cut-up de Jan Doets
malicieux et surréaliste
une nuit d'été
Les chèvres frais commençaient à se faire rare mais les premières bintjes, belles et sans les blessures qu’elles arboreront dans quelques mois, commençaient de se réveiller d’une sieste en équilibre instable et de se dire ai rien à dire en se faisant légèrement plus insistantes. (Oui les bintjes de La Haye ont tous les talents et font la sieste)
le cut-up de Marie-Noelle Bernard
qui heureusement n'a pris qu'une infime partie de mes allusions à carcasse
pour les faire s'entrechoquer joyeusement
à contre carcasse
Carcasse était d’extrême mauvaise humeur, ces jours-ci déteste la foule et me le fais savoir. Envie faible, entre deux assoupissements, emmener carcasse en lui prêchant le calme....
le cut-up de Christine Jeanney
prêtant à Paumée sa fantaisie et sa sensibilité
juste courtoisie
pour la première fois, ici, il m’arrive de regarder ce qui m’entoure autrement que comme un prolongement de moi
apprendre à découvrir ce qui était dans cette belle lumière, trier les sons pour découvrir ceux qui m’étaient musique, tenter, maladroitement, de toucher moi aussi
mais j'ai honte en prélevant un passage, parce qu'elle a si gentiment assemblé de longues phrases ou des paragraphes de Paumée que, la citant, je me cite
le cut-up de Sabine Huynh
créant à partir de minuscules notes une superbe évocation musicale
musique, musique.. et plaisir grand
inventif
pour piano seul
passage doux et calme
quelques déchirures d’un bleu très pâle
et de musique
de l’antre
le cut-up d'Anh Mat
en un tissage
qui m'a semblé fraternel
ces petits éclats intacts
les bateaux ne dansent pas, c’est le vent qui les fait danser eux et la mer en jeux de forces qui s’opposent et s’accordent, l’iode m’agresse, l’air sur mes lèvres a saveur de sel, une promesse de vent rode, l’eau est devenue indistincte, mes jambes, mes hanches suivent son déroulement devant mes yeux, le mouvement entraîne le chant de mon sang et mon crâne s’y baigne mais, comme avec Christine, j'ai petit soupçon de me citer (et le remercie en ce cas pour le coup de flash)
le cut-up de Christine Zottele
et sa malice
La lune est verte
En chemin vers le blanchisseur
Aimer les arbres
Nager avec quelques mona lisa
le (ou les) cut-up de Serge-Marcel Roche
Paumée en quatre saisons
presque dignes d'une déambulation sur le chemin tournant
1
L’air et la lumière, encagés, soutenus,
rebond de parasol en lanterne,
élan serré de ce qui clos
2
j’ai eu furtivement l’impression
d’être sur un voilier
entre spectacle et nourriture
3
Je suis partie dans la nuit
découvrant que mes mains aimaient toujours la terre,
un peu essoufflée par les guerres, alliances, retournements,
me hissant — pensant «je gravis»,
4
Les statues sont parties
avec juste assez de tristesse profonde,
sous un ciel d’opale lasse
(à cause surtout de Vivaldi).
Et puis le touchant cadeau final que je rapte, les arbres pressés tout drets de Claudine Sales
long ? Que ça ne vous dissuade pas de télécharger Dixit Paumée, ils ont bien du talent. Et me furent compagnons dans la nuit de Marvejols au creux de la petite chambre grise et blanche, et puis lors de mes relectures aujourd'hui...

10 commentaires:

anna a dit…

ravie de votre cut-up des cut-up.... un kaleidoscope très apéritif!

Marie-christine Grimard a dit…

Merci de distiller les mots que l'on a pris plaisir à choisir entre les vôtres :-)

brigitte celerier a dit…

savais pas trop comment remercier pour l'honneur fait à pauvre vieux Paumée

Arlette A a dit…

Belles découvertes par ci par là connues ou moins
Merci pour ces échanges percutants d'intelligence Un régal

Lucien Suel a dit…

Chère Brigitte, merci pour cette très belle lecture des relectures. Bien amicalement.
Lucien

Dominique Hasselmann a dit…

J'ai téléchargé le livre et, j'avoue, n'ai pas participé au cut-up proposé.

Peut-être faudrait-il un jour faire un cut-up des commentaires... ?:-)

brigitte celerier a dit…

Dominique comme des poupées gigognes (petite vieille regarderait)

Hue Lanlan a dit…

des mots et des images tous les jours... merci à vous chère Brigitte

Sab a dit…

Merci pour la musique, chère Brigitte.

Gérard a dit…

..perdus dans les arbres pressés