mardi, juin 28, 2016

Douceur du ciel et d'un visage


sortant dans rue, voyant le bleu et l'éblouissement blanc des nuages, mes bras aimant le contact des manches longues d'un cardigan de coton, ai eu désir de dire au temps : «surtout ne changes plus rien, maintiens toi en cet état aimable, garde cette chaleur sans excès, juste de quoi transpirer béatement au mitan du jour, sans vertige, avec cette lumière et des petites ombres passantes au gré de la brise qui affermit les joues et fouette l'esprit…»
mais en tournant le coin ai pensé que le vent jeunet était un peu trop plein d'entrain, mais les bannes se sont mises à claquer, mais ma jupe a dansé avec frénésie et en tournant rue Saint Agricol j'ai fait soudain trois pas en arrière sans le vouloir.. alors j'ai ajouté : «c'est bien, ton vent est sans grande violence, mais juste un peu trop joueur, modère le, pour que les pages fassent des niches aux lecteurs mais n'handicapent pas outre mesure la lecture, pour que les nuits ne se creusent pas glaciales hors de l'abri des murs...»
Ai pasé le jour agéablement mais avec toujours petite colère, incompréhension en entendant les gens derrière les micros, alors ai pensé force bénévolente, ai pensé beauté, et en souvenir de la réunion dans le cloître du Petit Palais des têtes sculptées par Davide Galbiati http://www.davidegalbiati.com je reprends une image et le texte inspirée par elle paru chez les cosaques des frontières https://lescosaquesdesfrontieres.com
Ce serait – 61 – une austère douceur
ce serait un visage
ce serait un visage de terre pétri de vie
ce seraient deux arcades profondes, un nez noblement droit humanisé par un petit renflement, une bouche close, une lèvre inférieure ferme et amère, une lèvre supérieure ourlée de douceur par une idée de moustache et le petit creux qui le rattache tendrement à la racine des narines
ce serait un visage expressionniste, stylisé et très humain
ce serait en place d'une peau tannée par la vie la marque des doigts qui lui ont donné vie
ce seraient les marques des petits outils métalliques devenues rides, rides en chutes austères
ce seraient, à l'ombre des formidables arcades sourcilières, les paupières baissées sur les globes des yeux et la tendresse du repli qui filtre une ombre de regard
ce seraient les courbes douces creusées sous les yeux, entre l'affirmation du nez et les larges pommettes
ce serait la méditation qui s'enfle autour de la bouche, cette sérénité posée sur l'inquiète recherche
Ce serait le collier de barbe qui avalerait les joues creuses
Ce seraient les plis de la barbe qui porteraient le visage
Ce serait l'immensité du front
Ce seraient des petites touches attendries, un calme contenu, une noblesse.

11 commentaires:

Claudine a dit…

Plaisir de retrouver ce visage et ce texte magnifiques

brigitte celerier a dit…

mmmmeeeerrrrcccciiii

Godart a dit…

Harmonie du texte et de la photo. Pas mal pour commencer la journée.

Dominique Hasselmann a dit…

Il est bien que vous ayez un stock de "Ce serait"... Le conditionnel est ainsi toujours au présent !

Arlette A a dit…

Il y a des rencontres bienfaisantes dans le bleu du ciel qu'agite un vent coquin

brigitte celerier a dit…

le conditionnel est en fait toujours présent, même s'il se cache, dans ce que j'écris

jeandler a dit…

Un conditionnel qui ne se contente pas de " si ". Merci.

Quel est l'auteur(e) de ce magnifique visage ?

brigitte celerier a dit…

je le dis juste avant le texte Davide Galbiati, et tu as un lien vers son site
Aime beaucoup ce qu'il fait

Hue Lanlan a dit…

si beau texte avec la vie des " ce serait" et j'ai découvert le sculpteur !

jeandler a dit…

Merci Brigitte; je suis distrait et fait trente-six choses à la fois.
Un artiste et un site intéressants.

brigitte celerier a dit…

Pierre, je fais exactement pareil :-)