samedi, juin 25, 2016

Savourer l'oisiveté

matin cheminer jusqu'à la blanchisserie avec draps sales, s'en revenir avec propres dans la chaleur qui s'éveillait lentement, entre éblouissements et tendresse des ombres sur les façades
saluer avec un détachement réservé deux vagues projets pour l'après-midi et les laisser en paix...
me dire tout de même qu'il faudrait que je raprenne à me tenir au jour, à agir, utilement ou non, en reprendre l'habitude parce que ne tiendrais pas le rythme..

et puisqu'il semble qu'il serait bien que je sorte des ce serait, en recopie un paru chez les cosaques des frontières https://lescosaquesdesfrontieres.com
Ce seraient – 60 – des lectures
Ce serait, dans le centre, là où passent les habitants mêlés aux troupeaux de touristes auxquels leurs cornacs donnent liberté d'un moment, des tourniquets, des cartes postales tapageuses, et puis, en approchant du coeur de ce petit bosquet de fer et papier, de l'entrée dans la boutique, des petites boites à musique sans boites et des cartes pour privilégiés du bon goût, d'un noir et blanc qui dit l'ancien, profond mais évoquant le sépia dans les ombres, mais avant ce serait, en bordure, une série de grands sacs pour emporter ses souvenirs, affichant en grands caractères des citations qui accrochent l'oeil et, l'espace d'un instant, l'esprit.
Ce seraient, marquant une minute, ou moins d'arrêt, pour permettre aux voitures de négocier leur virage autour du terre-plein central, des sourires, des perplexités, des regards revenant sur leur lecture inconsciente de ce qu'a écrit quelque part, ou dit, Oscar Wilde – et on s'attend toujours à ce que sous les étincelles de son esprit un rien de profondeur, parfois de douleur, se cache – la beauté est dans les yeux de celui qui regarde.
Ce serait un grand ado très long, très maigre, très voûté, qui hésiterait entre un sourire amer ou une vocation d'admirateur où trouver justification.
Ce serait une jeune femme qui, pleine de reconnaissance et voulant retrouver son image, se retournerait vers les yeux de son époux.. sans rencontrer son regard perdu dans la danse des feuilles sous le vent.. mais ce serait le jeune époux, ou compagnon, alerté par une vibration, baissant les yeux sur elle, suivant le dernier coup d'oeil qu'elle jette à l'inscription, se penchant, la remerciant de lui donner sa beauté, et elle s'agacerait de la fadeur du compliment, mais en roucoulerait intérieurement, attendrie, et lui sourirait, sans penser à lui rendre la pareille, à le remercier, puisque, bien sûr, lui n'aurait pas besoin d'être beau, ou cela ne suffirait pas – d'ailleurs il ne s'attendait pas à une réponse, l'était déjà assez loin, cherchait que faire de leur matinée.
Ce seraient deux belles, cheveux au vent, longues jambes sur talons démesurés, l'inattention de l'une, le sourire ironique de l'autre, et son : «ben tiens il faut bien qu'il lui reste une consolation» – «à qui ?» - «à celui qui regarde» – «quoi ?» - «t'as pas vu ?» - «ah ça ? C'est idiot...»
Ce serait une sans charme ni laideur, une de vieille solitude, qui refuserait de s'attarder au sens possible de la phrase, d'ailleurs, elle ne l'avait pas lue, ou pas vraiment, ou cela ne la concernait pas, juste c'était amusant, à moins que... et puis zut !
Ce serait deux copines, la princesse de beauté de la classe et sa suivante et amie, la neutre, qui n'était que promesse imprécise et endormie, celle que l'on croirait plus intelligente à cause de cette neutralité et de son acharnement à apprendre, comprendre... la première s'arrêterait une seconde, sourirait, se retournerait vers sa camarade qui lirait à son tour avant de murmurer «bon, je sers à quelque chose !» - murmure auquel répondrait un semblant de bourrade et un «tu me voles !» - s'en iraient en riant, sincèrement, oui sincèrement.
Ce seraient deux petits vieux, bras dessus bras dessous. Elle, en tirant à sa suite son vieux : «sers toi des yeux de ta mémoire» et lui «regarder des fleurs fraiches ça n'a jamais fait de mal à personne»
Ce seraient.. sans doute d'autres passants, la plupart indifférents, et de toute façon je ne serais plus là pour les observer et les ré-inventer sans pertinence ni honte.

6 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

ce serait... cette belle virtualité de la fiction véridique, oh non Brigitte, si belle trouvaille que la vôtre " ce serait"

brigitte celerier a dit…

ça lasse
et puis, c'est vrai, c'est une facilité

jeandler a dit…

Les rêves seraient-ils plus beaux que la réalité ?

Godart a dit…

Célébrons l'oisiveté et malgré la gravité du temps, sachons garder avec vous, envers et contre tout, la légèreté de la vie.

Dominique Hasselmann a dit…

Mais vous y tenez comme à la prunelle de vos yeux...
"ce serait" une opération ophtalmologique périlleuse !

brigitte celerier a dit…

ne pas garder ses habitudes trop longtemps