mardi, juillet 19, 2016

Avignon – festival – jour 13 – un seul des deux collectifs venus de Belgique


Dans la fraîcheur du petit matin, un peu de repassage, un peu de ménage, et puis m'en aller dans la ville avec draps et robes à nettoyer, passer avec remords devant le Centre Européen de poésie, deux des spectacles que j'avais cochés ne se jouent plus..
et retour avec draps propres, toasts pour réveil et yaourts, trop tôt pour Mons... tant pis, ce sera une année sans, je pense.

Et puis vers trois heures et quart départ vers la poste, parce que je jugeais inutile de faire les centaines de mètres supplémentaires vers la gare routière et la navette, et que le bus tcra me laissait à Agroparc à une cinquantaine de mètres du parc des expositions
arrivée en avance – longue attente à la recherche d'un peu d'ombre... trajet.. le circuit entre les firmes d'Agroparc.. plaisanter (deux étions) avec le chauffeur 
et prendre la route, seulement la grille du parc était fermée ou du moins le semblait, et nous avons dû contourner ledit parc à pied... ai dit à la jeune femme de ne pas m'attendre
et j'ai trouvé cela très long avec l'ardeur dardée sur moi, les autos lancées et ces lignes droites qui ne s'incurvaient que pour ouvrir une nouvelle ligne droite.. une petite vingtaine de minutes avec des moments de solitude extrême
ma triste gueule en arrivant m'a ouvert l'autorisation de m'asseoir sur un petit banc de béton en marge de la file.. pensais clim par là dessus, hésitais à me reposer un moment et repartir,
mais finalement ai tenu, grâce aux piapias, à vrai dire j'ai eu des moments pénibles pendant le spectacle mais j'ai tenu, bouche et peau sèche malgré le brumisateur, nuque douloureuse et amorces de vertige mais j'ai tenu et ri
et puis il y avait eu l'entrée sous la voute, l’éclairage assez merveilleux et ce tout petit parallélépipède au centre, la salle montée pour le spectacle, qui en fait donnait ensuite une impression d’immensité, en accord avec le jeu des FC Bergman sur les rapports d'échelle.
(photos Christophe Raynaud de Lage)
Parce que, c'est vrai, j'allais oublier, il s'agissait d'un spectacle des FC Bergman, collectif anversois, Het Land Nod ou le pays de Nod (Nod étant, si je l'ai su je l'avais oublié, le pays d'exil de Caïn après avoir tué Abel. Il s'agit d'un endroit sans but. Pour nous le pays de Nod est à l'extérieur du musée. Nous sommes tous des Caïn .. mais nous pouvons trouver refuge. (dans le musée et l'art) Le pays de Nod essaie de pénétrer la boite, cet espace de silence et de paix)
J'emprunte au programme sur le site sa présentation
Certaines salles de musée, à l'instar des cathédrales, semblent avoir été dimensionnées pour nous intimider. Ou, tout du moins, pour souligner notre humble condition. C'est le cas de la salle Rubens du musée des Beaux-Arts d'Anvers, fidèlement reconstituée par les FC Bergman qui ne résistent pas au plaisir d'y installer le public. Devant nous, alors que des oeuvres viennent manifestement d'en être retirées ; une seule résiste, Le Coup de Lance, trop grande pour franchir le cadre de la porte d'entrée. Privée de sa vocation – abriter les toiles du peintre flamand – elle pourrait être une Arche de Noé, un refuge paisible et silencieux dans un monde agité. Pourtant ce havre est habité par des personnages en proie à la solitude et à l'absurdité. Le gardien n'a plus grand chose à surveiller ; une visiteuse s'évanouit devant l'oeuvre rescapée ; des techniciens et un conservateur tentent désespérément de l'évacuer... À l'origine de cette mise en situation, les véritables travaux du musée des Beaux-Arts où en 2015, les FC Bergman, artistes anversois, découvrent que la salle Rubens, avec lesquels ils entretiennent comme leurs concitoyens une relation très intime, sera fermée à l'instar du musée pour une dizaine d'années. Le choc de cette vision leur inspire un spectacle d'une grandeur plastique, un spectacle d'atmosphère, sans paroles, où les rapports d'échelle sidérants et la poésie des situations décrivent des êtres humains obstinés, fragiles et bouleversants.

fragiles et bouleversants comme le sommes devant la démesure de la salle, du tableau, comme le sommes devant la société et ses vulgarités, duretés etc.. mais aussi d'une absurdité comique irrésistible, et on rit beaucoup, même devant le tragique absurde de ces situations. Il y a les trois visiteurs, celui qui se met nu (et les hésitations du gardien à qui il confie autoritairement ses vêtements) la jeune fille qui s'évanouit et se relève et court quand elle veut et l'autre garçon, et ensemble ils se lancent dans une course qui es presque une danse, en mémoire de la course des trois à travers le Louvre dans Bande à part, il y a, alors que celui qui veut à tout prix trouver une solution pour sortir le Rubens de la salle, tombé de la gigantesque échelle se trouve pendu dans sa veste accrochée à un fer, gigotant, appelant sans succès, deux touristes japonais qui entrent, le garçon photographiant son amie devant le tableau, les deux faisant ensuite un selfie, et ressortant sans avoir regardé une seconde ni le tableau, ni le pauvre homme, il y a les solutions radicales qui détruisent presque complètement les murs (d'ailleurs on a entendu auparavant des détonations et vu de la fumée entrer par la porte du fond, le tableau enlevé et un christ apparaissant sur le mur. Il n'y a quasiment pas un mot, uniquement des borborygmes.. et puis il y a cela
Nous considérons que cette salle est un espace de silence où l'être humain peut trouver du réconfort, de la protection contre le monde extérieur, où le temps s'arrête.... penser la culture.. comme lieu cerné, subissant de nombreuses pressions (et de fait elle est ce refuge à protéger, sauf que certains parmi les plus grands artistes ont remis en cause ce côté culture-patrimoine, nuançons donc en pensant qu'elle est le produite de ce qu'il y a de mieux en l'homme, auquel il doit tendre, et qu'il faut préserver, dans le musée et notre regard) mais la définition des lieux d'art et de culture comme des sanctuaires à l'abri des tourments du monde repose sur une fiction...
sortie contente mais épuisée
pour découvrir que le pompier qui devait m'escorter ne savait pas quel chemin prendre pour la grille proche de mon bus,... ai dit bon je m'assieds par terre et je pleure, et cela a suffi pour que je sois autorisée à payer l'aller et retour navette (demandais pas mieux) et me prélasse dans le dernier car prévu à cet effet et quasiment vide.
Retrouver la ville hors et dans les remparts et son agitation. M'arrêter à la première terrasse pour boire un grand verre de sirop d'orgeat, m'entendre dire vous devriez faire attention, vous avez l'air très fatiguée. Regagner l'antre, télécharger photos, arroser, essayer de parler comme pouvais (comme ci-dessus) du pays de Nod, et réaliser que, même en gardant même tenue, très présentable, même en prenant pulvérisateur en main et caramel en bouche je suis totalement incapable de repartir faire la queue devant les Carmes pour le spectacle, bien tentant pourtant d'un autre collectif belge (bruxellois celui-ci)
Rumeurs et petits jours de Raoul Collectif (photo Christophe Raynayd de Lage bien entendu)
Antenne dans trois minutes. Le public finit de se placer. Les techniciens s'affairent. Décontractés, les chroniqueurs d'Épigraphe s'installent derrière leurs micros. Un clope au bec, l'un d'entre eux lance le générique, un vieux swing. Trois, deux, un... « Faute de soleil, sache mûrir dans la glace » : le sujet du dernier épisode de l'émission, brutalement rayée des ondes, vient d'être posé. Pressentant qu'autour d'eux le décor va tomber en ruine, que les lumières vont s'affoler en faiblissant, les animateurs s'engagent malgré tout dans un nouveau débat contradictoire. Chacun à leur manière, ils vont défier l'idéologie libérale qui les a déprogrammés dans un ultime assaut de pensée poétique, pleine d'autodérision....
regrets sincères, mais quand on peut pas, on peut pas.

10 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La salle représentée avec le grand Rubens fait penser à celle du Théâtre des Bouffes du Nord (et non du Nod !), place de la Chapelle à Paris, avec ses murs lépreux et maintenus comme tels...

Brumisateur : il va vous falloir en acheter un pack !

brigitte celerier a dit…

pour les murs oui, mais en beaucoup plus grand, du moins le semble puisque murs filant droits sans balcons et forme rectangle - très grande salle de musée simplement, et décrépite quand restent que tissus des murs et des années de poussière
(jai un pack et de tailles variées, c'est mon doudou, coupe angoisse, rafraîchisseur et coupe soif)

Hue Lanlan a dit…

quelle belle salle mais
ils annoncent encore beaucoup de chaleur aujourd'hui !pensons à vous !

brigitte celerier a dit…

oui, ai choisi les trois jours les plus chauds pour des spectacles dans l'après midi et hors les murs - pas malin, pouvais pas deviner

Caroline Gérard a dit…

Je me serais effondrée avant...
Si tu vas à Vedènes, la clim' ne marche pas ou peu...

brigitte celerier a dit…

Caroline, merci pour cette nouvelle
et puis là j'ai choisi de rester cool dans l'antre ce matin, et sans doute de ne rien faire d'autre que Védène (et ma pièce préférée par ce que la première connue de moi de Bernhard plus Lupa, miam)

jeandler a dit…

Étonnant ce Rubens n'est-ce pas? J'ai lu quelques notes à propos de ce spectacle dans la presse. Cela valait bien de frôler les marges de l'épuisement! Ne pas oublier une petite bouteille d'eau même pas fraîche...

Lavande a dit…

Je constate que même pour les Avignonais, la gestion des navettes et bus n'est pas facile. Ma première expérience, la navette pour Védène a frôlé la catastrophe et l'a été pour une amie qui n'a pas pu rejoindre à temps la Gare Routière, qui à Avignon s'appelle ... PEM... autrement dit Pôle d'Echange Modal ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.
Je suis vraiment impressionnée par votre marathon: sous votre apparence fragile, quelle énergie!

brigitte celerier a dit…

tendance à trouver au contraire que ça s'est pas mal amélioré (à preuve mon retour) - mais là j'avais voulu jouer les malignes (et rudement plus confortables que les bus !)

Godart a dit…

Heureusement pour vous, vos journées font véritablement 24 heures. A l'instar des marins, dans votre "antre", un repos par ci, un repos par là, et ça repart. On vous suit pas à pas, heure par heure, arrivant même à votre lecture, de transpirer devant la perspective de marcher le long d'interminables lignes droites sous un soleil vertical.