mercredi, juillet 27, 2016

Avignon – festival – jour 21 – Mauvignier, ni Maimonides, ni Averroès, ni Voltaire mais les filles aux mains jaunes


matin aller et retour sous ciel bleu et dans toute petite brise vers le teinturier-blanchisseur
et comme forme est encore bancale, renoncer, sans trop de peine à un spectacle à 17 heures 20 (quoique tentant, assez, mais pas tant) à côté au Petit Louvre, ne partir qu'environ une demi-heure plus tard vers le dernier spectacle choisi au Théâtre des Halles – ne pas se cantonner à lui – 
sous le chapiteau du jardin, pour dix bonnes minutes de panique intense à cause du mal-être clim, mais de refus d'y céder, parce qu'en même temps étais dans l'écoute de
ce que j'appelle oubli - Olivier Coyette disant Laurent Mauvignier (photo prélevée sur le site du théâtre)
et ce que le procureur a dit, c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour si peu, qu’il est injuste de mourir à cause d’une canette de bière que le type aura gardée assez longtemps entre les mains pour que les vigiles puissent l’accuser de vol et se vanter, après, de l’avoir repéré et choisi parmi les autres, là, qui font leurs courses, le temps pour lui d’essayer – c’est ça, qu’il essaie de courir vers les caisses ou tente un geste pour leur résister (fragment du texte de Laurent Mauvignier)
- déjà chorégraphié par Preljocaj, déjà mis en scène, entre autres interprétations, pour la Comédie française par Podalydes, lequel écrivait
La phrase commence sans majuscule par la conjonction « et », comme si elle avait démarré avant, ailleurs – « et ce que le procureur a dit, c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour si peu » – et se poursuit au long de soixante pages, racontant, non ce n’est pas le mot approprié, détaillant et revivant un fait divers aussi violent que banal, un homme dans un supermarché meurt sous les coups de vigiles à cause d’une canette de bière volée, et avançant, la phrase, toujours la même phrase, adressée au frère de la victime, attire, aimante à elle quantité d’impressions, de souvenirs, d’images qui nous mettent peu à peu dans la tête de cette victime, comme si fi nalement c’était nousmêmes, qui lisons, disons ou écoutons cette phrase, qui devenions, au travers de cette construction à la fois savante et brute, pleine de rythme et de cassures, la victime elle-même, toujours anonyme, mais dont nous recevons et portons, comme une responsabilité, la mémoire, la dépouille fracassée, la douloureuse et misérable humanité. ...
Et Coyette
Ce texte à portée universelle, a vocation à être joué partout dans le monde parce qu'il questionne la fragilité de l'existence humaine, la brutalité de la mort et la sauvagerie de l'irruption de celle-ci, lorsqu'elle survient par abus d'autorité, sera livré au public dans l'esprit du " Théâtre pauvre " cher à Jerzy Grotowski. Rassemblé autour de la parole et du corps de l'acteur, le public est convié à un voyage émouvant où, au coeur même de l'absurdité de ce moment de bascule entre vie et mort, se survit à lui-même pour quelques brefs instants encore le souffle humain.”
ma foi en rester à cela : lui debout face à nos bancs, disant cette brutalité banale et l'humain avec ce que cela représente de résistance, liens.... avec son intelligence qui veut essayer de comprendre ce qui ne peut se comprendre, alors imaginer ceque cela a été pour les vigiles, considérés en leur humanité, c'est de leur jouissance à eux qu'ils étaient coupables, sauf que ce n'est pas si somple qu'il faiut trouver d'où elle venait, de quel entraînement, avec l'étonnement que cela soit scandaleux juste parce qu'il ne s'agissait que d'une cannette, avec le récit fait au frère, les souvenirs rappelés, l'imagination des réactions, les parents, le père boucher, le récit du procès, les souvenirs de jeunesse et des rencontres ultérieures, en temps de dérive, et cette assurance donnée la vie n'a pas été pingre pour lui. Le texte est de Mauvignier et donc riche, beau, et le corps un peu lourd, les cheveux un peu bouclés, la voix presque plate comme quand on raconte, sans vouloir en rajouter puisqu'il s'agit de bercer la peine sont bons vecteurs.
émerger de ces cinquante minutes, avec enfin l'impression qu'il s'est passé quelque chose, hésiter un peu à en rester là, et puis parce que c'était près, parce qu'en avais eu envie, l'avais prévu, regagner la rue d'Amphoux, et juste en face des ateliers, avec lesquels il fraternise, le théâtre Al Andalous
pour assiter à une grenade éclatée, parce que «Cette création évoque l’utopie d’un temps où en terre d’Al Andalus, le bien vivre ensemble, la convivance privilégiait le culturel plus que le cultuel. "Un voyage onirique entre texte poétique fort, controverse masquée, violon tzigane envoûtant et calligraphie magique ..?Une balade œcuménique au pays de l'absurde religieux s'il n'est pas du ressort de l'amour.. Un poème de sagesse sagace.. Le voyage est trop court quelques unes des 613 graines restent plantées en vous» - ne pas voir l'affiche, m'étonner, chercher, trouver un gros programme du off, vérifier et
constater que la dernière était le 24.. alors remiser sa déception 
et partir d'un bon pas, hésitant un peu parce que ne savais à quel niveau de la rue Guillaume Py il se situait, vers le Théâtre Girasole, longeant les files plus ou moins longues, les attentes plus ou moins animées devant les théâtres (le off se porte encore fort bien)
une attente et puis ce spectacle auquel j'avais dû renoncer cet hiver les filles aux mains jaunes de Michel Bellier dans une mise en scène Joëlle Cattino
1914-2014 : une plongée dans la grande Histoire, celle de 14-18. Pas celle des tranchées, ni celle des poilus, mais celle des petites abeilles courageuses de l’arrière… C’est l’histoire simple des femmes ouvrières qui fabriquent des obus à en avoir les mains jaunes. Dans leur usine, Jeanne, Rose, Julie et Louise découvrent tout à la fois : la liberté de corps, de paroles, d’esprit, les conditions inhumaines de travail, la solidarité, la résistance. Elles vont vivre là, jusqu’à la fin de la guerre, quelque chose qui ressemble à un début d’émancipation…
une vidéo trouvée sur YouTube (mais nous n'avions pas le musicien sur scène)
il y a ces femmes du peuple, la plus vieille dont le mari et les deux fils sont partis, qui se voulait presque entousiaste, qui évolue, un peu bourrue, voulant s'en tenir à sa tâche, et qui perdra ses trois hommes fusillés, la fiancée, la jeune mère et ses deux enfants, celle qui écoute, est troublée par les discours de la dernière, l'apprentie journaliste, la féministe, la pacifiste, qui veut comprendre pourquoi elles doivent boire du lait, qui découvre l'empoisonnement lent auxquelles elles sont soumises, outre le danger et la dureté de leur travail, celle qui se mettre en avant lors des grèves, et qui, en effet, mourra empoisonnée. Du théâtre militant mais pas que.. des peines morales et physiques, la découverte d'un autre monde, et une belle santé, une fraternité et des engeulades...
salut
et retour dans la nuit vers l'antre

6 commentaires:

Claudine a dit…

et toujours ces belles photos pour illustrer la pensée

brigitte celerier a dit…

merci, grand merci Claudine, de venir aussi gentiment peupler Paumée
(me demande si ce n'est pas plutôt pour remplacer la pensée)

jeandler a dit…

Vivre est une expérience unique même qu'à la fin il n'en reste rien.

Dominique Hasselmann a dit…

J'aime bien la photo de la pancarte revendicative "Je suis contre la mort" et je me demande si la rue Guillaume Py n'était pas une préméditation ou une prémonition plaquées de longue date ! ;-)

brigitte celerier a dit…

moi aussi j'aime (tant que j'ai été vaguement tentée… mais restent trois jours et, avec précautions pas plus de deux spectacles par jour, parce que carcasse fait preuve d'imagination dès que je m'assied devant quelque chose à quoi veut m'intéresser.. ) en tout cas j'ai répertorié en deux jours l'emplacement de quasi tous les théâtres, que n'avais jamais cherchés en dix ans

Arlette A a dit…

Toujours des découvertes... pour moi et le spectacle de la rue toujours aussi imaginatif