vendredi, novembre 04, 2016

Cloîtrée, avec retour de la curieuse

Dernière, je l'espère, offensive de ce beau mélange de toux courbée, pliée, secouée et d'éruptions, effusions du nez jusqu'aux larmes – un peu de ménage, un peu de repassage, pas mal de Saint Simon (les détails des rituels de cour des grands d'Espagne..)
et je pille les cosaques des frontière http://lescosaquesdesfrontieres.wordpress.com m en y recopiant un mien portrait imaginaire (disons transformé)
la curieuse
Elle s'appropriait le monde
Comme tous les vivants elle s'était extirpée du cocon douillet pour se trouver propulsée, petite créature rose, gigotante et perdue dans un univers de lumières, de chairs caressantes, de bouches souriantes. Comme tous elle s'était instinctivement acharnée à le faire sien, à s'en entourer, à le connaître.
Elle l'avait appris avec curiosité, le buvant comme elle buvait le liquide chaud qu'elle avait su rapidement faire couler de l'objet qui venait lui caresser les lèvres, s'infiltrer dans sa bouche.
Mais parmi les mystères qui l'entouraient il y en avait qu'elle ne pouvait, elle le découvrait peu à peu - comme le découvraient ceux qui se penchaient sur elle, la prenaient, la portaient, lui obéissaient - qu'elle ne pouvait entamer, ni même approcher.
Elle était tout yeux, elle observait, peu à peu elle imitait..
Elle était toute peau sensible, elle sentait le moindre changement dans le mouvement de l'air, elle tournait la tête quand une porte s'ouvrait brusquement, quand le sol vibrait, elle testait les odeurs, le contact des aliments nouveaux, mais, avec une détresse rageuse qui éclatait par moments, elle sentait qu'il lui manquait une clé d'accès au monde, une clé que les êtres autour d'elle semblaient posséder.
Elle a appris, d'instinct, à se servir d'abord de cette frustration comme d'un pouvoir sur ceux qui l'entouraient.
Elle a appris peu à peu à se servir de ce manque pour affiner sa perception du monde. Elle fut regard, elle cueillait les formes, les couleurs, elle découvrait la beauté, elle fut observation, elle n'imitait plus les gestes comme un petit singe, elle regardait, elle testait, avec un peu trop d'élan, d'avidité, puis d'échecs et d'entêtement acharné, ses mains, son corps, cherchant à recréer ce qui lui avait plu.
Elle découvrit, elle sut qu'elle était habile. Elle découvrit, elle sut qu'elle ne tolérait pas ce qui manquait de qualité, d'ossature, de force. Elle découvrit, elle le sut par les autres - parce qu'elle avait appris à correspondre avec eux, à les connaître, autrement que par la tendresse, l'amour, les échanges utiles, à les comprendre mais aussi à les deviner, à débusquer le plus souvent leur manque de sincérité – qu'elle pouvait rendre le monde un peu plus harmonieux.
Elle continuait à sentir la colère, la rage monter en elle quand elle ne pouvait se faire comprendre, mais elle ne le montrait plus, ou plus qu'à ses proches, et de moins en moins ; elle a appris le rire, elle s'est fait une arme de l'humour.
Elle ne pouvait découvrir une technique, collage, calligraphie, dessin, broderie, bouquets, sans avoir envie de s'y essayer. Elle y mettait toute sa concentration, jusqu'à ce qu'elle obtienne la petite maîtrise qu'elle désirait, jusqu'à ce que, sans y exceller, elle la fasse sienne, et puisse la faire colaborer à son oeuvre : son cadre, ce qu'elle offrait.
Elle ne pouvait découvrir un art, une civilisation, sans chercher, avec ses moyens, à en connaître assez pour croire les comprendre, pour pouvoir entraîner avec elle un groupe de semblables dans un musée, devant un monument, pour leur montrer, leur expliquer.
Et ma foi, en gros, à travers les difficultés, les amitiés, l'amour, les ennuis, les petites disputes, elle était, je crois, heureuse et rendait les siens heureux.

5 commentaires:

jeandler a dit…

Un petit glaciaire
le vin était gelé
dans le verre de Saint-Simon.
À tes souhaits.

brigitte celerier a dit…

merci pour tes souhaits
merci pour ton passage, tu fais vivre pauvre paumée

Dominique Hasselmann a dit…

la curiosité est un joli défaut...

brigitte celerier a dit…

et une source de connaissance et de liens

Arlette A a dit…

Rôdent... les microbes sont curieux aussi