samedi, novembre 05, 2016

la saison des grisailles fraiches et spectacles

Mauvaise humeur au réveil, peut être provoquée par le fait que depuis deux jours, par mon étourderie et les vacances bien gagnées de petit toubib, n'avais plus de traitement.
J'ai jugé finalement qu'il était inutile de me punir d'avantage et suis partie sous ciel boursouflé de grosses masses blanchâtres (curieusement censurée par mon petit appareil) plaider ma cause auprès de la pharmacienne, avec, comme de bien entendu, un succès rapide…
Ai salué en passant l'annonce du plaisir que me réservais la soirée et suis redescendue vers l'antre, yeux dans une douceur bleu tendre (cela s'est gâté ensuite)
Un certain nombre d'éternuements, quintes bien grasses plus tard, suis repartie, dans la nuit et une pluie hésitante vers l'opéra pour assister à l'Homériade mélodrame composé par Martin Romberg à partir du poème de Dimitris Dimitriadis silence d'avant la musique (dit Romberg à propos de ce moment où le désespoir ne permet plus que le chant ou le poème), avec pour récitant Robin Renucci et l'Orchestre Régional Avignon-Provence dirigé par Samuel Jean. (ils présentaient en même temps le disque qu'ils en ont tiré et que, vertueusement, n'ai pas acheté)

Et renouer avec le très bon souvenir de la création, en juillet 2015, dans le cadre du festival, de cette oeuvre par les mêmes interprètes http://brigetoun.blogspot.fr/2015/07/avignon-jour-22-les-belges-et-homere.html
La salle était presque vide (et mes voisins unanimement charmants et perdus dans la musique), les avignonnais ont peut-être eu peur de la musique contemporaine. Pourtant elle n'a rien pour les effaroucher. Longues pages au lyrisme contenu (avec les petits éclats de lumière du santouri) s'épanouissant entre les trois monologues, d'Ulysse, d'Ithaque, d'Homère, ou elle sous-tend la voix, ou l'enserre, la survole, parfois la submerge un peu, rendant très fugitivement incompréhensible deux ou trois mots et maintenant ainsi la tension...
Les conditions (foule, froid de la clim en sortant de la chaleur, contre vide succédant à l'endormissement humide de la ville) étaient très différentes, mon plaisir peut-être encore plus fort (aime surtout l'ensemble musique/texte d'Ulysse, même si la plus belle partie du poème est la dernière, celle d'Homère)
Je reprends paresseusement, là, en sortant, sur mon billet de l'époque, ceci qui est l'approximation, l'approche dont j'étais, dont je reste capable.
«la voix d'Ulysse, la voix d'Ithaque, la voix d'Homère, pour le retour, le retour d'un Ulysse très différent de celui d'Homère, dans son questionnement à la fin de son aller-retour, héros fatigué qui ne retrouve rien qu'Ithaque, que l'amour d'Ithaque qui l'attendait, mais Ulysse qui, dans son rassemblement, retrouve la colère contre les terres auxquelles appartenir,
enterré maintenant
en elle
elle
le seul monstre...
et Ithaque contre laquelle tire, avec son arc celui qui ne voit ni sa femme, ni son père, ni les prétendants, lui Ulysse plein de haine
S'il n'y avait pas eu Ithaque
il n'y aurait pas eu Troie
Ulysse qui a disparu, laissant Ithaque
Et nous là
Là où nous sommes
Sérénité noire
Asphodèles sans fin
Silence nu
Vide glacé...
et Homère qui n'est rien, rien qu'un vieux corps, rien qu'une sagesse, rien que l'anonymat, et pourtant
D'innombrables. Je suis
sans que je sois aucun d'eux
Donner tous mes je suis
que tous soient pris par tous...»
pour la musique, (ma foi j'aime assez ce que j'en disais un flot tantôt calme comme une terre sous le soleil ou une mer étale, tantôt en fureur, avec le ruban oriental du cymbalum, courant tout du long... si ce n'est que le cymbalum est un santouri comme l'ai appris ce soir).., je n'en ai trouvé aucun enregistrement, alors juste parce que c'est beau et que c'est Romberg, que c'est du grec, même si diffèrent (puisque dans l'Homeriade il n'y a pas de choeur mais un orchestre et un récitant), si voulez en écouter un peu : Aradia
La toux a décidé de revenir pendant les saluts, et m'en suis retournée sous une pluie sans violence mais déterminée.

8 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

ithaque, le seul monstre, c'est magnifique ainsi que passage musical, merci ! vous espère en temps plus cléments belle journée à vous

jeandler a dit…

" enterré maintenant
en elle "
pas plus belle preuve de fidélité amoureuse.

brigitte celerier a dit…

Il s'agit d'Ithaque

Dominique Hasselmann a dit…

Robin Renucci, un gage de qualité...

Arlette A a dit…

Beau Merci Tu éclaires mon jour

brigitte celerier a dit…

Dominique, Romberg et Samuel (qui a commandé l'oeuvre) non plus.. même si pas dans la recherche d'avant-garde

Christine Simon a dit…

ces accords à la quinte

et la quinte de toux

et la quinte de tous ces gentils

beau

brigitte celerier a dit…

sourire à la quinte