vendredi, janvier 06, 2017

Dans mon coin


dans ma cour ce matin, recueillir le grand carton et les dernières feuilles que le vent y a déposés – rentrer dans l'antre, réchauffer mes os tremblant de froid... et comme vraiment il serait enquiquinant pour tout le monde que je m'offre une vraie grippe, tenter de trouver une infirmière qui accepte de me vacciner... rendez-vous pris.

Reprendre la trop longue tartine sur le mur de l'hôtel pour l'atelier de François Bon, http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4377, incapable de repartir à zéro, élaguer un peu, compléter un chouya, et puis en m'appuyant sur une vieille photo retrouvée et sur google.street.news lui donner un petit contrepoint en 2007, laisser en attente…
Vers quatre heures, le rapetasser légèrement, et vaille que vaille l'envoyer, me promettant de lire les autres (n'en connaissais que les sept premiers) en rentrant, et puis m'en aller dans la ville froidement fouettée, pour en revenir avec cigares, shampoing et une paire de bottes parce que, vraiment, les talons de mes vieilles amies me faisaient honte.
Et en m'installant pour lire les 15 – (7 + 1 la mienne) = 7 nouveaux textes pour du lieu #4 – à chacun sa rue Vilin, découvrir que la vidéo et le texte du 35 sont en ligne...
Je décide d'attendre demain après-midi pour découvrir, et j'en reste à
Derniers jours de décembre 2016, le 30 je crois, oui
laisser se fermer la porte derrière moi, faire face à la façade de l'hôtel, sur le trottoir, plus large le trottoir devant nos maisons, celles du début de la rue - dalles claires, au niveau de la chaussée, de plusieurs tons de gris, un peu irrégulières, devenant beiges ou d'un autre ton de gris - c'est assez indécis - à gauche, là où le trottoir a été agrandi il y a quelques années pour obtenir même largeur que devant ma porte, avant de retrouver, après la rue Saint Etienne, devant la boulangerie, l'étroitesse habituelle des trottoirs des petites rues de la ville, qui permettent difficilement de poser les deux pieds parallèlement, quand ils le permettent.
Faire face donc à la façade latérale de l'Hôtel d'Europe, immuable la bâtisse, historique (l'hôtel d'Europe et non de l'Europe, il s'agit de l'amante ravie par un taureau-dieu, a été ouvert en 1799 ), juste avant qu'immédiatement à ma droite, les trois niveaux de hautes fenêtres surmontées d'un toit presque plat, carré, quatre pentes presque imperceptibles de tuiles romanes - anciennes les tuiles bien entendu, et qui sont remplacées quand le besoin s'en fait sentir par des tuiles de récupération - les deux étages revêtus d'un enduit blanc tirant sur le beige, un peu fatigué, sur un rez-de-chaussée en pierres apparentes, se prolongent par un mur, de la hauteur du rez-de-chaussée, d'où dépassent les moignons du très vieux et grand platane de la cour élagué avec rigueur chaque hiver, mur percé, face au café qui occupe le bas de la deuxième maison après la mienne sur la droite, par un grand portail flanqué de piles surmontées de vases de fonte noire - accrochée à la première, la plaque-enseigne, ressemblant vaguement, mais pas de façon trop ostensible, à un parchemin, porte la mention Hôtel d'Europe surmontant cinq étoiles alors qu'à la plus éloignée est suspendue une lanterne de fiacre, au-dessus des macarons des guides touristiques – entrée latérale de l'hôtel, celle où les taxis déversent leurs clients, celle où dans une belle auto que le voiturier vient d'amener, sont chargées des sacs, valises, valisons etc... empilés soigneusement dans le coffre béant, en suivant les indications, ou ordres distraits (mais attentifs), mêlés de plaisanteries si j'en crois les voix, d'un couple d'âge indéterminé, le mur reprenant ensuite – la glycine n'est plus qu'un dessin sur les pierres -, jusqu'aux pavillons de l'entrée sur la place, des façades desquels jaillissent des mats portant, comme sur la place, de grandes bannières blanches.
Les fenêtres du rez-de-chaussée, les moins hautes – une bande d'adolescent passe devant, qui vont au lycée professionnel privé, rue de la petite Fustrerie – sont protégées par des grilles aux barreaux assez serrés, droits, terminés par des piques, peints en gris très pâle, presque blanc nacré, comme les volets des hautes fenêtres du premier étage, l'étage noble, et ceux des fenêtres presque aussi hautes du deuxième, teinte, adoptée depuis deux ou trois ans, qui éteint la façade, malgré la très faible animation qu'apportent les bandeaux entre les niveaux, la ferme dans une réserve, une discrétion un peu méprisante, comme une barrière entre le monde qu'elle abrite et la vie du quartier, des manants, en désaccord avec la grâce aimable, sans excès, avec laquelle la vie de l'hôtel s'insère en fait dans la rue. Derrière les voilages, assez fournis pour bloquer la vue, des deux fenêtres du premier étage, à l'extrémité, à gauche, avant la rue Saint Etienne, on aperçoit les rangées, de plus en plus étroites, de petites lumières rondes qui, la nuit, évoquent avec discrétion un sapin stylisé.
A côté de moi, à droite, du lierre tombe dans un bac carré, reste de celui que les précédents occupants de la boutique du rez-de-chaussée, une agence immobilière dirigée par une femme avec laquelle j'avais des relations d'antipathie mutuelle, faisaient grimper le long de l'un des deux grands panneaux encadrant la vitrine. L'antiquaire vient d'ouvrir, il sort les deux grandes vasques coniques posées sur des trépieds en fer forgé, assez laides et sans doute assez chères, qui marquent sa place de trottoir. C'est un bon jour et il me salue, et puis s'en va vers le café qui doit être ouvert à cette heure ci, même si, à cause du froid qui s'est décidé à tomber sur la ville, les tables et chaises ne sont pas sorties.
Il rencontre devant la porte un homme, une des figures du quartier, qui débouche de la cour de l'hôtel – pour raccourcir son trajet entre la place, il habite au début de la rue Baroncelli qui y débouche, et le café, il a l'habitude, surtout en saison creuse, de traverser, avec assurance, cet espace en principe privé - en saluant d'un coup de chapeau – il est éternellement vêtu de bleu avec un grand feutre brun – la voiture, les clients, les garçons. La rue s'éveille petitement, comme en hiver...

août 2007 -
Une troupe disciplinée de touristes du troisième âge ou plus embouque la rue, en marche, à la suite d'un guide en bermuda kaki, vers le bout de la rue et la porte donnant sur le Rhône au niveau du pont ; ils regardent la porte de l'hôtel, regardés eux-mêmes par un garçon debout devant les salles de réception et de congrès qui occupent le premier bâtiment sur notre trottoir, par un client de l'hôtel, catogan, pantalon et chemise noires, et deux personnes attablées à la terrasse devant le bureau de tabac, terrasse qui dans le creux de l'été s'est réduite et n'occupe plus l'espace devant l'immeuble abandonné qui nous sépare de lui. La boutique, signalée par une enseigne peinte en noire, «tapis, kilims», et par un écriteau pliant posé sur le trottoir, est surmontée d'un bandeau métallique festonné, beige, et encadrée de deux cartouches de même teinte reprenant le nom de mon presque ami et l'indication «tapis, kilims» (bandeau, débarrassé alors des festons, et cartouches qui seront peints en noir par les successeurs).
Les grilles du rez-de-chaussée de l'hôtel, peintes en vert, les hauts volets rouge pompéien, rythment aimablement la façade et les mats des pavillons d'entrée portent, au risque d'entretenir la confusion entre la jeune fille raptée et le continent (Europe), des drapeaux colorés avec lesquels s'amuse la brise.
Le trottoir à ma gauche se rétrécit, laissant la place pour garer deux voitures, et, comme juillet est derrière nous, aucune moto n'est venue se garer devant ma porte, en passant entre les plots de pierre légèrement érodés qui nous séparent de la chaussée.
PS mais j'ai constaté en me lisant chez François Bon avec les autres (c'est long mais devriez.. et d'ailleurs les textes qui me séduisent le plus ne sont pas forcément les plus longs) des erreurs  d'inattention - tant pis je doute que quelqu'un le remarque, mais les ai corrigées ici… 

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

dans votre coin, vous savez vous occuper...

Arlette A a dit…

Non je ne trouve pas que cela soit trop long ...c'est le but du texte et j'adore ces infimes détails qui donnent vie et font vivre l'image. .mentale

jeandler a dit…

Il est bon de reporter au lendemain ce que l'on peut faire le jour même.

Claudine a dit…

j'aime beaucoup ce texte

brigitte celerier a dit…

Domlinique, sais aussi y dormir trop : me réveille juste maintenant (enfin d'abord brièvement à 6 heures) et suis en retaaaaaaard
Arlette, le problème est que c'était l'introduction alors me suis arrêtée là
Pierre, Claudine, merci