vendredi, janvier 27, 2017

Toutes choses ont leur saison..

J'hiberne, petit, petit, physiquement et mentalement : n'ai qu'une idée à la fois et avec de grands trous sidérés devant le monde entre deux fusées tremblantes... me tiens coite... ai petit désir tremblant pour les jeunes à venir et pour mes frères et soeurs gens de peu... vaguement honte seulement de ne pas m'agiter, agir, peut être même militer, je me dis, non sans un peu de lâcheté, que ne saurais le faire utilement
Mais, comme, ainsi que le fais régulièrement dans ces moments de retrait, je prenais mon Montaigne, l'encore jeune Brigitte (vingt neuf ans, c'est encore jeune, surtout avec notre maturité moins précoce à cette époque) m'a fait signe, m'a justifiée presque, depuis un petit déjeuner sauté, sur l'herbe du lycée hors les murs, depuis les CMA et le festival de 1971, et j'ai lu
Le jeune doit faire ses apprets, le vieil en jouir, disent les sages. Et le plus grand vice qu'ils remerquent en nostre nature, c'est que noz desirs rajeunissent sans cesse. Nous recommençons tousjours à vivre. Nostre estude et nostre envie devroyent quelque fois sentir la vieillesse. Nous avons le pied à la fosse, et nos appetits et poursuites ne font que naistre :
Tu secanda mamora
...
Tu fais tailler des marbres
Avant tes funérailles
Sans souci du tambour (Horace)
Le plus long de mes desseins n'a pas un an d'estandue ; je ne pense qu'à finir ; me deffois de toutes nouvelles esperances et entreprinses ; prens mon dernier congé de tous les lieux que je laisse ; et me depossede tous les jours de ce que j'ay.
Olim sum... Depuis longtemps je ne perds ni ne gagne ; il me reste plus de
provisions de route que de trajet à faire (Sénèque, Epitres LXXVII)
Vixi, … J'ai vécu, fait la course, ô sort,
que tu me donnes (Virgile, Enéide IV 653)
C'est en fin tout le soulagement que je trouve en ma vieillesse, qu'elle amortit en moy plusieurs desirs et soins de quoy la vie est inquietée, le soing du cours du monde, le soing des richesses, de la grandeur, de la science, de la santé, de moy. Cettuy-cy apprend à parler, lors qu'il luy faut apprendre à se taire pour jamais.

Ce qui ne revient pas à se désintéresser du cours du monde pour les jeunes, mais à les accompagner sans prétendre y mettre tant de passion que vienne le désir de gauchir leur projet... et, puisque en notre monde actuel, ce qui était moins le cas aux temps pourtant tumultueux de Montaigne, les cadres de la vie changent rapidement, comme il est humain d'avoir préférence, rien ne m'empêche de me réjouir de trouver beaux les jeunes qui s'enthousiasmaient l'autre soir en accueillant Hamon et ses idées.

9 commentaires:

Claudine a dit…

Dire qu'avoir souci des "djeunes" c'est ce qui fait la mécanique suprême

Schulthess Eric a dit…

S'enthousiasmer, lire, méditer, oui Brigitte.

brigitte celerier a dit…

observer, juger en silence, ne rien imposer, accompagner

Arlette A a dit…

Merci Brigitte belle page

jeandler a dit…

En ces temps troublés, pour lui comme pour nous, reprendre son Montaigne, par monts et par vaux, pour aller vaillamment.

brigitte celerier a dit…

même si pour lui aller (à cheval vers l'Italie) était un calvaire

Dominique Hasselmann a dit…

Retour à Montaigne, comme à la montagne : surplomb philosophique...

brigitte celerier a dit…

pendant des années Montaigne était la première ou presque chose que je mettais dans ma valise… le délaisse un peu depuis vingt ans mais avec des retours

Christine Zottele a dit…

à sauts et à gambades Montaigne oui plus que nécessaire; y revenir comme ça presque sans y penser, ouvrir une page et trouver ce que l'on ne savait pas vouloir trouver. Merci pour ce rappel Brigitte!