vendredi, février 03, 2017

une classe en Pologne

C'est une classe, mais il n'est pas dit d'entrée qu'elle est morte, l'auteur est polonais et a pour prénom Tadeusz mais n'est pas Kantor, même si je l'ai cru un moment en lisant rapidement le programme du Théâtre des Halles (avec la remontée de tout ce que j'ai lu sur le spectacle de Kantor et un souvenir devenu aussi vague qu'un rêve cher d'une représentation dans le sous-sol de Pompidou, qui n'était d'ailleurs déjà plus qu'un écho) et Tadeusz Slobodzianek n'a certainement pas pris ce titre par hasard.
C'est le spectacle - titre exact Notre spectacle pour choeur de dix acteurs - qui se jouait au Théâtre des Halles, vers lequel suis allée, juste après le crépuscule... une pièce de Tadeusz Słobodzianek, traduite par Cécile Bocianowski (aux éditions de l'Amandier, dans une mise en scène Justine Wojtyniak, par la Compagnie Retour d'Ulysseprésentation sur le site du théâtre
« Je ne crois ni au bien ni au mal. Je pose la question de la nature d’un monde où le mal est inséparable du bien et inversement. Tadeusz Słobodzianek »
Quatorze leçons pour une histoire, celle de la vie de dix camarades de classe, juifs et catholiques, des bancs de l’école à nos jours. Ils grandissent, entrent dans la vie adulte ensemble, deviennent les acteurs et témoins des événements traumatisants de l’histoire européenne du XXe siècle.
Une épopée s’inspirant de l’histoire polonaise la plus noire et dont les Polonais parlent eux-mêmes depuis peu : les pogroms, et notamment celui du village polonais de Jedwabne qui a vu ses habitants juifs massacrés par leurs voisins en 1941.
Il y a aussi cette phrase de Justine Wotjtyniak ici, en 14 leçons les enfants deviennent les vieillards, meurent sous nos yeux, mais gardent leur présence.. et, à propos de la pièce Elle est construite à partir de travaux d’investigation, d’interviews avec ceux qui ont survécu, témoins silencieux durant 60 ans. Cette parole nous met mal à l’aise, nous secoue et nous bouleverse, mais met en lumière les origines de la barbarie (sur le dossier mis en ligne par le Théâtre de l'Epée de bois où le spectacle est programmé en avril prochain)
plateau nu pendant qu'on s'installe, et de chaque côté des fils alignés auxquels sont pendus des vêtements parfois assez baroques (ils se changeront souvent ou draperont des étoffes sur eux devant nous, s'en serviront aussi parfois pour figurer un bucher, des objets...) que caressent les acteurs plus ou moins dissimulés derrière et une seconde rangée de fils pour accrocher les instruments.
Une représentation et non représentation de l'action, en fait des prises de parole témoignages, mais avec l'interaction des autres et des bouts de dialogue, chacun incarne un des élèves et d'autres personnages épisodiques ou prend un instrument pour jouer ou danse. Une occupation du plateau sans interruption, l'impression parfois, très organisée, d'improvisations très ordonnées et deux ou trois fois des regroupements statiques comme un détournement de grands tableaux baroques.
Les deux premières leçons nous apprennent par allusions ou nous évoquent l'histoire des relations entre chrétiens et juifs, autrefois, et puis peu à peu cela prend, et des moments très forts... et le souvenir des défunts parfois assez présent pour qu'ils soient toujours visibles.
Retour dans la nuit et dans une ville d'après pluie.

4 commentaires:

Arlette A a dit…

Chance à toi j'aurais aimé Merci d'avoir relevé les points forts

brigitte celerier a dit…

une attente avant, un début un peu lent et puis une montée

Dominique Hasselmann a dit…

La Pologne, théâtre même de l'impensable. Je ne connaissais pas ce deuxième Kantor... Merci !

brigitte celerier a dit…

Kantor il n'est point, mais polonais et Tadeusz oui, et la référence à la classe a dû s'imposer pour parler de ce mystère qui s'est retrouvé autres parts des massacres par des proches (et du lien de camaraderie qui persiste.. une belle complexité des personnages et une mécanique qui les emporte)