vendredi, mars 10, 2017

Dans une autre solitude d'autres champs

soleil sur la cour, température qui se fait pateline, une Brigetoun démarrant pleine d'énergie, très brièvement, amis, très brièvement, avant de rester dans l'antre, trop lâchement douillette...
dans l'attente aussi du soir, avec attente et un rien de curiosité, et le départ vers le théâtre des Halles,

pour assister à la première du spectacle monté par Alain Timar (pour quatre jours, spectacle qui ira ensuite au théâtre du Passage à Neuchatel, avant d'être repris pendant le festival) : dans la solitude des champs de coton de Koltès, avec Robert Bouvier et Paul Camus, accompagnés par la batterie de Pierre-Jules Billon http://www.theatredeshalles.com/pieces/solitude-champs-de-coton/
L’échange des mots ne sert qu’à gagner du temps avant l’échange des coups, parce que personne n’aime recevoir de coups et tout le monde aime gagner du temps. Selon la raison, il est des espèces qui ne devraient jamais, dans la solitude, se trouver face à face. Mais notre territoire est trop petit, les hommes trop nombreux, les incompatibilités trop fréquentes, les heures et les lieux obscurs et déserts trop innombrables pour qu’il y ait encore de la place pour la raison. Bernard-Marie Koltès
photo de David Mignerat
Timar a attendu d'oser se mesurer à ce texte, que le souvenir des mises en scène de Chérreau soit suffisament lointain (mon souvenir de l'avoir vu en 1996 est devenu un rien flou, m'en reste un saissisement venant à bout de mon extrême fatigue à l'époque)
Depuis, cette pièce s’est ancrée dans le paysage du théâtre contemporain, et un metteur en scène peut se confronter à des classiques de cette nature Alain Timar le 5 mars dernier sur http://ouvertauxpublics.fr/itw-alain-timar-lorsque-je-mempare-dun-texte-je-ne-fais-pas-dans-la-demi-mesure-car-je-naime-pas-etre-dans-la-demi-mesure/
De ce que j'avais pu trouver, dans l'après-midi, sur internet, j'avais retenu :
plateau : sorte d'ancien hangar que la nature commence à reprendre
et puis
Tels ces animaux qui se jaugent, se flairent et se repèrent, ils avancent, reculent puis s’affrontent sans que ni l’un, ni l’autre ne gagnent ou ne perdent. Car le combat qu’ils mènent est d’une autre nature : ils ne visent pas à abattre l’adversaire. Entre celui qui vend et celui qui achète, entre celui qui propose et celui qui désire, des liens se nouent, indéfectiblement unis dans cet obscur objet du désir. Alain Timár
et son exigence du respect le plus parfait possible du texte dans sa ponctuation en me replongeant dans le texte, j'ai retrouvé la qualité de la ponctuation de Marcel Proust, d'où l'exigence d'un respect aussi strict que possible du texte, et celle d'un rythme sans relachement.
Alors oui c'est cela, un carré cerné de briques, de grandes vitres salies d'une crasse irrémédiable, des feuilles mortes au sol et des jaillissements de grandes herbes, un petit édicule au centre au fond laissant place à une entrée en chicane à sa gauche, à la batterie derrière une bordure du feuilles mortes et de lierre à sa gauche
la séduction et l'humilité affichée de Paul Camus, le costume gris, l'attitude légèrement étriquée de Robert Bouvier et sa voix qui fait du texte une musique intelligente, et tout est musique, musique des ponctuations ou de l'accompagnement de la batterie, musique des dépl acements, musique des voix, et même quand peu à peu les statuts se fissurent, quand violence et faiblesse s'échangent, quand les liens se créent à travers les affrontements, c'est toujours intelligence et musique, plus sauvage, et danse, avec des moments plus emportés.

Retour un peu à contre-jambes qui avaient un petit caprice méprisable dans un léger vent qui reprenait son souffle.
Comme c'était ce soir la première, et que n'ai pas été déçue, je pense que ce sera un spectacle à recommander chaudement à ceux qui assisteront au festival (et le texte est superbe).


3 commentaires:

Arlette A a dit…

Vu en novembre dernier une autre verssion de Berling , avec Berling intéressant et tout autre , je retrouve les mêmes accents en ai gardé une forte impression
article blog du 12 novembre2016 "dans la solitude"

Dominique Hasselmann a dit…

Désormais un classique : une pièce à cocher pour le prochain festival d'Avignon, en effet...

brigitte celerier a dit…

oui le temps est venu, peut être repris - ai aimé la stylisation légère comme toujours avec Timar et le soin mis à faire ressortir la qualité du texte grâce à ce traitement musical des voix (pas mis en évidence, juste ce qu'il fallait)