vendredi, mai 19, 2017

Halles, antre et récompense


le ciel s'est peuplé
lentes dérives blanches
l'air n'est plus que doux
m'en aller presqu'à grands pas
pour lourde et belle charge
un peu de repassage, un peu de soleil quand baignait le mur, un peu de lecture, un peu de ménage
et départ à une heure qui n'est plus nocturne, pour assister, à neuf heures, au Chêne noir,  au premier (et sans doute au seul pour moi) des spectacles des nuits flamencas, notre petit festival, spectacle d'Andrès Marin, ab libitum reprise d'un acien spectacle qu'il n'avait donné qu'une fois en France, avec le cantor Jose Valencia et Savador Gutierrez à la guitare.
Le programme dit qu'il a collaboré avec Bartabas et Kader Attou et qu'il développe un style extrêmement personnel et une esthétique d’une absolue contemporanéité, tout en puisant dans les racines authentiques du flamenco. Sa danse est considérée comme l’une des plus novatrices du flamenco. et ajoute Il y a du mystique chez ce perfectionniste, une exigence parfois effrayante mais ce solitaire est aussi un danseur solaire et profond. Révolté et puriste, intraitable sur la tradition et toujours prêt à la faire voler en éclats, Marín est d’abord orfèvre du compás, capable d’enchaîner tout l’éventail du répertoire avant de défricher encore et encore des terres inconnues.
En fait c'est très beau... ne ressemble à aucun des spectacles de flamenco que j'avais vu... Une danse qui souvent n'est pas, corps immobile, ou une danse des mains, et puis de brusques départs, souvent arrêtés en tension, une détente pendant que la guitare joue une musique très personnelle, faite de dissonances, de silences, retrouve un souvenir de musique flamenco, et puis des crépitements de pieds, un départ, un suspens, le chant et un retour à une danse plus traditionnelle, sans l'être totalement, tout en étant très flamenca. Et le côté un peu étrange de cette tête qui pourrait être celle d'un notable troisième République si ce n'était l'éclair bleu sur les cheveux gominés, surplombant le buste puissant et sans graisse moulé de noir comme les jambes nerveuses perchées sur de hautes talonnettes,
Un moment où, avec un chapeau de papier, un masque neutre et donc triste et un foulard rouge il danse lentement, sans plus aucune référence au flamenco, et m'évoque un Arlequin sombre avant, tee-shirt tiré sur les épaules pour les dénuder, le chapeau quitté, c'est l'idée d'une fille désolée... et la poésie qui pourrait être fausse, fade, est là, sans être revendiquée.
Le cantor marchant en lançant sa voix et j'ai cru reconnaître du Lorca et puis chanteur et danseur face à face se défiant, sur l'appui de quelques fusées de voix dans la salle, tension, mots rares et signes de croix avant de se lancer, la danse défiant, menaçant le chanteur qui le nargue..
etc... et la fin, dans le noir, marche sur place épuisée, sur une cantate enregistrée avec une langue de lumière détaillant le mur du fond, restes de la chapelle d'origine qui est ordinairement masqué... juste les dernières minutes un peu trop Castellucci, appuyées, avec effet de voile et orgue.
Certains allaient au Girasol pour un Tablao avec des artistes se produisant dans d'autres spectacles... moi j'ai rangé la grand-mère.
Pour vous le présenter une courte vidéo d'il y a trois ans, qui donne une très très faible idée de ce que j'ai vu



6 commentaires:

Claudine a dit…

voir ce danseur me fait penser aux transformations du physique de Franco Fagioli dès qu'il chante : un glissement vers quelque chose de surnaturel, qui laisse bouche bée

Dominique Hasselmann a dit…

Poissons, huile d'olive, flamenco... L'art culinaire se conjugue sous toutes ses formes...

brigitte celerier a dit…

Claudine, j'y allais avec plaisir et sans conviction, juste le rite une fois par an... mais vraiment c'était un beau moment, très beau

Dominique, de la cuisine moderne, et réussie

Arlette A a dit…

Ne connais pas trop et la découverte fait toujours vibrer d'autres cordes

brigitte celerier a dit…

en fait connaître ne doit pas suffire, parce qu'il est dedans et dehors; il s'appuie sur la tradition pour se l'approprier et parfois il part ailleurs pour revenir

Godart a dit…

Mouvance et beauté des corps chorégraphiques.