mercredi, juillet 26, 2017

Avignon – festival – Jour 20 – lecture dans le vent, nuages, repos, ciel serein et femme noire

un peu de repassage : un pantalon, une chemise en fin coton égyptien que j'aime bien pour sa simplicité et légèreté et trois robes... avant de renoncer et de laisser le reste impressionnant du tas tranquille - il était temps et j'avais trop chaud - d'endosser pantalon jaune et la dite chemise et de gagner dans un vent qui cette fois était bien frais et sous un ciel à nuages galopants, 
la maison de Vilar
et par le boyau sous bâtisse et terre, le jardin de Mons, dans lequel, pendant trois jours (de 11 à 13 heures), l'Adami organise une lecture dialoguée par huit jeunes comédiens d'un texte original de Jean-Christophe Dollé et d'autres écrits d'acteurs (ai cru en reconnaître, pour les avoir déjà entendus avec plaisir, mais sans certitude)
Ombres et parfois lumières, public assez rare mais attentif, Brigetoun sur le côté pour ne pas pâtir de sa petite taille, des moments profonds, ou légers, ou cachant la profondeur sous une légèreté
une tentative plus ou moins réussie selon les moments de donner l'impression d'une quasi improvisation, et quelques distractions comme le long harnachement, pendant qu'une autre lisait un texte sans rapport, de celui qui avait eu l'idée de lire son texte en survolant le jardin et s'en repentait...
un agréable moment, et une Brigetoun sur le chemin de retour se disant que plutôt que de repasser ce coton, il aurait été plus simple et plus en accord avec la température de sortir un tee-shirt épais à manches longues. (je fais une collection de jambes, et les regarde en leur jeunesse ferme avec envie, sourire)
Préparer lentement déjeuner, le déguster, s'enfoncer longuement en sommeil, s'amuser plus ou moins sincèrement, devant la collection de prises de parole des députés en discussion générale de la loi de moralisation...
Endosser robe qu'aime pas beaucoup mais qui est reste d'une fête familiale et donc, à mes yeux, tenue presque «habillée» et vieille veste de smoking blanc, plus épaisse que celle que traînais la veille, ne pas trop débroussailler cheveux, faut pas exagérer, et m'en aller vers le palais des papes, la cour d'honneur, le dernier grand spectacle, celui qui dans les temps anciens était consacré à un grand ballet, celui où se retrouvent rituellement, en plus forte proportion que dans les autres représentations, les avignonnais qui étaient partis en vacance en juillet.
La longue attente en trois files avant d'accéder à l'escalier (et ma fierté, pour la première fois j'ai eu droit comme les autres au détecteur de métaux - savent pas que je suis dangereuse, sont pleins de gentillesse outrancière)
la longue attente que les gradins se remplissent (j'avais une assez mauvaise place, au sixième rang, assez loin des couloirs de circulation, mais grâce à Dieu avec des voisins charmants qui m'ont évité les crispations et la panique, et du côté où le mistral (assez brusque et bien froid pour la première fois depuis le début du festival) est à peu près désarmé...
Cette année il s'agissait d'une soirée Femme noire qui se donne le 25 et le 26) autour du poème de Senghor,
«Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie,
de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre;
la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au coeur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise,
du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur,
comme l'éclair d'un aigle
(premiers vers repris sur le site du festival... je ne sais sur quel rayonnage se cache l'anthologie qui le contient... et du coup en sortant me suis offerte l'ensemble de l'oeuvre poétique telle que la voulait Senghor) sur une idée d'Angélique Kidjo et Isaac De Bankolé, accompagnés par le saxophoniste camerounais Manu Dibango, le guitariste congolais Dominic James et, pour l'afro trap, MHD.
Spectacle de chansons, musique improvisée, et de cette poésie enflammée... pas uniquement dans la célébration de la femme reine, mais de la femme africaine engagée dans l'action, mère, soeur, fille et amante, qui lance à l'humanité tout entière le défi de sa beauté, de son intelligence et de sa générosité.
Comment ne pas céder à l'envie d'écouter cela, de communier un peu à mon échelle avec cela...
Alors que dire, un peu une occasion manquée (à mes yeux au moins et à ceux de quelques uns de mes semblables qui s'impatientaient du refus des jeunes spectateurs maîtres des couloirs de s'ébranler après les trois saluts rituels - handicapée j'étais pas de grands personnages pour les saisir, n'ai capté que des bribes avant...) parce que vraiment un peu trop tranche napolitaine avec des parfums dissonants, de brusques changements de niveau..
Commence par Angélique Kidjo superbe petite silhouette rose et bleu dans une fenêtre à meneaux disant, mal, platement, les cinq premiers vers d'une femme noire avant d'enchaîner sur un chant superbement lancé
poème repris un peu trop rugueusement (mais il a trouvé par la suite les inflexions sans excès, les violences et le lyrisme calme que demandent ces textes tout de même très lettrés, mais au souffle puissant et aux splendides images) par Isaach De Benkolé soutenu par la guitare de Dominic James (la colonne vertébrale discrète et belle du spectacle), qui enchaîne sur l'élégie pour la reine de Saba
Oui, elle m'a baisé, banakh, du baiser de sa bouche
Et ma mémoire en demeure odorante de l'odeur fraîche du citron, du mimosa indien
Bruiteur des senteurs en avril. C'était au temps du jardin de l'enfance...
Et un beau moment, quand Angélique Kidjo, pénétrant sur le plateau, accompagnée par le saxophone de Manu Dibango lui répond, d'abord toujours aussi platement en lisant, puis merveilleusement, rendant ainsi de leur sens aux mots, en chantant..
Une brusque interruption, une déclaration de la chanteuse disant qu'elle ne veut pas s'attarder aux malheurs et laideurs mais que cette nuit soit une cérémonie à l'amour et demandant au public, avec un insuccès paniqué puis un succès grandissant sans être total, de reprendre le refrain de son chant, beau, entraînant, un rien trop wordl musique, debout et en frappant dans les mains, et le public étant ainsi excité, un retour au plateau nu avec un rond de lumière et Isaach de Benkolé reprenant la poésie très écrite de Senghor à un moment d'un lyrisme tout spécialement éloigné de ce que venions de vivre, avec un temps de battement avant que le public ne le suive sur ce niveau.
Un chant profond d'Angélique Kidjo et puis, venant des gradins, le rap de MHD, fine silhouette jeune descendant la rejoindre sur scène en proférant, non sans charme, tous les lieux communs, les tournures banales d'un rappeur très dans le vent sans immense talent...
et noir revenu, un gigantesque portrait de Senghor projeté sur le mur, Benkolé assis derrière une fenêtre disant dans la nuit la belle (mais qui peut provoquer polémique par son trop grand pardon fraternel, surtout venant, pour ceux qui ont réflexe politique, de l'ancien président du Sénégal, le grand ami des présidents français) prière de paix (pour grandes orgues) dédiée à Georges et Claude Pompidou avec de superbes passages et la prière répétée à Dieu pour qu'il pardonne à l'Europe
Seigneur Dieu, pardonne à l'Europe blanche !
Et il est vrai Seigneur, que pendant quatre siècles de lumières elle jeté la bave et les abois de ses molosses sur mes terres
Et les chrétiens, abjurant Ta lumière et la mansuétude de Ton coeur
Ont éclairé leurs bivouacs avec mes parchemins, torturé mes talbés, déporté mes docteurs et mes maîtres-de-science.
Leur poudre a croulé dans l'éclair la fierté des tatas et des collines...
et plus loin
Ah ! Seigneur , éloigne de ma mémoire la France qui n'est pas la France, ce masque de petitesse et de haine sur le visage de la France
Ce masque de petitesse et de haine pour qui je n'ai que haine – mais je peux bien haïr le Mal.
Car j'ai une grande faiblesse pour la France.
Bénis ce peuple garrotté qui par deux fois sut libérer ses mains et osa proclamer l'avénement des pauvres à la royauté...
.
Ô bénis ce peuple, Seigneur, qui cherche son propre visage sous le masque et a peine à le reconnaître...
lente descente des marches, brouhaha rituel malgré le vent frisquet sur la place, et retour vers les voitures, les hôtels, les demeures et l'antre.

Demain, fin du festival in avec, pour moi, Oreste, les Euménides (tremble), Iphigénie en Tauride et Chrysothémis le petite dernière toujours oubliée, la seconde partie (7 heures 40, entractes compris) de Santa estasi – Atridi – otto ritratti di famiglia. Suivront des petites incursions, j'espère - suis perdue devant la masse même si certains se terminent - parmi les spectacles du off qui tiennent jusqu'au soir du 30. 
avais inversé, dans le compte-rendu, les noms des musiciens, en corrigeant j'en ai profitais pour ajouter deux des photos que Christophe Raynaud de Lage prenait trois rangs devant moi (et un peu à droite)

7 commentaires:

mémoire du silence a dit…

merci Brigitte pour ces 20 jours à vous suivre de spectacle en spectacle
j'aime

brigitte celerier a dit…

merci à vous
mais moi vais continuer quatre jours

chri a dit…

J'ai vu hier soir et votre récit est très proche de ce que j'ai vu, entendu et ressenti...
Merci à vous.
(Une petite inversion des noms des musiciens, le saxophoniste est Manu Di Bango).

brigitte celerier a dit…

ouille, merci
j'ai corrigé les deux erreurs (sur quatre citations) et en ai profité pour ajouter deux des photos que je voyais, devant et un peu à droite de moi Christophe Raynaud de Lage prendre

chri a dit…

De loin sa robe était bien jolie!

brigitte celerier a dit…

même impression !

Claudine a dit…

En photo aussi (la robe) !!!