mercredi, juillet 12, 2017

Festival - jour 6 - poésie véhémente de Sony Labou Tansi, ennuis réparés et Mémories of Sarajevo

Après près d'une heure passée à s'énerver à l'écoute de la réponse enregistrée de la billetterie du festival, suivie régulièrement de brusque coupure, réaliser que, mon billet à rembourser a été acheté à la Fnac et que je suis en retard pour le concert prévu. Mini galopade, la distance étant courte, jusqu'à Saint Agricol, 
arrivée un peu en avance d'une Brigetoun en désordre léger qui s'installe, seule dans le bas côté, près du choeur... l'église étant d'ailleurs fort peu rempli.
Pourtant un beau moment, comme souvent dans les manifestations du Cycle de musiques sacrées annexé au festival, ce concert qui entrait d'ailleurs d'assez loin (peut-être par les petites interventions de l'orgue, assez planant au début) dans le domaine du sacré.
Deux longs et très beaux poèmes de Sony Labou Tansi (ne connaissais pas sa poésie, vais me mettre en chasse de son édition par le CNRS dans la collection Planète libre) dits par Céline Chéenne avec ce qu'il fallait parfois de véhémence, à la limite de l'insulte, ou de réflexion, accompagnée par Luc Antonini à l'orgue, par Pascal Contet à l'accordéon (un très beau moment où il donne à son instrument une violence presque insoutenable. Les titres des poèmes sont assez peu indicatifs Les Machins et Le Poème des Elus, et bien entendu suis incapable de relire les quelques vers épars notés à la vollée, emportée par l'écoute de ces poèmes splendides de langue, de rythme, de construction, de colère...
retour dans une absence de lumière, sous un ciel blafard... cuisine rapide
et départ dans la lumière et une chaleur forte sans excès, en galopant, vers la Fnac, bien ennuyée parce que j'avais perdu le reçu de l'achat du nouvel obturateur, ce qui n'a pas fait de problème (et en fait je l'ai retrouvé ce soir, rangé soigneusement à un endroit improbable)... comme j'avais l'air tendu et pressé, mon remboursement a pris le pas sur les malheureux qui attendaient d'acheter des billets, jubilais avec toute la confusion d'usage,
et me suis retrouvé dans la rue avec presque une demie-heure d'avance sur mon programme, temps consacré à un très bon café dans l'une des brasseries du cours Jean Jaurès où n'avais jamais eu l'idée de poser un orteil, 
puisque n'avais pas le temps d'assister au dialogue artistes-spectateurs au cloître, à propos des Parisiens (ce qui aurait eu un intérêt très distancié puisque j'ai été prise de flemme et que j'ai donné mon billet)
attente en fuyant le plein soleil pour prendre un bus vers le Gymnase Giéra (ai fait une fois le trajet à pied avant que les ombres s'installent commodément sur la route, ne le ferai plus)
et une attente en nombreuse compagnie à l'ombre de la magnifique rangée d'arbres puis dans l'entassement du petit hall pour voir (regrettais fortement de n'avoir trouvé place dans mon emploi du temps que pour l'un de leur deux spectacles) Memories of Sarajevo, le second volet de la trilogie du Birgit Ensemble, Julie Bertin, Jade Herbulot et les amis issus du Conservatoire qu'elles ont regroupées autour d'elles) (le troisième dans les ruines d'Athènes est le spectacle que ne verrai pas, pas plus que n'ai vu le numéro un Berliner Mauer : vestiges) dont on dit et redit le plus grand bien et qui me tentait beaucoup.
Spectacle admirable d'intelligence et de didactisme distancié, point trop pesant, présenté ainsi sur le site du festival (d'où viennent les deux photos de Christophe Raynaud de Lage)
Le début du siège de Sarajevo commence en 1992, deux mois après la signature du traité de Maastricht qui transforme la Communauté européenne en Union européenne. Ce pacte, sa transformation, ses conséquences ou dégâts ne laisseront personne indifférent. En regard des décisions et indécisions des grandes institutions, d'une histoire que peu maîtrisent, Memories of Sarajevo se veut une fresque historique où la parole des assiégés résonne. De bibliothèques en archives, de témoignages et d'imprégnation dans cette ville-cuvette où, des collines, il est si facile d'abattre, les metteuses en scène Julie Bertin et Jade Herbulot n'ont eu de cesse de répondre à cette question «Comment embrasser cette histoire qui n'est pas tout à fait la nôtre en la transformant en récit ?». Sur scène, une façade d'immeuble et dans la rue, des habitants. Au-dessus d'eux, les dirigeants européens et internationaux se réunissent sans parvenir à trouver une solution.
Alors pour Brigetoun, d'abord cet étonnement, qui me rappelle chaque fois mon âge, de réaliser que pour cette génération, ces moments qu'avons vécu à distance, mais avec une révolte et un désarroi constant (d'autant que je côtoyais quotidiennement une serbe, compagne d'un croate - et malheureuse, mais ce n'était pas si simple, de ce qui se passait et qui faisait la liaison avec une fermeté amicale entre moi et les gardiennes yougoslaves de toutes origines, ce qui ajoutait une touche aux informations qui nous parvenaient), relèvent d'une histoire ancienne, un peu oubliée, qui sert à expliquer en partie l'état de notre Europe. Et puis une admiration pour la justesse de leur rapide rappel (mais justement comment rendre vraiment palpable en deux heures vingt cinq cette émotion, ce qui d'autre part aurait nui, comme pour nous à l'époque la claire vision de l'incapacité des dirigeants européens à s'entendre (je l'avais mais secondairement). Un très beau travail de documentation et mise en vie (une outrance caricaturale et jubilatoire de la réunion de consécration de l'UE), une vraie troupe.
Un beau spectacle qui d'ailleurs, d'après ce que j'entendais et j'échangeais parfois, surtout avec mes contemporains, en sortant et cheminant vers la ville dans la tiédeur du début de soirée, suscite l'intérêt, la discussion, mais peut-être pas un spectacle aussi admirable qu'on le dit.
Plaisir du retour à pied, étonnement et plaisir de trouver Carrefour encore ouvert ce qui m'a permis d'acheter un filet de patates, parce que pas certaine d'en avoir assez pour tenir jusqu'à jeudi ou mieux vendredi, et parce que c'était un excellent moyen de m'en tenir à ma décision de regagner l'antre et de mettre fin à cette journée.
(demain 3 heures 45 dans l'horrible clim d'Aubanel et après-demain 5 heures 45 au Parc des expositions avant les deux bien plus longs spectacles dans les derniers jours, dont un que j'écourterai, tant pis, pour profiter de mon billet pour les Carmes)


7 commentaires:

Michel Benoit a dit…

Où est le cloître des Parisiens ???

brigitte celerier a dit…

nulle part (merci de me le signaler) ls n'ont pas encore pris le dessus du Cloître Saint Louis (c'est mon remords pour mon renoncement qui parlait ?) Je corrige

jeandler a dit…

Quand la jeunesse vous sourit, tout va... et vous trouble.

Caroline Gérard a dit…

le Birgit ensemble, c'étaient les spectacles que j'aurais vus volontiers, si...

brigitte celerier a dit…

Caroline j'ai l'impression qu'il y a eu rarement autant d'impasses nécessaires que cette année, même si on a la chance de pouvoir encore y consacrer moyens... et fais l'impasse sur BenoitXII, rue Taubira, sur les débats et les expositions et n'irai que très très peu dans le off (vrai que suis pas très résistante en plus... là je peux pas plus et il m'arrive d'avoir des "absences" dans les spectacles

Dominique Hasselmann a dit…

le "Birgit Ensemble" serait un titre ad hoc pour vos aperçus et ressentis du festival d'Avignon.

J'admire votre résistance ("résilience" diraient certains...) et votre ténacité. Mais modérez aussi vos pas !

brigitte celerier a dit…

Doùminique, je fais énormément d'impasses... et me sens un peu coupable