jeudi, juillet 13, 2017

Festival – jour 7 – Labou Tansi à nouveau, des langues et puis Saigon (et un pompier aux petits soins)

Des remords en pensant à tout ce que je néglige, mais, refus de prendre cela comme une performance, droit revendiqué à la modération et au plaisir...
second concert lecture à Saint Agricol, avec même instrumentistes, autour de deux autres poèmes de Soni Labou Tansi Les yeux de l'espoir (peut-être moins violent, et politique, plus spirituel) et Ici commence ici, dits cette fois par Moustafa Benaïbout, à la voix plus sourde, descendant parfois vers le murmure, ce qui me rendait – plus éloignée que j'étais – alors la compréhension non pas impossible mais plus difficile... (légère déception, due aussi en partie par la fronde de carcasse avec laquelle j'ai dû négocier sourdement).
L'assistance par contre était moins étique.
Détour par la place de l'horloge pour le Canard enchaîné dont j'ai lu trois pages en déjeunant,
mini-sieste, vieille robe aimée et légère, suis repartie avec la petite appréhension habituelle (mauvais souvenirs de clim) vers le Gymnase Aubanel, dans un trente-quatre degrés qui tapait dur sur les rues sans vrai ombre et qui maintenait une moiteur épaisse là où le soleil ne venait pas frapper
prévoyant un peu plus d'avance que les trente minutes indiquées pour passer voir l'exposition des langues de Martine Belay-Benoit http://avignon.midiblogs.com/archive/2017/06/29/l-espousicioun-di-lengo-870503.html, en en profitant pour rogner un peu davantage sur la durée de l'attente sur la rampe brulante du gymnase... 
ai cru que Martine n'était pas là, ai pris à la volée, très mal des photos par la fenêtre, tout en cherchant du regard si je la trouvais plutôt qu'en regardant que ce que captait mon objectif, et comme, lorsque je l'ai trouvé, que je suis entrée, que j'ai regardé nous parlions je n'ai pas pensé à prendre des photos (pour une meilleure vision de l'une des têtes, suivez le lien..
eu un moment d'espoir en voyant une queue dans l'ombre de la rue mais les avec-billet nous avons été rappelé à l'ordre et a commencé une très longue attente à l'ombre toute relative et sans fraîcheur du tau... plaisantions mais j'ai fini par rejoindre mes confrères et consoeurs «anciens» dans le petit ilot plus supportable que les jeunes nous lassaient contre le mur.
Une période d'acclimatation dans le hall et le plaisir de découvrir que j'étais au troisième rang, en bout de rang, à côté d'un maigre contemporain plein d'humour.
Et maintenant ce que nous allions voir, et dont je me demandais, à travers le plaisir pas tout à fait immédiat (mais presque, le temps de sortir de l'excitation de la ville pour goûter le charme doucement amer et désuet qui baigne ce spectacle) : Saigon, de Caroline Guiela Nguyen (issue du Conservatoire d'Avignonn passée par Strasbourg etc... fondatrice d'une compagnie au joli nom les Hommes Approximatifs, et fille de Viet kieu ou Vietnamien de l'étranger) un spectacle qui raconte une histoire ou des histoires en mêlant les dernières années de présence française à Saigon, les départs (avec des interludes sur ceux, sur une surtout, qui sont resté au pays) entremêlé avec les premières années en France et 1996 date à laquelle sont devenus possibles les allers-et-retour avec pour certains, nés en France, l'apprentissage de la langue dont n'avaient que des bribes. Je recopie le résumé figurant sur le site (auquel j'ai emprunté également deux photos de Christophe Raynaud de Lage)
Comme les acteurs, les personnages de SAIGON sont français, vietnamiens ou encore français d'origine vietnamienne. Quelle que soit leur génération, ils ont en commun des paysages, des visages, des chansons, une langue qui, pour certains, n'existent plus que dans leurs souvenirs. Le lieu lui-même n'échappe pas à cette nostalgie. Un restaurant coincé dans un espace-temps compris entre la France d'aujourd'hui et le Saïgon des années 50 où les personnages ont pris l'habitude de se croiser, de se retrouver pour manger, chanter, boire, danser, s'aimer et tenter de célébrer la vie malgré tout. Fruit d'un long travail d'immersion entre la France et le Vietnam, ce récit polyphonique invente les voix de femmes et d'hommes marqués par l'histoire et la géographie. Tous portent en eux l'empreinte de la modification de notre monde. SAIGON est une terre blessée, il y a toujours quelqu'un qui manque, quelqu'un à pleurer, et c'est ce trajet des larmes qui nous guide. Caroline Guiela Nguyen évoque avec la présence de ces onze comédiens une France qui existe au-delà des limites qui lui sont assignées, au-delà de ses frontières. (mais non sans reproches).
Le spectacle dure en principe, et à peu de choses près en réalité, 3 heures 45 avec un entracte au bout d'une heure... 
Me sentais lasse mais en gros ok, seulement un jeune pompier était tellement aux petits soins pour la petite vieille qu'il croyait en détresse, me portant presque pour me trouver un siège, qu'après l'avoir tranquillisé en retournant m'asseoir dans la salle, me sentais très impressionnée (enfin pas trop, en souriais) et que j'ai décidé de rentrer bien sagement et de passer une soirée tranquille, me demandant toujours comment rendre l'atmosphère qui se dégageait de ce spectacle... alors comme j'ai trouvé un article du Monde avec lequel suis presque d'accord (la salle ne pleurait pas, ni n'était très profondément émue je pense... moi j'avais un petit retour sur des amis également fils de viet kieu puisqu'on dit ainsi, dont un perdu de vue), le mets en lien http://abonnes.lemonde.fr/festival-d-avignon/article/2017/07/10/in-the-mood-for-saigon_5158347_4406278.html (désolée je n'ai que le lien abonné mais devriez pouvoir le retrouver) parce que oui à la petite musique qui reste en mémoire au moins quelques heures après, et qui n'est pas uniquement la musique des langues et accents, oui à la formidable Madame Anh Tran Nghia (et à une autre actrice qui joue l'ex jeune-femme épousée, celle qui l'incarne jeune également... tous au fond).
Il est de fait (photo témoin dans la rue) que ben l'âge est là, et que, pour tous, les spectacles à Aubanel ont un côté épreuve très physique (un peu peur de ce qui m'attend demain, mais avec sourire)

10 commentaires:

jeandler a dit…

Le Monde un peu dithyrambique, peut-être ... à propos de Saïgon.
Quelle journée, les pompiers de service servent toujours à quelque chose!

Claudine a dit…

Bon anniversaire et bon courage pour les cinq heures de spectacle

brigitte celerier a dit…

merci Claudine

Arlette A a dit…

Il me semble que les jeunes ans...se fêtent ce jour mémorable et plus encore Je t'embrasse en félicitations
Lu le Monde sur Saigon en complément

brigitte celerier a dit…

grand merci à toi, cherche une petite cuillière assez petite pour me ramasser (sourire)

Dominique Hasselmann a dit…

On va finir par regretter le bon temps des colonies...

Quand j'ai lu votre titre avec le pompier, je me suis inquiété : mais en fait vous auriez dû à la fin faire un selfie avec lui !

La longueur de ces spectacles est-elle un gage de leur importance ? Il faudrait aussi penser aux spectateurs... La durée orthodoxe des films, une heure trente, avait dû être décidée dans cette optique (bien lointaine parfois)...

Bon anniversaire, alors !

brigitte celerier a dit…

Dominique, on est assez loin du regret du beau temps des colonies là dedans... juste dans des vies qui se sont rencontrées et un passé presque commun
Pour la longueur du spectacle : aujourd'hui 5 heures 45 et parmi ceux de la fin un de plus de sept heures et un de plus de huit...(on fait l'économie des trajets, sourire)

Dominique Hasselmannh a dit…

@ brigitte celerier : je plaisantais.

Laura-Solange a dit…

Quelle belle énergie! Je me joins au choeur pour vous souhaiter une belle journée d'anniversaire!

brigitte celerier a dit…

sourire, l'espérais (mais quelques commentaires dans la rue hier manquaient furieusement d'humanité... (rares)