mardi, juillet 04, 2017

Quelques pas, penser pas, reprendre pas

Marchais dans un fort reste de vent et sous un ciel rayonnant bleu fort,
portais des draps, revenais avec robes et draps,
corps de nouveau en désarroi léger et esprit mort à tout désir d'intelligence, de saveur de mots, et même de musique...
me demandais bien comment en trois jours rétablir carcasse et désirs...
J'ai salué la boutique du festival qui attend sur la place, ce qui est bien la seule attention que lui porterai («produits dérivés») mais suis entrée dans la mairie pour prendre la bible du off (et en rentrant, voulant vérifier quels étaient les trous dans mon emploi du temps – hors les renoncements bien entendu – j'ai reporté sur mon agenda les jours et heures des billets achetés mais aussi la durée des spectacles, pour réaliser – ma sottise me surprendra toujours, heureusement que j'étais plus attentive en gérant les biens des autres – que je m'étais trompée de date pour un autre spectacle, un truc aux Carmes, "Face à la mer" qu'aimerais bien voir, qu'il n'y plus de place pour les soirs où je suis libre, et que j'ai maintenant trois billets inutiles pour environ 90 €, sanction bienvenue à ma désinvolture passagère, mais handicap pour les billets dans le off)
des groupes cornaqués occupaient les rues, au surplus la vie s'écoulait tranquille
Dans l'après-midi j'ai repris agenda et bible et imaginé des cheminements dans la foule jusqu'à ce que l'envie me revienne (sans grand succès... enfin j'irai demain au Cloître et au point Off, sans doute)
Et pour contrebalancer mes envies d'immobilité et d'imbécilité résolue, ai repris des pas que les cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com ont publiés
Des pas
Il y eut des pas marchant sur les dalles, qui ont laissé une empreinte mouillée effacée par les heures.
Il y eu des pas sur la route, dansant dans la chaleur du goudron, et ce ne fut qu'une course rapide.
Il y eut des pas s'enfonçant dans le sable, pour que le regard s'éblouisse des petites lumières qui couraient sur les vagues sages, ils ont creusé dans cette poussière dorée une empreinte dont des dizaines d'années de vent et de langues d'eau ont fait disparaître le souvenir.
Il y eut des pas courant dans l'herbe humide des petits matins qui ont disparu plus vite encore que le pré.
Il y eut des pas en siècles coulant sur des sols dont ne restent comme trace que l'amenuisement presque imperceptible et le poli des pierres.
Il y eut des pas chéris dans notre mémoire, dont souhaitons que l'existence ne s'efface qu'avec nous.
Et pensons pouvoir recréer en nous leur mouvement, la démarche vive, ou claudiquante, l'énergie, la dérive rêveuse, comme nous gardons dans nos émotions la façon dont les sentiments affleuraient dans les yeux, comme luttons pour entendre le timbre des voix mais retrouvons, comme des petits délices familiers, des tournures de phrase...
Mais avons perdu définitivement la forme des pieds qui parcouraient ces vies enfuies, et si en nous le souvenir de leur forme se réveille dans des photos ou des films, le volume, la matérialité de la chair, des os même, se sont dissous et ne nous en reste que la tentative, le désir de les retrouver. 

9 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

On pense fort à vous pour ce périple qui s'annonce, en espérant que le Plaisir l'emporte sur les difficultés pratiques...Bon festival chère Brigitte, que le Dieu du théâtre vous accompagne !

brigitte celerier a dit…

le Dieu, le pas Dieu, le Démon seront à proximité sans aucun doute

Claudine a dit…

Magnifiques pas

Arlette A a dit…

Tu as déjà un bon paquet de billets ...admiration cours y cours y vite ..pas à pas

brigitte celerier a dit…

mais m'inquiètent un peu ces moments où je ne maîtrise pas (comme si j'avais tout maîtrisé quand j'étais jeune ! alors qu'en étais loin)

Godart a dit…

Pas désagréable du tout de mettre nos pas dans vos pas.

brigitte celerier a dit…

trop gentil

Dominique Hasselmann a dit…

vous êtes "en marche" malgré vous... ! (mais vert l'art, c'est quand même différent)...

brigitte celerier a dit…

surtout pas en marche, me contente, si tout va bien et j'en suis capable, de marcher, prolétairement, et pas que vers l'art