mardi, août 08, 2017

Dans l'été adouci, un personnage avant une courte pause

Après la canicule, avant passage frais, une belle journée,
un peu avant dix heures promesse de la lumière brute presque rude dans le petit vent, et sa caresse frisant encore à cette heure sur la ville...
Une Brigetoun désireuse de se mettre à l'unisson, décidant de faire petite retraite hors connexion pendant quelques jours, et reprenant, pour meubler, ou par plaisir un peu aigre (pas satisfaite bien entendu) sa contribution telle qu'elle s'est résolue dimanche matin à l'envoyer à François Bon en réponse à la quatrième partie de l'atelier d'été http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4456, contribution qui est venu s'insérer
parmi les autres textes http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4457 (12, la dernière fois que j'ai regardé – faudra que j'y retourne, le matin, pour débuter)

Pourquoi, vous négligeant, ai-je suivi des yeux cet homme qui se dirigeait vers la porte du bus ? j'ai cru le reconnaître, et brusquement j'ai pensé qu'il pourrait être au centre de... ou un fil à tirer... en fait je l'ai reconnu, m'y attendait, Pierre mon ami notaire m'en avait parlé – oui c'est un revenant de notre jeunesse -. Se sont vus ou plutôt il s'est adressé à Pierre – oh simplement parce qu'il rachetait les parts de sa maison d'enfance - et puis surtout j'ai butté sur un nom Fabrère, en faisant l'appel au collège il y a quelques jours, un nouveau – il s'appelle Jean Fabrère, l'homme – n'ai pas trouvé au premier regard d'écho entre ce grand garçon blond rieur et ce nom venu de tant avant, mais peu à peu j'ai découvert, sous la gouaille un peu frondeuse, très éloignée de la distance un peu absente de notre ami, la même attention silencieuse - oh ils ne posent pas de question, ils se contentent de se les poser et d'en chercher la réponse à travers ce qui passe à leur portée, ce qu'ils vont chercher – et puis peut-être, chez le fils aussi peut-on deviner cette sensibilité frémissante à laquelle seuls les très proches avaient accès... La maison ? Si... vous avez vu, tout à l'heure, après les petites maisons de village, ce long mur avec quelques plantes qui dépassaient, juste avant le groupe d'immeubles, la cité qui a pris la place de leur fabrique – c'était une entreprise de maçonnerie, couplée d'une fabrique de cheminées, ornements etc... en pierre reconstituée – c'est le grand père qui avait fondé le tout... étaient les importants du coin, le père voulait que Jean prenne la suite... je ne pense pas que ça beuglait entre eux, pas le genre, plutôt lutte sourde... Jean en parlait à mots rares et rapides, concentré courtoisement sur un refus muet, obstiné et muet - le père n'a pas compris, mis devant résultat, le départ -, voulait, comme moi, continuer études quitte à être profs, lui en lettres, moi en histoire... était soutenu par sa mère, une qui regardait de haut, le mari, les autres... fière de sa famille de hobereaux, ils étaient de l'Ardèche ou de quelque chose comme ça, c'est là qu'ils se sont retranchés les deux vieux, elle était grande et autoritaire, élégante, ou le voulait, mais avec toujours un côté un peu moisi, des galons à petites fleurs... Jean n'en a gardé que le goût des cachous Lajaunie - le concierge en avait toujours une provision pour lui, et nous ses amis - et un amour fidèle – enfin fidèle jusqu'à je ne sais quand, j'ai vu qu'il était glabre maintenant - pour une petite moustache faussement spirituelle, pas blonde malheureusement, la mère l'aurait certainement voulu blonde, mais avec son mari... C'est à cause d'elle, Madame Fabrère, disait ma mère, que finalement il a dévié vers la diplomatie, il a fini ambassadeur ou quelque chose de ce genre auprès d'un organisme international, avant de revenir ici, et de reprendre la maison... ça a surpris, on l'aurait plutôt vu dans une belle maison neuve – ou une très vieille et belle restaurée – dans un des villages -, moi ça ne m'étonne pas vraiment, il est tranquillement têtu, Jean, et jamais tout à fait conforme aux habitudes des gens... on ne dit plus de sa classe, mais vous voyez... justement lui ne le dirai pas, veut pas être enfermé, n'a pas conscience de l'être, ou il a bien changé, se croit différent. Ce «pas différent», quand l'ai dit, ou pensé, l'autre jour, Pierre a souri - pas si différent, sait gérer quand il le faut, et l'est revenu quand le frère - expansif le frère, drôle, aimé, et incorrigiblement jouisseur, un peu sot peut-être et sympathique - l'a appelé - n'est pas apparu, seul Pierre, déjà à l'époque, l'a rencontré et pas en privé-, il a organisé en sous main la vente aux meilleurs conditions, a conservé en indivis la maison qui n'intéressait pas le repreneur – va au direct notre ami détaché de tout. Froid et lisse vous pensez ? Un peu ennuyeux... oui mais ça c'est moi... parce que, quand le disions - quand le disons, puisqu'on commence à parler de lui, toujours retranché tranquillement quatre mois après son retour -, les femmes sourient et c'est vrai qu'il a toujours plu aux filles, enfin un temps au moins, a été marié quatre fois semble-t-il, et d'abord à elle, celle que voulions tous les trois, il lui adressait des poèmes qu'il nous lisait avant, et nous nous en moquions avec une gentillesse un rien surplombante – étaient très célestes, anges, amour et toujours - mais elle elle a dû les aimer, l'a épousé, pour se heurter à la mère, à son fiel souriant et à ses conseils pointilleux. Et puis là il nous a étonné le Jean, et a fait scandale, parce que des poèmes il en a écrit encore, et fait publier par le libraire de la rue Carnot, mais des poèmes de toute autre tonalité, enfiévrés et précis, bien trop précis pour ne pas avoir du succès, même si chacun prétendait : on m'a dit que... Nous, Pierre, moi et le petit groupe, c'est tout ce que savions de lui alors... Mais la mère, furieuse elle était la mère, elle fulminait contre la mauvaise influence de cette fille.. jusqu'au moment où elle a pavoisé, en grand-mère fière. Bon ça n'a pas duré, l'enfant est mort, ils ont divorcé et elle, elle est revenue, et s'est cachée plus ou moins. Moi je l'ai revue à ce moment, avec moi elle pleurait, mais elle n'était pas en colère, ne me disait pas grand chose, sauf regrets de lui, et je l'écoutais en espérant que... seulement le temps que je me risque elle avait rencontré son maçon, et algérien de surcroit, et elle est sorti de nos radars. Vous voyez c'est moi que les femmes trouvent ennuyeux, enfin sauf ma femme, ou elle le dit gentiment... rencontre l'actuelle Madame Fabrère, la belle et très jeune Madame Fabrère, ma femme, et se met en colère quand elle nous entend spéculer sur l'avenir du couple, dit qu'elle est gentille, la nouvelle, gaie et ostensiblement amoureuse. Lui il a l'air serein, mais se fier à son air... Enfin on verra. Entre temps il y a eu une anglaise, la mère de mon élève, et puis on ne sait pas, ou pas encore, c'est pas lui qui nous le dira, et la famille n'est plus là. De toutes façons j'ai déjà trop parlé de lui.

9 commentaires:

DOminique a dit…

De temps en temps, écrire, oui, dans un autre cadre...

brigitte celerier a dit…

ou lire, ou regarder le bout de son nez, ou ne rien faire...
ou tenter de penser
on verra

Dominique Hasselmann a dit…

@ brigetoun : pas eu le temps de taper plus haut mon identification !

Claudine a dit…

Sacré Jean ! beaux personnages et décors et trame en si peu de mots

brigitte celerier a dit…

euh ! Claudine je ne dirais pas si peu de mots (un peu une tartine mon truc, non ? sourire)

Claudine a dit…

Tartine ? c'est le contenu d'une nouvelle en un seul chapitre

brigitte celerier a dit…

à mon échelle (là c'est rire)

jeandler a dit…

Le temps suspendu, suivre des yeux en dérive le fantôme...

Arlette A a dit…

T'es mots coulent comme du miel...en tartine si tu veux