dimanche, octobre 29, 2017

soir, musique dans les pierres


Matin, la ville fouettée par mistral naissant se pare de lumière vive
le vent s'engouffre sous les vêtements et bouscule la petite vieille
qui, visage raffermi et frissons calmés se tient coite en son antre regagné
Mais le soir, le vent avait moli et le ciel s'était légèrement voilé... me suis tout de même équipée, première fois, contre l'hiver (pas encore d'hiver profond, mais de bon hiver) avant de monter vers le palais
de gravir l'escalier noble vers la grande chapelle
et de chercher une place au coeur du vaisseau de pierre (à vrai dire nous n'étions pas très nombreux et la taille de la chapelle faisait de nous un petit troupeau resserré et fervent) pour écouter le duo Mescolanza (Christina Alis Raurich et Julien Ferrando, orgues positifs et clavicytherium) dans un programme de musiques pour clavier de France et Italie du Nord, plus un peu de Montserrat pour notre musicienne catalane (XIVe et XVe siècles en accord avec les pierres)
Le début du XIVe siècle marque un tournant dans l’histoire de la musique. L’évolution du temps, de la notation musicale et des conceptions de la polyphonie vont permettre l’arrivée de la consignation des répertoires pour clavier. En effet, au même moment, la facture instrumentale se développe et permet ainsi une plus grande virtuosité. Les claviers possèdent par commodité de plus en plus de notes noires et de fait deviennent totalement chromatiques. Les claviers à cordes pincées, tels que le clavicynbalium à table horizontale et le clavicytherium à table verticale, vont être de plus en plus utilisés. Les claviéristes notent de plus en plus leurs improvisations réalisées, le plus souvent, depuis une chanson de cour d’un illustre compositeur comme Guillaume de Machaut et plus tardivement Guillaume Dufay.
Ce concert propose un panorama de la musique pour clavier d’après les principales sources telles que le codex Faenza et le livre d’orgue buxheimer orgelbuch.
Entre le mistral encore en bonne forme, surtout rue Molière et même rue Gérard Phlippe (j'avais évité la rue Vilar et le débouché cruel de l'entonnoir de la Peyrolerie)
et l'escalier d'honneur qui d'ordinaire m'est clément mais pas ce soir, un bon quart d'heure de panique avec coeur douloureux... calmé par résolution, contemplation du très joli petit orgue portatif posé sur une chaise et du clavicythetirum (une reconstitution par un luthiste et Julien Ferrando) installé au centre sur une table, et la lecture du programme, bourré de renseignements sur l'évolution de la musique plus intéressants que le truc de l'opéra recopié ci-dessus, mais je vous en fais grâce (juste pour en rester au «matériel» que le premier orgue connu pour la chapelle pontificale date du XVème siècle de la fin, mais qu'on a trace d'un orgue, l'un des deux seuls connus pour l'Europe à cette époque – 1359 – aux Cordeliers), comme je vous fais grâce, bien forcée, des indications qui nous étaient données par les deux chercheurs/instrumentistes qui cédaient un peu trop à la tentation de penser qu'ils pouvaient se passer de micro et être compréhensibles, avec leur voix posée, recueillie, au troisième rang … pour les suivants ce devait être pire.
Mais la musique, plaisir, seulement ne sais trop qu'en dire ici,
simplement, le concert ouvrait sur la musique de l'ars antiqua, des polyphonies de Saint Martial des 12ème et 13ème siècles (transposées comme tout le concert pour être pièces instrumentales), parce que, semble-t-il la chapelle pontificale, est restée longtemps fidèle à ces musiques, avec un Alleluia Nativitas entendu d'abord depuis la sacristie puis se rapprochant avec l'entrée de Cristina Alis Raurich portant en bandoulière son petit orgue portatitf aux tuyaux de cuivre et au petit soufflet blanc, une musique planante et aigrelette, un peu étrange et belle (et, avec sa robe longue, un peu l'impression de voir un ange musicien des grandes maternités de l'époque en mouvement parmi nous) – suivi de deux airs en duo, Julien Ferando jouant, assis, d'un orgue «portatif» nettement trop important pour l'être vraiment, tuyaux d'acier je pense et grand soufflet qui nécessitait presque toute l'ampleur du bras...
J'ai pris des notes que je ne peux lire et trop longues, vais en rester à dire que la suite du programme était de musiques de cours (danseries ou chansons) et religieuses, tantôt en solo par un des trois instruments (les instrumentistes se relayant devant le clavicytherium) tantôt en duo des orgues, le petit dessinant les arabesques et la mélodie sur la partie tenue par Julien Ferrando, presque comme une anticipation de la basse continue, venant ou évoquant
la cour de France ou l'autre côté du Rhône avec une vive estampe anonyme du 14ème siècle (Robertsbridge) et, tout aussi anonyme, Flos Vernalis (codex Faenza)
les cours italiennes avec Francesco Landini (déjà plus proche de nous, annonçant la Renaissance, Gheradello da Frienze et un anonyme,
retour vers la cour de France, avec Guillaume de Machaut et pour finir cete séquence, après ces musiques profanes un déjà plus complexe Clemens deus artifex du Codex Ivrea
pour l'époque du concile de Constance, des musiques profanes, anonyme, Guillaume Dufay (air ci-dessous) et Johannes Cicconia
et pour finir la cour d'Aragon avec quatre pièces du Livre vermeil de Montferrat, fort belles et plus simples, un peu, pour être interprétées par des prêtres...
salut, un bis dont j'ignore tout si ce n'est que c'était danse emportée et beau dialogue
et un retour de Brigetoun, toute contente, dans le vent légèrement plus clément (mais je l'entends en ce moment)
Une vidéo pour écouter Julien Ferrando au clavicytherium accompagné, là, de Jean-Michel Robert au luth et à la guiterne, dans un des morceaux entendus ce soir, adieu ces bons vins de Guillaume Dufay
et Cristina Alus Raurich, avec son orgue portatif dans un air de Perotin (qui n'était pas au programme)

9 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Belle musique architecturale aussi...

brigitte celerier a dit…

un mélange de simplicité austère et de luxe discret, et puis née d'un coup en quelques années

Arlette A a dit…

J'aurais aimé ...dans ce vaisseau de pierre être enlevee sans coup de vent intempestif

Florence a dit…

vous êtes les yeux, le coeur, les pieds, et les oreilles d'Avignon. Vous devriez être nommée citoyenne d'honneur parce que sans vote fidèle chronique de ses multiples dimensions, Avignon serait surtout un très beau vieux palais de papes et un festival estival de théâtre.

brigitte celerier a dit…

dans le palais on est à l'abri du vent (sauf dans la cour d'honneur contre le mur nord) raison pour laquelle il est si fort rue Peyrolerie, rue Vilar, rue Molière, il se venge

brigitte celerier a dit…

oh suis loin d'être la seule !
et en petite vieille je ne vois et n'écoute pas tout

jeandler a dit…

Un vent doux soufflait dans les tuyaux...

Christine Simon a dit…

soirées musicales et plaisir des yeux et des oreilles, j'oubliais aussi le plaisir de l'esprit

Anonyme a dit…

Quanto tempo é possível que insistir uma civilização sem espírito?