samedi, mars 17, 2018

Temps qu'il fait et temps qui passe

Un ciel sans reproche et un semblant de tiédeur sur mes pas ce matin vers patates et yaourts et retour.
Avais projets en tête, ne les ai effleurés, un peu plus qu'effleurés,
bloquée que j'étais devant la difficulté de parler du travail de Perlinpinpin qui occupe, avec celui d'Aurore Valade le second et dernier étage des salles d'exposition au Cloître Saint Louis. Oeuvre qui se heurtent, qui pourtant parlent toutes deux du temps, et des traces d'une vie.
Pour Perlinpinpin, il y avait au fond de la salle quelques fauteuils et une vidéo très réussie où il s'expliquait, montrait son travail, vidéo que malheureusement je n'ai pas retrouvé sur internet... alors, mais très insuffisante, même pas réellement allusive, celle-ci qui regroupe deux moments d'un entretien et quelques images des mains oeuvrant
alors je reprends mes mauvaises habitudes et tente de trouver mon miel, ou approchant, dans les petits textes du dépliant pour évoquer cette oeuvre qui ne transige pas avec ce que nous sommes, à savoir, pour parler comme Vladimir Jankélévitch, d'abord et à jamais «du temps sur pattes». Qu'il s'agisse en effet de composer des surfaces à partir de minuscules rouleaux de papier alignés comme autant de dates sur un calendrier...(ou avec lesquels il construit des cadres très architecturés qui encadrent une photo - il est également photographe obstiné - marquant un souvenir ou le recréant, ajoute Brigetoun)
d'ordonner, à la façon d'un entomologiste, une collection d'objets d'allure dérisoire – brindilles, branchettes, fils électriques ramassés ici ou là par un petit garçon -, dès lors sublimés comme autant de reliques précieuses... tout se passe comme si ce travail, auquel se voue depuis des lustres un des artistes les plus appliqués et les plus méthodiques qu'on puisse imaginer..... l'expression d'une douce nostalgie qu'enveloppe une joie discrète, celle d'une vie qui se rapporte à elle-même en jouant sans tricher ; autant dire, la vie d'un enfant. Pierre Parlant
Dans l'oeuvre Le temps n°2 sur la lecture d'un passage du roman de Proust, l'artiste représente l'acte de lire comme un fil qui se tisse peu à peu... Janine Lajadie – dressant une fabuleuse dentelle de lettres collées, alignées sur une trame.
Il y a également ce regroupement de minuscules tronçons de rouleaux qui représentent chacun un jour de sa vie (avec une prolongation jusqu'en 2023 ou 24 je crois) certains sortant, déroulés, de la surface pour marquer un souvenir particulier.. et à côté un schéma reprenant certaines de ces dates, celles qui font saillie et sont numérotées, comme un pense-bête.
Il y a, encadrés de petits rouleaux bien rangés, les suicidés une collection de photos comme un panthéon.. il y a aussi quelques photos que n'ai pas gardées etc...
Face à cela, les grandes photos-collages d'Aurore Valade, sur le mur donnant sur la rue,
et entre les fenêtres de la galerie qui s'ouvre sur le cloître
semblent brutales, encombrées, voyantes... mais il faudrait les voir pour elles-mêmes, prendre le temps, dans un autre voisinage peut-être, pour apprécier vraiment sa démarche.
Rien n'est réel dans cet espace ouvertement théatralisé mis à part la sincérité avec laquelle s'offre à notre regard le portraituré. Je compacte l'espace et je compacte le temps. Chaque image est le récit d'une vie qui s'expose au moment où elle semble exploser dans l'excès et la saturation. Je travaille avec cet excès pour donner à mes images une lecture qui réclame toujours plus de temps. Il s'agit d'une lecture laborieuse car il importe de déchiffrer l'image et de faire travailler notre regard pour en saisir les innombrables détails. Le spectateur est alors invité à changer sa position : de contemplateur de l'image il devient enquêteur, tentant de reconstituer un puzzle... peut-être en les retrouvant (onglet intérieurs mexicains, mais sans doute les autres aussi) sur son site http://www.aurore-valade.com
Là, moi, je quitte définitivement l'exposition, retrouve le palier, prend l'escalier...
et vais tenter d'utiliser ce que j'avais rassemblé il y a une semaine, et presque oublié pour un essai de réponse à l'atelier de Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/entre-les-lignes/article/le-portrait-la-memoire-et-l-2014.

10 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour cette visite, les explications et le partage de ces œuvres d’Art, y compris celle encadrée par la fenêtre donnant sur le cloître :-)

brigitte celerier a dit…

une oeuvre qui varie au cours de l'année

Claudine a dit…

J'aime beaucoup le travail de Perlinpinpin !

brigitte celerier a dit…

assez fascinant

chri a dit…

Merci pour la découverte de cet artiste.

Arlette A a dit…

Le temps qui passe et le désir de reconstruire l'objet tu as remarqué au fil de nos expositions cette constante dans l'air du temps "Art Concret" les artistes sy engouffrent avec plus ou moins de bonheur Merci pour tes analyses qui completent mes infos et impressions au gré de mes errances

Dominique Hasselmann a dit…

Décidément, ce Perlinpinpin (citer Jankélévitch est aussi une trace) laisse son léger poudroiement un peu partout...

brigitte celerier a dit…

Chri, j'y suis pour rien, c'est la mac'a

brigitte celerier a dit…

Arlette le temps et la patience étaient dans le titre de l'exposition

brigitte celerier a dit…

Dominique, il semble en tout cas avoir des amateurs (une ou deux oeuvres exposées viennent de collections privées, ce qui est assez rare dans ce genre d'expositions)