vendredi, mars 09, 2018

Voile emporté, et Botticelli dans les soldes

ciel que je voyais haut et blanc au dessus de la cour, un regard torve sur le sac à linge en matière ingrate et d'un violet désagréable – si, ça existe – fourni par le blanchisseur, nécessaire parce que les draps et housses de couette en attente depuis des jours sont trop lourds et encombrants pour le vieux sac en pachwork bien usé, bien fatigué mais tant aimé et tant à mon échelle – vitamines en cachet, et un peu de magnésium...je passe mon bras dans l'anse, le lève parce que suis trop petite, trébuche parce que ce sacré truc est aussi large que moi et se met en travers, franchis la porte 
la surprise délicieuse de découvrir que le blanc du ciel n'était que voile léger qui se retire peu à peu au dessus de mes pas, laissant la lumière jouer avec les façades.
J'ai fini par découvrir que le meilleur moyen est le sac de linge sur mon épaule gauche, le sac-qui-porte-ma-vie sur l'épaule droite, le bras gauche coinçant le sac de gauche pour aller retenir sur l'épaule droite la bandoulière du sac-qui-etc... un sourire coloré de rose mat sur mes lèvres et qu'ainsi j'avance sur mes pieds aux formes étranges, soutenue par les sourires que je provoque chez les bienveillants...
voir en passant devant la mairie l'annonce d'une exposition (qui a été inaugurée le 6) et comme si carcasse veut, si désir se maintient, projet est fait d'aller la découvrir (sans oublier la collection Lambert, surtout sans continuer à ignorer...) tant pis, je solde sans attendre ma visite de samedi,
en partant de la salle obscure dans laquelle sont exposées (depuis avril 2017, mais ne l'avais pas vue) des oeuvres de Botticelli, accompagnées de grands panneaux explicatifs auxquels n'ai pas accordé qu'une attention distraite (aidée partiellement aujourd'hui de photos partielles prises à la volée, plus occupée que j'étais par la contemplation des oeuvres) avec, grâce au dépôt par le Louvre depuis l'ouverture du musée pour abriter notamment la collection du marquis Campana dont elle faisait partie, de la belle, charmante (le bouilloné et la transparence du voile, le visage pensif, occupé uniquement de son geste pour sortir un sein pour allaiter l'enfant potelé qui lève vers elle un regard d'attente confiante) Vierge à l'enfant à mi-corps devant une arcade ouverte sur un fin paysage selon les nouveaux canons, vêtue de rouge et bleu comme il se doit, qui est notre tableau phare, d'abord attribué à Filippino Lippi, vierge plus souple et douce pourtant que les oeuvres de ce dernier, rendue à Botticelli par Berenson, attribution qui fait maintenant loi.
comme ma photo est de piètre qualité je la double d'une reproduction trouvée sur le site du Musée (n'avais pas pensé ces jours-ci à aller y voir)
tableau rejoint récemment par la Vénus aux trois putti (au long visage un peu bovin, allongée dans un paysage caressée plus que voilée par une chemise très fine, transparente, jambes masquées par un manteau en laque route qui est un pudique repeint ancien, selon ce que je déchiffre sur ma photo de panneau, incomplète, maquillage comme le sont les guirlandes de lierre cachant les petits sexes des putti, repeints qui ont peut-être été exécutés dès la réforme-révolution de Savonarole, auquel cas – ça c'est moi qui m'interroge – ils pourraient être de la main du peintre ou de son atelier) tableau (peinture à tempera sur trois planches de peuplier à fil horizontal) provenant également de la collection Campana et restauré au Louvre en 2007 ce qui a permis de découvrir outre les repeints le dessin au pinceau sous-jacent)
Ils sont accompagnés de deux versions, par l'atelier, d'une madone, et, oeuvre d'atelier également, de ce long panneau délicat, suave, comme l'est la campagne tranquille sur lesquels les personnages se découpent, le «nolli me tangere»
Ai parcouru un peu plus rapidement la suite de l'étage, sans garder d'image (tableaux trop grands, reflets etc... et lassitude un poco) si ce n'est deux détails
cet ange vêtu de toiles animées d'une annonciation attribuée à Bartolomeo della Gatta (Florence 1448 – 1502)
et puis le visage de ce bel ange qui annonce comme une confidence à la vierge le secret qui l'attend sur une annonciation avec saint Jean-Baptiste, saint Antoine et sainte Catherine (est ce la raison de cette confidence) de Cosimo Rosselli (Florence 1439-1507)
avant de descendre vers le cloître-patio
et de continuer, restant dans la première renaissance, par la salle qui s'ouvre sous les arcades, à côté de la porte ouvragée de l'escalier, et qui me rappelle les quelques concerts de musique contemporaine que j'ai pu y écouter, rassérénée dans mon manque, pendant mes deux premières années d'Avignon avant qu'ils prennent fin, d'où j'ai ramené ce détail (vierge protégeant et caressant le baptiste enfant) de la vierge à l'enfant avec le petit Jean et une sainte d'un florentin, «Tommaso» dit aussi Maître de la Madone Czartioryski ou Maître du retable de Santo Spirito dit le cartouche
et, se détachant sur un ciel suave peuplé d'anges sans corps, une vierge à l'enfant entre saint Jean Baptiste et saint François d'Assise de Giovanni Battista Cima da Conegliano (Vénétie 1459 ou 60 – 1517 ou 18)
pour finir avec un tableau qui n'est pas ce que je préfère de lui (enfin relativement, préfère les tableaux profanes) la Sainte Conversation de Carpaccio (Venise bien entendu) dans un paysage très construit à la perspective maintenant savante, qui me donne une sensation de fouillis un peu oppressant, mais dont chaque détail est charmant.

A quoi, j'ajoute, puisque les ai, des images de ma sortie dans la gloire de l'après-midi finissant.

11 commentaires:

casabotha a dit…

Joli le grain de votre bitume. Ce blond roussi de Botiche est à se désespérer d'être athée. Ça tue le rêve d'être athée. Oui, carcasse cèdera devant volonté, volonté devant nécessité. Venise : Carpaccio ou Bellini?

Claudine a dit…

Œuvres peintes à plusieurs mains, on dirait. Et enfin les paysages.

Dominique Hasselmann a dit…

Botticelli a peut-être inventé le panoramique du cinéma... mon tableau préféré ici !

Arlette A a dit…

La vierge si douce qu'une amie à dessine avec talent pour moi et le mouvement gracieux des voiles de l'ange. .un régal y suis retournée plusieurs fois Merci pour tes savoureux commentaires

brigitte celerier a dit…

casabotha plutôt Bellini, en attentant le Tintoret et Titien et puis, tiens Véronèse ...

brigitte celerier a dit…

Claudine la présence des ateliers toujours

brigitte celerier a dit…

Dominique, c'est le tableau phare du Musée (notre Joconde, sourire)

brigitte celerier a dit…

Arlette moi j'ai une faiblesse pour le friselis du voile sur l'épaule

Christine Zottele a dit…

que de merveilles jusqu'à tes photos du dehors, presque des abstractions de lumière... merci!

brigitte celerier a dit…

pendant qu'on en avait une franche… c'est plus douteux ces jours ci

tanette2 a dit…

Belle récompense les oeuvres de Boticelli, après le transport du sac à linge récalcitrant.