jeudi, juin 28, 2018

Atelier d'été du tiers.livre suite – 11 lieu non lieu

Au presque petit matin, regarder, écouter François Bon faire naître ce qui sera la quinzième proposition de son atelier d'été https://youtu.be/phShkKS2MpY et pour une fois trouver les premiers mots... avant de revenir prudemment à la journée qui s'annonce.
Un aller et retour vers le teinturier dans une chaleur qui est encore aimable (le week-end s'annonce un peu rude à ce point de vue)... voir que de très grandes jarres sont apparues sur mon chemin, avoir si grande envie de capter des fleurs de laurier que la photo est floue, voir que la boutique du festival, vide encore, est en place devant la palissade qui, un an ou presque après la fermeture de l'opéra, entoure enfin le chantier balbutiant et se demander si vraiment il ne sera fermé que deux ans, cuisine, déjeuner écourté par ce que ben finalement pas faim, un quart d'heure contre le mur de la cour jusqu'au quasi vertige, essayer de s'attaquer au texte qui semblait si simple, et constater que l'est point tant, dormir profondément (je me demande s'il faut vraiment que je commence à penser festival off, mon été s'annonce somnolent) ...
et comme je l'ai décidé pour ces jours ci, reprendre après les dix premières contributions https://brigetoun.blogspot.com/2018/06/encore-brigetoun-et-latelier-dete-du.html, https://brigetoun.blogspot.com/2018/06/encore-brigetoun-et-latelier-dete-du.html et https://brigetoun.blogspot.com/2018/06/encore-brigetoun-et-latelier-dete-du.html , en corrigeant une étourderie de nom (veux pas ennuyer François Bon avec ça au moins pour le moment) ma contribution à la onzième proposition
lieu non lieu
choisir, quelque part dans la ville, une de ces petites bulles d’intérieur qui sont aussi des espaces publics, et la faire exister telle quelle, comme nous la vivons tous

Fatigue, faim, déception de ces souvenirs flottants ou remords de son renoncement au rendez-vous et à un engagement même léger, il a bu trop vite, s'est presque étranglé, a attendu un moment, yeux humides fixés sur l'arrêt de bus entre la brasserie et l'église, et puis a laissé la seconde gorgée de chocolat s'épanouir dans sa bouche, pendant que s'évanouissaient le remords, le regret, et que son esprit revenait à sa quotidienneté ; il a pensé : devrais en profiter pour finir le petit meuble – avec une vague culpabilité parce que, là, c'était céder à ce qu'il aimait, qui prenait de plus en plus d'importance, ses mains, le bois, entre sensualité, calcul, application et, comme le disait en riant un retour à l'ancêtre calfat et au grand oncle menuisier – et pour cela passer chez Roques, en rentrant en ville... il a peut-être reçu le vernis commandé, ce vernis fétiche de l'ami Jacques, le charpentier retapeur de coques du Palyvestre. A terminé sa tasse, posé quatre pièces sur la table, est sorti avec un grand geste en direction du garçon, et s'est planté à côté de l'abri-bus, savourant le premier cigarillo du jour et le plaisir anticipé de son passage dans l'antre aux merveilles de Roques. Une boutique étroite dans le quartier des halles, un bandeau indiquant en sages droites lettres noires sur un fond beige, «Roques» et en plus petit : «produits domestiques et autres», une vitrine exhibant deux rideaux l'un de lanières multicolores, l'autre de petites boules de liège enfilées sur cordage, laissant entre eux un espace libre pour qu'un peu de lumière passe vers le boyau éclairé par d'ingrats tubes de néon, une porte toujours ouverte, une marche de seuil un peu casse-cou encombrée en partie par une grande bassine de zinc emplie d'éponges naturelles sur lesquelles trônait une grande feuille enroulée, à la belle épaisseur mate vert olive, de savon de Marius Fabre, et puis quand on pénétrait dans la boutique, un régiment contre le mur de droit de panier à roulettes, en osier, ou pliables en toile de toutes couleurs, et des couffins empilés les uns dans les autres, avec anses de corde ou de cuir, des cabas de fine paille, immenses ou assez petits pour servir de sac à main, des paniers ronds au gros tressage en tranches multicolores, face à un long comptoir encombré de petits flacons d'essence de parfum, de savonnettes diverses toujours de Marius Fabre, ou celles, rares, de lait d'ânesse venant d'un fermier d'Ardèche, de savons d'Alep, de brimbrions étranges mais utiles, certainement utiles, de lampes à huiles parfumées, derrière lequel Madame Roques donnait ses conseils, envoyant un commis ou le client à la pêche au trésor, comparant les avantages des produits qu'elle vendait bien sûr, il fallait bien, ceux que l'on trouvait dans tel ou tel supermarché, aux avantages plus évidents de telle boite de pâte pour l'argenterie importée d'Angleterre, des différents bidons ou boites de cire d'abeille dites pour antiquaire, ou de telle vieille recette faisant intervenir du vinaigre blanc, du brou de noix, de l'écorce de marron ou du bicarbonate de soude, surtout du bicarbonate de soude, et là il y avait toujours un des deux ou trois clients qui stagnaient en attendant leur tour, pour donner son avis et la conversation pouvait durer jusqu'à ce que quelqu'un, parti s'aventurer au long des trois rangées de présentoir, casiers etc... qui s'alignaient dans les deux longues pièces traversant les rez-de-chaussée de deux petits bâtiments, reviennent pour s'étonner de ne pas trouver ce qu'il désirait, tel modèle de scie, telle prise de courant, ou demander laquelle des deux éponges, des deux boites de vis de même taille qu'il ramenait de son expédition était préférable, soumettre un nouveau problème, présenter une serpillère dont l'achat urgent ou présenté comme tel méritait que tout s'interrompe, quérir l'aide d'un des deux commis pour le choix, le transport, ou la mise en réserve de planches, de pots de peinture, de bidons de solvants…
 

pour l'ensemble des contributions http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211

8 commentaires:

casabotha a dit…

On vous sent pleine de forces malgré quelques fléchissements

brigitte celerier a dit…

espérons

Dominique Hasselmann a dit…

vous suviez bien le rythme... j'en suis resté à la onzième proposition (ça me fait penser à Pierre Michon)...

brigitte celerier a dit…

bel hommage (mais please ne le prolongez pas trop)
ma façon de me ruer sur les propositions (ou si je ne le fais pas, d'abandonner)… trop tard pour me refaire (même si des participantes critiquent cette rapidité, ce manque de réflexion et pondération… ma foi n'ai pas non plus de prétention)
mais pas sûre de tenir le rythme dans une semaine, ou alors jusque égoïstement pour écrire mais pas pour vous lire tous, garderai ça (comme une sacrée muraille de pierres accumulées) pour août… et là ce matin un long moment de lecture programmée (quoique : deux que je saute parmi les plus chevronnés parce que malgré application, mes yeux et mon esprit les refusent)

Claudine a dit…

l'indispensable inutile trésor

Grimard Marie Christine a dit…

Beau texte !
J’admire votre constance, moi qui aie perdu le fil au dixième..

brigitte celerier a dit…

merci amies, vous me confortez… vais essayer de tenir en juillet (mais en me limitant à cela égoïstement, réservant pour la lecture des blogs et participations mes forces pour août

Arlette A a dit…

Admirative ,ton esprit alerté m'enchante