mercredi, juin 20, 2018

Encore Brigetoun et l'atelier d'été du tiers.livre

ciel en saphir, belle chaleur et petites maladresses et étourderies, comme prévu, j'en reste aux deux derniers textes de la première slave pour l'atelier d'été de François Bon, après https://brigetoun.blogspot.com/2018/06/coin-de-rue-un-peu-depuis-lantre.html et https://brigetoun.blogspot.com/2018/06/paresse-estivale.html avec grimaces plus ou moins sincères (parce que bon c'est un peu beaucoup ridiculement contourné, sur des bidules sans intérêt, mais me suis appliquée, avec plaisir)
#9 – bande son https://youtu.be/NZ1I0uwxCvs
Il est reparti, son mocassin claquant très doucement sur le macadam humide en descendant de la pierre... une branche d'arbuste débordant du jardin s'est redressée en éparpillant de fines goûtes quand son épaule, qui la retroussait, s'est éloignée, et il a cru entendre, en contrepoint de ses premiers pas, un brusque murmure de fouet, l'écrasement minuscule des goutelettes. Comme si le chant de la pluie, en cessant, avait, dans l'air nettoyé, réveillé la rue, tous les infimes et rares bruits de la vie... Un bourdonnement, le souffle d'une voiture, là-bas au loin, dans la rue perpendiculaire, devant cette médiathèque vers laquelle il allait.. Il s'arrêta, regarda son jean presque sec, la manche trempée de sa veste, et voilà que son geste éveillait un son d'humidité froissée. Il hésitait – pas vraiment envie de sortir de sa solitude, d'ailleurs ce n'était pas vraiment un rendez-vous... Un trottinement sur du gravier et un brusque aboiement, japement plutôt, dans son dos. Venu du jardin ? Le souffle, peut-être, du chien, en arrêt tendu – non plutôt en repos, essouflement de vieillesse. D'ailleurs il y avait la barrière. Un trille, une petite musique cristaline, il ne savait où, quelque part, devant, et puis dans son dos, dans le jardin sans doute, un rire de femme, un appel, le trottinement du chien qui s'éloignait, rejoignait un bruit de sandales faisant crisser le gravier, et la tension qui l'habitait depuis une heure, celle qu'il avait refoulée par la recherche des souvenirs, qui l'avait figé involontairement sous le japement, s'est dénouée. La rue qu'il croyait jusque là silencieuse, prenait vie, et vie aimable à base de légers sons. Et même les répons entre un portail secoué, la vibration d'un grillage, le claquement lointain d'un volet de bois, dans le petit vent qui se levait maintenant, devenaient musique. Oui, la rue s'animait, et venait vers lui un chuintement de roues sur l'humidité, le cycliste lui adressait, en le dépassant, d'une voix où l'accent chantait avec trop d'assurance, un salut incompréhensible... derrière lui, le bruit léger d'une fenêtre qui s'ouvrait et l'entrain velouté d'une voix de mezzo. Il s'est retourné. L'arbre cachait la fenêtre, et ses feuilles bougeaient lentement en appui du chant.
#10 – compte triple https://youtu.be/GE5h5i_Glk8
Il restait là, dans l'odeur lourde, délectable, comme une soupe de vieilles pommes caramélisées, qui s'élevait de la terre mouillée et il écoutait, sans envie de repartir, la voix de la femme, chaude et abricotée, velours d'orange mêlé de rose, avec cette suavité ferme qui se dissout, se fait purée de saveur parfumée dans la bouche et l'emplit, ne s'efface que lentement. Il restait là, sans pensées, les sens éveillés par le contact assez désagréable de la manche humide sur la peau de son bras qui se rétractait et s'éveillait, se singularisait, s'alliait à l'odeur du sol, à celle plus aillée, tonique, des feuilles du micocoulier, à l'idée liquide de l'air rafraîchi par l'ondée que le vent naissant posait comme une lotion sur son visage. Il a essuyé, instinctivement, une main sur son jean... le contact râpeux de l'étoffe, et puis en s'attardant, dans son absence de pensée, la main glissant en suivant les fils de la trame, jouant de leur imperceptible relief. Il restait là dans le cocktail d'odeurs du jardin, du macadam, un vague relent de crottes, figé dans l'envie de voir le visage de cette femme, et il s'appuyait sur la rambarde de bois, le vernis humide sous ses doigts, la caresse rude d'une branche hérissée de larges aiguilles d'un arbuste inconnu que la brise plaquait sur le dos de sa main. Il s'est dégagé, a fait quelques pas vers l'origine de la rue, s'est arrêté à nouveau devant la maison voisine, dans une odeur de chèvrefeuille fané, odeur qui s'évanouissait, perdait de sa puissance ennivrante, devenait désagréable, prenait un goût d'anis mal dosé, et se retournant il voyait maintenant, par une fenêtre ouverte, sans l'obstacle de l'arbre, une pièce, une cuisine sans doute, et la femme, la laideur lourde de son visage, curieusement assortie pourtant à cette voix mélodieuse et chaude comme un fruit ensoleillé, accompagnés par une odeur ronde et épicée de café, qui lui a donné faim. A mis une main dans sa poche, a senti à travers un peu de poussière, de bribes de tabac, le rond contact poisseux d'un bonbon oublié. Un goût articiel, un peu médicamenteux, un semblant de sucre chimique, une fausse saveur de réglisse, travestissement exécrable de la profondeur sombre attendue. Il l'a recraché, a extirpé, petit cylindre de papier doux, vague odeur qui a réjoui son nez, une cigarette d'un paquet de gauloises sorti de sa poche, et avant de l'allumer, pour se nettoyer la bouche, a cherché, trouvé, sur le bord de la fenêtre close devant laquelle il se tenait maintenant, des petits cailloux, que sa main, dans cette vacance, cette absence de volonté qui était la sienne, a testés, caressés pour en choisir un, assez petit, assez rond, assez frais et lisse, un peu marmoréen, et l'a porté à sa bouche. L'a fait tourner un peu sous sa langue, retrouvant son enfance, la saveur fraîche, une douceur légèrement aillée, l'a coincé, avant de marier à cette clarté l'âcreté de la gauloise. Et sa langue caressant les brins de tabac compressés, cédant à son envie de régression, il est revenu vers le bout de la rue, la fenêtre dans les feuilles, la brasserie de la place, une envie de chocolat, doux, sucré, chaud.


3 commentaires:

casabotha a dit…

Nuage en forme de Brigetoun pour ciel hyper attentif

Dominique Hasselmann a dit…

Je me demande toujours comment vous faites vos montages de photos... :-)

brigitte celerier a dit…

autrefois Picasa mais ça ne marche plus alors j'ai trouvé un petit logiciel (pas cher comme dirait petite-soeur près de ses sous parce que n'en a pas tant et veut donner plaisir) nommé fotor