mardi, juillet 03, 2018

Atelier d'été du tiers livre – 15 – le je qui tu

Oh tu sais, cet après-midi, en sortant de la pharmacie où j'attendais patiemment que cesse la dernière ondée - le déluge oui - en débouchant sur le carrefour, il était là, sous la première des arcades après l'église, l'homme – désolée je n'ai pas retenu son nom - dont nous parlions cette nuit, en rentrant, celui que nous avions croisé, sur lequel Pierre s'était retourné, dans l'escalier des Isnard, leur cousin disparu, que j'avais trouvé si banal que ne l'avais remarqué sans vraiment le voir que parce qu'il s'était collé au mur pour nous laisser passer, celui dont le retour intriguait et a agité un moment ses anciens amis, et cela, ce retour et ce qu'il avait de surprenant, t'avait suffisamment intéressé – tu es toujours courtois - pour que tu participes, pendant que j'aidais ou dérangeais Catherine dans sa cuisine, à la courte conversation le concernant, et pour qu'en rentrant tu essais de reconstituer les quelques éléments que tu avais cueillis et ce que tu croyais deviner, ne me parlant que de cela, pendant que je t'écoutais en silence, un peu agacée, tu sais, je peux bien te le dire maintenant parce que oui, je crois que j'ai saisi, arrêtée une seconde pour le reconnaître, continuant à le regarder, dissimulée plus ou moins derrière la grande jardinière au coin de la rue commerçante, avec une curiosité naissante, ce qu'il pouvait avoir d'intéressant - votre faute bien sûr, mais pas uniquement -, et peu à peu, sous l'apparence du quinquagénaire installé, discret non par décision mais par détachement que j'avais vu tout d'abord, plutôt beau – ne hausse pas les sourcils, il l'est, plus petit bien entendu que l'avais cru, mais ferme, large, sans graisse, il doit s'entretenir, ou avoir nature à ça, je pense, je ne l'imagine pas coquet ou très secrètement, et puis la belle architecture de ce visage, la grande bouche... - bon sous cet aspect à la normalité aimable mais banale, il y avait dans la façon dont il se tenait un peu voûté, relâché, comme s'il s'absentait, dans le balancement machinal qu'il donnait à un petit sac de plastique contenant je ne sais quoi, quelque chose d'un gamin – attends, tais toi, je cherche mes mots – si, un gamin que l'on a envoyé faire des courses et qui pour une raison ou une autre hésite sur le chemin du retour, pas un Petit Chose, bien sûr, mais presque, ne ris pas, tu sais... mon imagination... n'empêche que j'aimerais que nous fassions sa connaissance, je suis sure que... oh bien entendu je doute qu'il accepte, mais il semblait si seul... par Pierre peut-être, ah non tu ne penses pas, bon j'espère, la ville n'est pas si grande
ma réponse (où je trichais, plus encore que le pensais puisque le texte n'était pas publié) à la proposition 15 de François Bon https://youtu.be/phShkKS2MpY
une des silhouettes ci-dessus évoquées, en tout cas un personnage extérieur au narrateur initial, l’apostrophe et vous avez à situer vous-même de l’extérieur ce narrateur qui parlait pour vous : on parle dans un je extérieur à soi-même puisque mon je n'apostrophait pas directement le il (tant pis, d'autres s'éloignent parce que cela leur conviens et c'est souvent très bien, encore d'avantage – mais ça m'a posé un problème pour le 16, ai re-triché – et je crains de heurter avec cette indiscipline ou peut-être surtout incompréhension des buts)
Matin découvrir la vidéo de François Bon pour la proposition 17 https://youtu.be/knk4eQ_OdQw – sagement décidé d'attendre et pas sagement m'installer vers onze heures après une petite bagarre avec le thème, pour une élaboration assez laborieuse (j'espère que cela ne se sens pas trop) – l'envoyer et entamer bagarre avec carcasse (je vois arriver avec de plus en plus d'appréhension le festival, suis pas au niveau)... avant, en fin d'après-midi de m'en aller dans la ville 
où les premiers signes du off commencent à se montrer,
acheter des petits cigares et deux livres, m'installer parce que j'étais en avance sur un banc métallique cernant une très grande jarre, nouvelle installation en bordure de la place de l'horloge, en lisant les premières pages de «la vie princière» de Marc Pautrel (parce que les caractères ne m'obligeaient pas à envoyer ma main fouiller dans le sac à la recherche de lunettes)
jusqu'à ce qu'arrivent les premiers des dix membres de notre petit comité local de Génération.s qui avaient fait le déplacement, pour dans une salle vide et fort ingrate au premier étage d'un des restaurants, après avoir mis sur leurs pieds quelques tables et chaises, écouter-discuter le compte-rendu de celui qui avait assisté à la réunion nationale à Grenoble et tenter de mettre en forme des petits groupes d'études pour préparer la réunion de septembre...
Retour en longeant les terrasses où quelques uns dinaient, où la plupart, y compris les serveurs faisant une pause, étaient tournés vers des écrans qui déclenchaient leurs clameurs.... et rentrée dans l'antre lire quelques unes des assez nombreuses contributions à l'atelier du tiers livre publiées ce soir. 


6 commentaires:

casabotha a dit…

L'escalier pour le ciel n'a aucune marche bleue

Dominique Hasselmann a dit…

Ah bon, vous avez choisi Hamon ? Attention aux frais !
Je n'aime pas le nom de son particule 'inclusif", mais chacun ses goûts...

brigitte celerier a dit…

moi non plus mais j'attribue ça à l'âge (le mien… celui des féministes excitées aussi)
ma foi dans ce qui se propose actuellement, j'aime assez ce qui reste de jeunesse, peut-être un peu utopique, dans ce mouvement (et à notre niveau le côté un peu amateur, tâtonnant) sans immense espoir - fuirait que ça arrive à prendre force assez vite, avant de retomber - assez pour qu'une résistance à voix multiples puisse s'opposer aux droites plus ou moins dures et à l'étouffoir libéral…
pour ce qui me reste de vie, peux bien faire un bout de chemin avec

Claudine a dit…

belle et longue phrase à lire à haute voix

Arlette A a dit…

Aime bien ton analyse" Hamon "sans espoir

brigitte celerier a dit…

Claudine, grand merci

Arlette suis en quête d'un peu d'enthousiasme et de naïveté s'il le faut et ça s'applique à tout… en ce moment (en fait c'est sans doute une très sotte illusion de lucidité qui me tombe dessus, avec la prudence et la graisse)