mercredi, juillet 04, 2018

L'envers du décor à l'atelier d'été du tiers livre et quelques images avignonnaises

Lui sourire, lui dire que oui, peut-être le rencontrerons nous plus tard... enchaîner sur ses souhaits pour cet été, la voilà lancée... De fait, pour le peu que j'ai cru deviner je ne pense pas qu'il soit – qui le serait d'ailleurs ?– franchement disposé à laisser une femme, charmante peut-être, mais totalement inconnue, et un rien envahissante, parce qu'elle l'est facilement la pauvre chérie, se déclarer son amie, se pencher sur lui et tenter de mettre fin à sa sauvagerie supposée ou son éventuelle tristesse. Pas sûr non plus que le lien puisse se faire par l'intermédiaire de Pierre, qui était juste un peu plus jeune que, comment a-t-il dit, déjà... ah oui... que la bande de la rue des foins, et entendant ces mots je leur ai trouvé, à travers la brume des ans, un côté familier, Isnard s'en est rendu compte et m'a fait une grimace. Nous n'en faisions pas partie, tous les deux de cette bande, même si nous avions en gros le même âge, les rencontrions pour danser chez l'un ou l'autre des parents, ou pour un cinéma, Isnard faisait de l'aviron avec l'un d'eux, Vincent Vinachier, le futur avocat, mais ils faisaient bloc, ils se connaissaient presque depuis l'enfance, ils n'allaient pas au même lycée que nous d'ailleurs, eux c'était René Char dans le quartier derrière la gare, et ils habitaient tous le bourg, sauf lui qui venait d'un des villages proches, mais oui il m'est arrivé d'avoir envie d'être admis dans leur groupe, à cause de la petite Louise surtout. Il y avait, voyons, Frédéric Roux le frère aîné de Pierre, le Vincent bien sûr, et lui, ah un Jacques aussi, qui était muet et transparent - drôle qu'il soit devenu Conseiller Général celui-là -, et puis Louise qui n'est pas restée, son père a été muté dans le Var, et les soeurs Ricordi bien entendu. Mais n'étaient pas si liés en fait... bon, Frédéric Roux et lui on disait qu'ils étaient comme des frères mais je me souviens : un soir, en parlant avec Frédéric, je sentais qu'il ne m'écoutait pas, il regardait Mariette Ricordi, lumineuse encore plus que d'habitude, qui dansait avec lui, ce revenant – fichue mémoire : ils m'ont rappelé son nom, l'ai déjà oublié - ... faut dire qu'il était beau alors, je crois, en tout cas les filles le trouvaient beau – il semble qu'il en reste quelque chose puisque ma julie... - et puis il leur semblait un peu mystérieux, souriait, se taisait, comme souvent les timides, et plus encore les timides qui sont populaires sans le vouloir ou sans comprendre pourquoi - en le comprenant peut-être un peu d'ailleurs, dans son cas, parce que ses parents étaient riches, ou menaient «grand train» comme disaient Madame Roux et ma mère. Et quand elles le disaient, ça ne semblait pas un compliment. Oui il y avait des menaces de fissures, juste des menaces et que le temps aurait pu effacer, dans leur bande, et l'amitié de leurs parents n'était pas aussi grande que l'affichaient. D'autant qu'il y avait l'histoire des terrains... j'ai pas très bien compris, je dois dire que ça ne nous passionnait guère, mais il me semble que son père à lui était propriétaire, on l'a découvert, de terrains, achetés peu à peu, discrètement, qui, depuis le voisinage de la médiathèque actuelle, s'étendaient parallèlement à la rue des foins jusqu'au niveau du petit immeuble où habitaient Madame Ricordi et ses filles – l'était à lui cet immeuble aussi d'ailleurs et c'est pour cela qu'il y a eu brouille entre le père et le fils et qu'il est parti – et qu'il avait un grand projet d'aménagement, mais que Monsieur Roux qui était bien avec le maire ne voulait pas de ce projet, ou pas ainsi. Lui ça l'insupportait de penser qu'on l'appréciait pour cela, ce qui était faux ou pas tout-à-fait vrai.. En fait, ce qui lui était surtout intolérable, c'était d'être le fils de ce père, je crois ; peut-être en savait-il plus que nous, même si, semble-t-il, il y avait des bruits... Et quand il a découvert que l'immeuble des Ricordi devait être démoli, il y a eu une algarade entre eux, vraisemblablement, pas forcément violente, ce n'était pas le genre, mais sérieuse ; en tout cas il est parti faire son droit ou je ne sais quoi chez ses grands parents à Paris. Nous a fait ses adieux à tous, en bloc, pendant la fête de fin d'année scolaire chez mes parents... la Mariette a souri, tête levée, sous le regard de Frédéric et le mien, et il est parti, un peu avant que le scandale éclate en fait. Il y a eu un jugement. Les terrains ont été rachetés par un groupe de gens de la ville dont Monsieur Roux, et un an après Mariette et Frédéric se sont mariés (trois ans plus tard c'étaient Pierre et la troisième des soeurs)... Le temps a passé, j'aimerais assez le rencontrer vraiment, si ma julie accepte de ne pas faire son bien.
Ma contribution à la proposition n°16 de François Bon pour son atelier d'été de 2018 https://youtu.be/FDjUPIpJRZI
«ce lieu qu'on a construit, solidifié, complexifié depuis le début, et si on ouvrait sa face noire, se forcer à ouvrir le négatif, à le retourner sur lui-même...»
l'ensemble des contributions, par auteur : http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211
Ce matin, sous ciel tendre, et belle lumière, en bonne forte chaleur, m'en suis allée cheminant pour un échange draps-sames/draps-propres chez le teinturier
passant au retour, parce que j'avais mal calculé mon horaire et que j'avais une demie-heure à tuer, dans le hall de la Mairie pou prendre – rite qui va sans doute être sans autre utilité que d'assouvir un peu de mon amour des rites – et jeter, en attendant, un coup d'œil à de beaux panneaux (j'ai trouvé) résultat d'un atelier dans un quartier ais-je cru comprendre (mais c'était à mon tour de recevoir le viatique) avant un bon café à la terrasse du Cid...
de façon à être à l'ouverture de la boutique où dormait ma robe trop chère payée... la responsable se confondait en excuses mais semblait si ennuyée pour le remboursement que la petite vieille s'est offert une chemise pour 50% de sa valeur, en réglant la différence
retour, déballer le résultat de ma matinée (constatant que la charmante dame avait dû tellement s'énerver de son erreur – j'espère – que la pauvre robe étant si chiffonnée que je crois que je vais la confier à une blanchisseuse de peur de parfaire l'histoire de bousiller le tissu avant de la porter une fois

Et puis comme suis dans une journée de petit crâne, d'envie de plaisanterie idiote, ou de semblant de plaisanterie idiote (est-ce ce qui fait que la fermeture de Paumée, de moins en moins visité, quasi déserté, au moins pendant le festival me semble une évidence ce soir, alors que bien entendu je ne le ferai pas… ce qui est plus probable c'est que je refile des billets) ait envoyé une contribution à la proposition 18, écrite en souriant – avec un peu de soin invisible tout de même – dont je crains qu'elle soit difficilement acceptable pour cause de désinvolture.

6 commentaires:

casabotha a dit…

Du bleu céleste au bleu célestial

Claudine a dit…

jolies robe & chemise
et la phrase est toujours aussi belle

brigitte celerier a dit…

merci casabotha
merci Claudine

Dominique Hasselmann a dit…

Ça fait du bien de sortir ! :-)
La vie n'est pas qu'un écran, ou alors il faut passer de l'autre côté...

brigitte celerier a dit…

bien pour ça qu'il faut rapprendre à marcher (sourire, je m'améliore, mais fait pas trop non plus..)

Anonyme a dit…

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