lundi, juillet 16, 2018

Avignon – festival – fin du jour 10 - Iran, piétons des quartiers en liesse

revenir sur la journée de dimanche pour la canicule de l'après-midi en attendant bus en retard léger pour Villeneuve
pour l'indifférence des gars nous doublant lui le journaliste à gros et lourd sac à dos abandonné dans les faibles pentes de Villeneuve dans sa petite voiture ou plutôt son fauteuil à roues (fonctionnaient en les faisant tourner à la main) et moi penchée à la limite de perte d'équilibre pour le pousser au bout de mes petits bras (avec un arrêt pour reprendre souffle sous prétexte d'une photo et le couple alpagué en bas de l'allée des muriers parce que côte trop rude pour mes forces)
pour la gentillesse de la jeune femme rencontrée de l'autre côté d'une table dans le petit jardin de la collégiale où je revenais à la vie avec un grand verrre de sirop d'orgeat, l'ombre et un café
pour l'appui des murs en descendant vers le tinel
pour les dialogues acérés (comme dans les films d'Asghar Farhadi) de Summerless de Amir Reza Koohestani (iranien, natif d'une ville au nom de rêve Chiraz, passé par le journalisme et le cinéma)
(photo du site du festival)
La surveillante générale d'une école primaire fait appel à son ex-mari, artiste peintre en mal de reconnaissance, pour rénover les façades de son établissement. Il a pour mission de recouvrir, par une vaste fresque, les slogans révolutionnaires qui ornent les murs de la cour de récréation. La tâche est immense et l'envie n'est pas au rendez-vous jusqu'à ce qu'il rencontre une jeune mère qui vient attendre son enfant. Tous les jours, elle arrive en avance et semble ainsi tromper l'ennui et fuir les angoisses dues à son isolement social. La conversation s'engage entre eux dans une atmosphère évoluant de façon bien particulière. Summerless trouve alors son motif : l'effondrement, celui des murs, de l'éducation, du désir... Bien que familier du théâtre documentaire qu'il a étudié à Manchester, le metteur en scène Amir Reza Koohestani ne parle jamais directement de politique dans son travail (avec les soupçons portés sur le peintre parce qu'une petite fille est tombée amoureuse de lui, et peu à peu le soutien de sa femme et de la mère et le retour à la raison, avec ce qu'il faut de tristesse en grandissant ainsi, de la petite fille)
ces mots d'une interview cités dans Télérama Le public iranien...préfère vivre des émotions en oubliant deux heures durant le poids du gouvernement. Tout le monde sait que le texte a été validé par les censeurs, tout le monde comprend donc aussitôt ce qu'il ne contient pas... et rétablit les sous-entendus. Cet événement vécu dans l'instant par les comédiens et les spectateurs n'est alors pas contrôlable et devient puissamment collectif.
Le plaisir du cheminement entre les pierres de la Chartreuse en sortant
le choc en arrivant sur la place de la mairie de ces voitures éructantes... Mon dialogue avec un petit groupe, la honte de la réponse grossièrement incompréhensive que m'inspiraient la fatigue et la crainte du rodéo autour de ma rue dans la nuit, et le sourire de notre accord final
la chaleur énervée dans le bus bloqué au débouché du pont pendant que les policiers disciplinaient le carousel des voitures et scooters de supporters pour qu'ils en restent au tour des remparts
la beauté des gosses qui venaient de la fête au coeur de la ville, visages illuminés, pour regagner le fleuve et le bus
et le bruit des klaxons à une rue et un rempart de distance, la joie qu'ils ont si peu et tant pis si elle est irrationnelle en partie (ceux rencpntrés le savaient bien d'ailleurs)

Ma fatigue

3 commentaires:

Arlette A a dit…

Sagesse mais tout débordement est désolant dans l'euphorie Bravo pour ton assistance à personne en fauteuil curieux que personne t'ai aidee aussi
me souviens du parcours

brigitte celerier a dit…

oui mais si on considère qu'il faut qu'ils soient hors d'eux pour se réjouir tant de la victoire de joueurs parce que c'st le Pays, et pour gommer leurs ennuis dans une excitation générale et le plaisir d'être contents le temps d'une flambée, on ne peut leur demander d'être plus posés et responsables que ceux qui leur infligent leur vie rétriquée et leur avenir bouché

brigitte celerier a dit…

l'équivalent des charivaris et saturnales qui pouvaient faire de sacrés dégâts