lundi, juillet 09, 2018

Avignon – jour 3 – navette, deux premiers rangs et gens de courage

Déjeuner rapide très tôt pour moi, une petite pause et départ vers une heure dix, 
en recherchant toutes les ombres, y compris celles des bannes des bouquinistes (avec quelques envies réfrénées) vers la gare routière, à pas lents parce que j'étais en avance pour prendre la navette qui partait à deux heures vers l'Autre scène de Védène 
(assise à côté d'une journaliste affairée, la toute petite chose gardait le nez humblement sur son Kobo avec l'âme du miroir https://www.publie.net/livre/lame-miroir-stavroula-dimitriou/
traversée de la fournaise yeux sur la fresque et longue longue attente, assis au sol à l'extérieur pour les plus jeunes, debout avec ce qu'il faut de réserve et de courtoisie pour oublier la caque dans la clim de l'intérieur, Brigetoun fortifiant son moral (j'avais incroyablement sommeil) à l'idée de sa place au premier rang.
N'avais pas grande envie d'aller à Védène même si l'accueil est d'une amabilité parfaite, à cause de la navette, à cause de la clim (qui finalement s'est révélée étonnamment bénine) mais n'ai pas résisté à l'idée de retrouver la troupe Catalyse (handicapés mentaux) et ses animateurs Madeleine Louarn et Jean-François Auguste dans le grand théâtre d'Oklahama libre adaptation à partir de textes de la fin de Kafka et de l'Amérique (une pensée pour Laurent Margantin, parce que pour meubler l'attente des cinq autres personnages venus répondre à l'annonce du théâtre promettant d'engager tout le monde, dit, comme un conte, le début d'un artiste de la faim – il me semble que, comme à d'autres moments le texte avait été enregistré par l'acteur hors représentation)
- les deux photos sont de Christophe Raynayd de Lage, et ont été publiées une heure après mon retour.
J'ai trouvé une interview des deux animateurs sur la Terrasse https://www.journal-laterrasse.fr/le-grand-theatre-doklahama/ et j'en reprends des bribes
Certaines problématiques kafkaïennes traitent beaucoup de la domination, de la place de l’homme dans le monde, de la façon dont on est désigné hors-jeu ou non, de la faute, de la culpabilité… Ces questions peuvent faire écho au handicap, à travers, en plus, une littérature irrésistible...(Madeleine Louam)
Dans les thématiques que nous avons choisies se dégage ce que nous avons appelé «les principes d’assimilation» comme outils de domination. On ne se rend pas compte des mécanismes de domination dans lesquels on est pris pour s’intégrer à une société ou à un groupe. C’est pour cela que le titre Le Disparu nous convient mieux que L’Amérique. Il dit à quel point, pour réussir à s’intégrer, il faut faire disparaître notre identité, notre culture, tout ce qui nous a constitué jusqu’à présent. L’écriture de Kafka prend particulièrement de relief avec les acteurs de Catalyse parce qu’elle parle de trouver le chemin de la liberté. Tout le monde aspire à être libre, mais pour eux, la montagne à gravir est encore plus grande. (Jean-François Auguste)
Un peu furieuse contre moi, parce que dans le confort de mon siège, malgré le plaisir et l'admiration, y compris ou surtout des moments où le jeu laisse voir ce qu'il représente comme dépassement, la tendresse que me donnais le droit d'éprouver, j'ai eu un ou deux dodelinement (jamais jusqu'au trou dans le texte)
Dommage que n'ai pas été aussi mal installée que dans la navette du retour où ma voisine occupait avec une assurance joviale les 3/4 de nos deux sièges (Brigetoun devient légèrement trop large pour ne pas être un tantinet gênée...)
Débarquer intra muros un peu après cinq heures, céder en passant à l'une de mes envies de l'aller et distraitement choisir comme trajet de retour la petite cohue d'un dimanche après-midi festif, et à part un guitariste les «marchands du temple».
Trier photos (pas parfait le réglage de l'appareil...) préparer ceci, arroser, me faire un thé, éplucher une patate pour le dîner, regarder avec un découragement passager la masse de contributions à l'atelier de François Bon parues depuis mon dernier passage, ronger mon retard, réaliser que je lis mal, me reposer jusqu'à la douche, la robe fraîche

et le départ en début de soirée

vers ma place au premier rang de la Cour du Lycée Saint-Joseph, pour Grito Pelao qui nous vient de Séville et que le programme du festival résume ainsi (comme un petit commentaire à côté du titre) Un trio qui danse et chante les peurs, doutes et espoirs que suscitent la maternité et la filiation.
Un spectacle de Rocio Molina, dansé par elle et sa mère Lola Cruz, avec le chant de Silvia Pérez Cruz, (homonymie), sa voix éraillée et mélancolique, et quatre musiciens dont le guitariste Eduardo Trassierra, également compositeur de la musique de scène.
Parler du désir de maternité, qui fut le sien, qui l'a amenée à se faire inséminer un peu avant sa rupture avec sa compagne, qui lui a fait décidé de garder cet enfant, tout en continuant le plus longtemps possible à danser. Et pour cela faire appel pour ce spectacle comme fée tutélaire à sa mère (une merveilleuse petite femme toute de féminité, force et tendresse, d'une grâce extrême quand elle danse (de très beaux moments), grâce de femme mure, qui danse avec elle mais aussi qui aux moments où elle n'est pas sollicité peut rester dans le fond du plateau pour tricoter, et comme amie et partenaire artistique Silvia Pérez Cruz aussi célèbre et hors norme comme chanteuse qu'elle l'est comme danseuse.
(les deux photos sont bien entendu de Christophe Raynaud de Lage)
Début avec des formes ondoyantes bleues projetées sur la façade, une musique d'ondoiement liquide, et elle, dansant assise sur une chaine qui ondule avec elles jusqu'à donner l'impression d'être prise dans le flux comme l'enfant dans le corps maternel.
Entrée des deux autres femmes, des musiciens et ma foi c'est difficilement racontable, danses, chants, entre tendresse et violence, et, surtout par le chant, l'agression l'acceptation de toutes les questions qui peuvent se poser.
De la voie lactée,
Du torse de l'étalon,
D'un amour éprouvette ;
Battement d'hôpital

Sperme et calostrum
D'une sanction pénale

Traverse le sol,
le bassin, l'enclos.
Poussière sans terre,
Sans rituel.

Avec l'évidence de la solution : l'amour, l'amour des trois femmes pour l'enfant à naître (la chanteuse est mère heureuse d'un garçon de dix ans au prix d'un accouchement pénible) et leur amour-amitié
Voilà un compte rendu bien amoindri... Dire qu'elles sont unies et très différentes, bien appuyées par les musiciens, que la musique passe de la sérénade au violon, à la bande enregistrée, au flamenco...
Mais qu'il y a peut-être un quart d'heure de trop prétendait ma jambe qui s'ankylosait et que j'ai dû contraindre à se presser vers l'antre, sans y arriver tout à fait. 

8 commentaires:

casabotha a dit…

Carcasse, tiens bon, je t'en prie et la haute culture avec moi

Arlette A a dit…

Merci pour ces partages et découvertes et courage navette et cie... tu ne peux tout faire ..je pense à François Bon

Claudine a dit…

+ 1 pour Casabotha

brigitte celerier a dit…

peux pas tout faire.. pas vous lire ni lire le contributions de l'atelier il y en a trop et là me re-réveille maintenant moulue comme pas possible et avec antre et vêtements en besoin de moi… vais être cool jusque"à quatre heures et quelques mais guère plus présente

Christine Zottele a dit…

"légèrement trop large" je souris mais pense plutôt à toi " largement trop légère"

brigitte celerier a dit…

ben si la fatigue m'a fait grossir légèrement cet hiver, assez pour que mes pantalons se révèlent un peu justes (et veux pas en racheter, je passe aux jupes, sauf pour certains) et ça continue là

Caroline Gérard a dit…

Avignon : Rocio Molina danse sur son nombril
La danseuse et chorégraphe flamenca met en scène sa grossesse et se perd dans le « je ».

LE MONDE | 09.07.2018 à 10h18 |
Fécondation in vitro, ­contraction, perte des eaux, où sommes-nous ? Dans un show télé ? Non sur le plateau de Grito Pelao (« cri déchirant »), de Rocio Molina, le 7 juillet, dans la cour du lycée Saint-Joseph à Avignon. La danseuse et chorégraphe flamenca intrépide, enceinte de quatre mois, met en scène sous toutes les coutures sa grossesse, son désir d’enfant, sa solitude de femme célibataire et homosexuelle. Elle est accompagnée par sa mère Lola Cruz qui observe sa fille comme on surveille le lait sur le feu et par la chanteuse catalane Silvia Perez Cruz (aucun lien familial entre elles). Une triade vigoureusement campée, soutenue par quatre musiciens.

La scène est blanche, vierge, propice au neuf. Une couronne de sable entoure un bassin d’eau qui attend son heure. Des vidéos multicolores grifferont régulièrement le décor, selon les courbes de température des protagonistes. Sur fond pourpre, rose ou violet, les trois femmes tissent une relation souple, flexible dans l’espace. Courses, étreintes, confidences, roulades imbriquées au sol, ce triangle de la complicité féminine circule bien. Même à distance, dans une diagonale marquée à ses extrémités par deux chaises sur lesquelles sont posés deux immenses châles à franges, elles tirent sur l’élastique d’un lien solide : celui de la maternité, le tricot rouge de Lola dévidant sa pelote comme le fil de l’attente et de l’amour.
Rocio Molina s’offre ici un énorme cadeau spectaculaire. Elle succombe aussi malheureusement à une recette dans l’air du temps qui fait commerce de tout et de l’intime en particulier. Dans Grito Pelao, elle déballe, relit son histoire en direct comme on livre son journal intime. Le 28 mars, jour de son insémination, elle a choisi une robe rouge. Elle fait une mise au point sur sa relation avec sa mère, passionnée de ballet, sa naissance, lui offre un pur bijou de danse – un « tarento » qui cingle et bondit. Elle se faufile dans le temps, tisse un cocon de tendresse comme on bâtit son nid. Le fantasme d’harmonie entre les générations, de sérénité dans la transmission, plane sur ces tableaux de partage et de réconciliation autour d’un enfant.

Cette charge émotionnelle et sentimentale appuyée trouve une alliée en Silvia Perez Cruz. La chanteuse, guitariste et comédienne, possède une palette musicale riche, entre flamenco, classique et jazz. Si les textes de ses chansons, traduits en direct sur le fond du plateau, pèsent lourd question lyrisme et symbole – « de mère à mère, de sein à sein, de bouche-à-bouche »-, ils font bouillir le flamenco sidérant de Rocio Molina. Elan fulgurant, pieds volubiles, port de bras sculptés, son impulsivité et sa virtuosité ne font qu’un dans sa silhouette ramassée, toujours prête à dégainer.

« Amoureuse de moi »

Mettre son ventre sous les projecteurs pendant près de deux heures court le risque de plonger dans le… nombrilisme. Ce que n’évite pas Rocio Molina. Manque de distance, d’équilibre, la chorégraphe, aux avant-postes de la modernité flamenca depuis le milieu des années 2000, appuie à fond sur la pédale du « je ». Entre calendrier de grossesse, dossier médical avec échographie, thèmes « maternité » et relation « mère-fille » tendance magazine féminin, confidences psy…, Grito Pelao coche trop de cases. La scène finale du bain, longue, très longue, que l’on attendait depuis le début du spectacle, tend un miroir narcissique au corps de Rocio Molina. Un texte curieux, dit par la danseuse au début de la pièce, revient alors en mémoire : « Je suis tombée amoureuse de moi, de ma vie, de mon angoisse, de ma rage… »

Après Avignon, Rocio Molina se produira au Festival grec, à Barcelone, puis à la rentrée, au Théâtre de Nîmes, et en octobre, au Théâtre national de la danse de Chaillot, où elle est artiste-associée. Elle sera alors enceinte de sept mois.

brigitte celerier a dit…

oui merci j'ai vu et aimé
(et lu ensuite l'article du Monde)