dimanche, août 05, 2018

Matin d'été et caméra temporelle (atelier d'été du tiers.livre – 24)

début de nuit en fusion
un sommeil haché
un matin irascible
avant que revienne la chaleur, m'en suis allée, dans les rues qui s'éveillaient sous les volets ouverts pour recueillir la fraîcheur du petit matin, la ville qui referme peu à peu la pause post-festival, le soleil qui s'installait, les terrasses de cafés et restaurants qui s'apprêtaient à le faire.
Revenue d'humeur plus sereine (j'avais commencé en idiotie butée) j'ai voulu mettre des mots pour une bonne femme qui me rodait dans le crâne depuis la veille (pour une seconde contribution au 29 de l'atelier d'été de François Bon https://youtu.be/LmR-MVUUc6Q) mais elle était aussi fuyante qu'insistante cette bonne femme aux qualités cachées, et pour les trouver ses qualités l'ai mise dans trois cadres qui prenaient toute la place et engloutissaient encore davantage ses petites lumières... avant d'être presque satisfaite. L'ai envoyée et me suis trouvée à nouveau en nage, crâne si bouillant qu'incapable d'autre chose (bon j'exagère un peu), juste apte, avant de reprendre lectures à la tombée de la nuit, à chercher images pouvant aller avec le texte répondant à la vidéo 24
Les coquilles roses de la façade, vue en léger biais, découpée par la haute ouverture en demi-cercle d'un des passages transversaux, dans l'enfilade de la rue offerte au dix-huitième siècle à la gloire des maîtres bouchers, coquilles de pierres grassement dessinées que ses yeux caressaient toujours avec tendresse, au dessus des ferronneries des petits balcons et des piles de pierres plus classiquement blanches qui encadraient, au rez-de-chaussée, les grandes ouvertures d'un café de si bonne bourgeoisie urbaine qu'on l'aurait cru là depuis toujours, avec la minuscule terrasse sans autre marque que l'empiètement de deux rangées de tables allongées et de leurs chaises sobres en bois foncé sur les dalles ivoires, rythmées de bandes d'un rose de sang qui s'efface, terrasse assez réduite, comme ses voisines, ou les quelques petits étals ou panneaux indicateurs de magasins, pour ne pas gêner le large espace destiné à la marche des piétons, à ce qui avait peut-être été dans des temps plus anciens un flot aussi ininterrompu qu'une procession vouée aux achats. Ces coquilles dominant les arcs où se logeaient les porte-fenêtres du premier étage, les petites fenêtres carrées du second, les balcons, le rez-de-chaussée commercial, cette organisation de façade, immédiatement reconnue comme aimée, familière, alors que dans son adolescence, les pierres étaient uniformément noircies, assombries par l'âge, le manque d'entretien, que seul le coffrage blanc et bleu clair de la partie droite éclaircissait, sous le grand bandeau indiquant «le bon lait» qui masquait le balcon... la partie gauche occupée par un commerce dont il avait oublié la destination, qui ne le concernait sans doute pas, masquant balcon et bandeau indicateur sous une banne de couleur imprécise, quelque chose comme un rouge tant délavé qu'il n'était plus que sang séché, la rue étant alors une succession de boutiques alimentaires ou de petit outillage, quelque bazars aussi sans doute, de part et d'autres de la même coulée de dalles qu'aujourd'hui avec sa petite rigole centrale qui semblait venir de temps immémoriaux. Pourtant, sur une photo à peine plus ancienne d'une dizaine d'années – il était debout au premier plan, sa main tenue fermement par sa mère - entre les boutiques aux coffrages peints de frais ou en déliquescence, c'était une large chaussée aux petits pavés réguliers posés en biais qui avançait entre de petits trottoirs, si exigus qu'inutilisables... Restaient toujours ces deux façades se faisant vis à vis, un peu avant les passages transversaux, derniers restes du projet d'origine – il se disait toujours qu'il devrait chercher à voir, peut-être étaient-ils aux archives municipales, les plans de l'architecte qui avait ouvert cette rue au dix-huitième siècle, à travers un des plus importants hôtels particuliers de la ville que la municipalité (si cela s'appelait ainsi à l'époque, la commune peut-être plutôt) avait acquis pour ouvrir cette allée quasi triomphale – un peu plus loin une grande boucherie aux portes surmontées de têtes d'animaux en pierre sculptée faisait face à un autre temple alimentaire – allant vers l'espace où se déversaient anarchiquement depuis toujours les produits des campagnes environnantes, pour lesquelles, un peu plus tard, le fils du premier architecte avait créé une place entourant une halle à piliers de pierre : les étals de légumes et leurs couleurs opulentes emplissant alors disait-on toute la place autour de cette ébauche de halles et la rue-allée qui y menait. Etaient-ils couverts de ces mêmes grandes bannes plantées sur de longs poteaux en biais, comme le dais au dessus du trône de l’évêque disait son arrière grand-père, quand il évoquait l'importance, la richesse de cette rue, la multitudes des femmes en chignons, jupes et tabliers simples ou tournures et chapeaux qui s'y pressaient, du moins dans son souvenir peut-être en partie fantasmé ? L'incessante modification de ce coin de ville, avec l'ancrage, depuis leur construction, de ces deux façades en vis à vis.
(je rappelle : l'ensemble des contributions http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211)

5 commentaires:

casabotha a dit…

Avec Carcasse en caryatide de fournaise

Dominique Hasselmann a dit…

Avignon est-elle vide ? On se demande si elle arrive à se remettre de la fin du festival (les restaurateurs se retrouvent plongés dans les terrasses désertées)... ?

brigitte celerier a dit…

il y a : les touristes (et ceux quo sont en individuels sont clients des terrasses, de nouveau presque pleines; il y a ceux qui ne partent pas en vacances (pour les rues ça va, pour les terrasses moins), ceux qui partent en juillet et sous-louent leur logement
ill y a dans les rues aux heures chaudes seuls ceux qui ne peuvent faire autrement
en fait aux halles un étal sur deux était fermé la semaine dernière, le petit traiteur voisin aussi, rouvrent lundi ou le lundi suivant...

Claudine a dit…

Il y a une rue du Rollingergrund chez nous en perpétuelle reconstruction avec des maisons de toutes les époques des deux derniers siècles, il faudrait une Brigetoun pour la décrire, parce que chaque fois que je l'emprunte je me dis que même les cubes à la dernière mode n'arrivent pas à lui faire perdre son attrait.

brigitte celerier a dit…

A mon avis Claudine, avec l'acuité de votre oeil, vous devriez essayer